Home MondeLa visite de Poutine à Budapest est un spectacle gênant pour l’UE et l’OTAN

La visite de Poutine à Budapest est un spectacle gênant pour l’UE et l’OTAN

by Clara Dubois

Publié le 18 octobre 2025 14h28. La perspective d’une rencontre entre Vladimir Poutine et Donald Trump à Budapest suscite l’inquiétude parmi les alliés de l’Ukraine, alors que les États-Unis envisagent une aide militaire accrue à Kiev et que la Hongrie, sous la direction de Viktor Orban, maintient des liens étroits avec Moscou.

  • Donald Trump pourrait rencontrer Vladimir Poutine à Budapest dans les deux prochaines semaines.
  • Ce choix de lieu, en Hongrie, un pays membre de l’Union européenne et de l’OTAN, est perçu comme un affront par les soutiens de l’Ukraine.
  • Viktor Orban, Premier ministre hongrois, entretient des relations privilégiées avec la Russie et a annoncé le retrait de son pays de la Cour pénale internationale.

La décision de Donald Trump de privilégier Budapest pour une éventuelle rencontre avec Vladimir Poutine est accueillie avec une certaine consternation en Europe. Alors que Washington semble prêt à renforcer son soutien militaire à l’Ukraine, avec la possible livraison de missiles Tomahawk (environ 1 500 km de portée), l’initiative de Trump apparaît comme un revirement stratégique et un signal ambigu.

Le choix de la Hongrie n’est pas anodin. En 1994, Budapest a été le théâtre de la signature du Mémorandum de Budapest par les États-Unis, le Royaume-Uni et la Russie. Ce document garantissait la sécurité de l’Ukraine en échange de la destruction de son arsenal nucléaire, une promesse aujourd’hui bafouée par l’invasion russe de 2022. La tenue d’un sommet entre Trump et Poutine sur ce sol revêt donc une dimension symbolique particulièrement forte.

« C’est embarrassant tant pour l’UE que pour l’OTAN », a confié un haut responsable européen, sous couvert d’anonymat. « Le timing est délicat : la menace Tomahawk se précise et soudain, Poutine souhaite se réunir. Mais si Trump peut obtenir des résultats, il devrait le faire. »

Le Premier ministre hongrois, Viktor Orban, est connu pour ses positions pro-russes et ses divergences avec Bruxelles sur les questions de démocratie. Il a récemment annoncé le retrait de la Hongrie de la Cour pénale internationale (CPI), après que celle-ci a émis un mandat d’arrêt contre Vladimir Poutine pour expulsion illégale d’enfants ukrainiens. En avril, lors d’une visite du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, également visé par un mandat d’arrêt de la CPI pour des crimes de guerre présumés à Gaza, Orban avait déjà annoncé cette intention.

Bien que la Hongrie soit techniquement tenue d’arrêter Poutine en vertu du mandat de la CPI, peu d’observateurs s’attendent à ce que cela se produise. « Personne ne serait surpris si les Hongrois ne l’arrêtaient pas », a déclaré un diplomate européen à Reuters. Le ministre hongrois des Affaires étrangères, Peter Szijjarto, a d’ailleurs affirmé que son pays veillerait à ce que Poutine puisse entrer et sortir du territoire sans problème.

Selon Botond Feledy, analyste géopolitique chez Red Snow Consulting, le choix de Budapest permet à Poutine de réaliser plusieurs objectifs simultanément. « Il peut négocier sur la guerre en Ukraine dans un pays de l’UE, sans la présence des dirigeants européens », a-t-il expliqué. « Pour Poutine, c’est un coup porté à l’Europe beaucoup plus fort, symboliquement, que si cette réunion avait lieu en Turquie ou ailleurs. »

Cette rencontre exclurait une nouvelle fois le président ukrainien Volodymyr Zelenskyy, après le sommet Trump-Poutine en Alaska. Elle pourrait également exacerber les tensions déjà vives entre Kiev et Budapest. Les relations entre les deux pays se sont détériorées ces dernières semaines, Zelensky ayant accusé la Hongrie d’avoir envoyé des drones sur son territoire, ce que Budapest a nié, affirmant que l’Ukraine n’était pas un État souverain.

Orban est un fervent partisan du mouvement MAGA de Trump, loué par ses adeptes pour ses positions fermes sur l’immigration et les droits LGBTQ+, ainsi que pour son attachement aux valeurs chrétiennes conservatrices. Trump a d’ailleurs qualifié Orban de « fantastique » et de « grand dirigeant », malgré les appels américains à cesser d’acheter du pétrole russe.

Les analystes estiment que les considérations internes hongroises joueront un rôle déterminant dans l’issue des élections de l’année prochaine, où le parti Fidesz d’Orban est actuellement en difficulté dans les sondages face à son rival de centre-droit, Tisza. « La partie hongroise va certainement essayer de présenter son rôle comme un rôle important, en comblant le fossé entre les deux parties très différentes », a déclaré Marcin Przydacz, conseiller en politique étrangère du président polonais.

Un accord potentiel pourrait servir à légitimer la politique de Budapest en matière de paix, selon Zoltan Novak, analyste au Centre pour une analyse politique équitable. « S’il y a un accord, cela légitimera rétrospectivement son discours sur la paix », a-t-il souligné.

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