Publié le 19 décembre 2025 à 23h22. L’inflation persistante et les inquiétudes économiques ont joué un rôle déterminant dans les récentes élections présidentielles américaines, tandis que l’accès aux soins de santé abordables reste une préoccupation majeure pour des millions d’Américains, menacée par l’expiration prochaine de dispositifs temporaires.
- Plus de 60 % des Américains s’inquiètent du coût des soins de santé, et 41 % sont endettés pour des frais médicaux.
- L’expiration prévue fin 2025 des crédits d’impôt sur les primes de l’Affordable Care Act (ACA) pourrait doubler le coût des assurances santé pour plus de 20 millions de personnes.
- Le coût de la vie aux États-Unis, même pour ceux dépassant le seuil de pauvreté, rend l’accès à une assurance maladie abordable de plus en plus difficile.
L’élection présidentielle de 2024 a été marquée par une forte sensibilité des électeurs aux questions économiques, notamment l’inflation galopante et son impact sur le pouvoir d’achat. Lors d’un meeting de campagne en Pennsylvanie le 9 décembre 2025, le président Donald Trump a promis de «rendre l’Amérique à nouveau abordable». Cette promesse intervient dans un contexte où le coût de la vie ne cesse d’augmenter, pesant lourdement sur les budgets des ménages américains.
Parallèlement, la question de l’accès aux soins de santé abordables reste un enjeu crucial. Un sondage récent de KFF révèle que plus de 60 % des Américains s’inquiètent du coût des soins de santé, et 41 % déclarent être confrontés à des dettes médicales. Cette situation est exacerbée par la récente paralysie du gouvernement fédéral, qui avait pour point de friction l’abordabilité des soins de santé pour les Américains à revenus modestes.
Au cœur du débat se trouvaient les subventions améliorées du marché de l’Affordable Care Act (ACA), également connues sous le nom de crédits d’impôt sur les primes. Introduites en 2021 dans le cadre de l’American Rescue Plan Act (ARPA) et prolongées en 2022 par l’Inflation Reduction Act (IRA), ces subventions limitaient la part des revenus consacrée aux primes d’assurance maladie à un maximum de 8,5 % pour tous les ménages. Avant ces mesures, seules les familles dont les revenus se situaient entre 100 % et 400 % du seuil fédéral de pauvreté (FPL) pouvaient bénéficier de ces aides. Le One Big Beautiful Bill Act (HR1) a cependant autorisé l’expiration de ces crédits d’impôt à la fin de 2025.
En 2025, plus de 24 millions d’Américains ont souscrit une assurance maladie pendant la période d’inscription ouverte. La croissance la plus importante a été observée dans les États qui n’ont pas étendu Medicaid, notamment le Texas, avec une augmentation de 255 %. L’aspect temporaire des crédits d’impôt sur les primes signifie que plus de 20 millions d’Américains verront le coût de leurs primes plus que doubler lors du renouvellement de leur couverture en 2026. Les démocrates et les républicains n’ont pas réussi à adopter de loi pour résoudre ce problème avant l’augmentation des primes en janvier 2026, laissant ainsi des millions de personnes potentiellement sans couverture.
La sensibilité au prix est un facteur déterminant en matière de couverture d’assurance maladie. Les économistes estiment qu’une augmentation de 1 % des primes de l’ACA peut entraîner une diminution de 1,7 % des inscriptions1. Les assureurs ACA devraient augmenter leurs primes de 26 % en moyenne en 2026. Sans les crédits d’impôt sur les primes, les familles actuellement subventionnées verront leurs primes augmenter de plus de 114 % en moyenne.
La perte d’assurance maladie expose les individus au risque de ne pas pouvoir accéder aux soins et les oblige à choisir entre les dépenses de santé et d’autres nécessités telles que le logement, l’alimentation et le transport. Même les personnes dont les revenus dépassent 400 % du FPL pourraient être confrontées à des difficultés. Bien qu’un revenu quatre fois supérieur au seuil de pauvreté puisse sembler confortable, les experts soulignent que dépasser 100 % du FPL ne signifie pas nécessairement sortir de la pauvreté. Le FPL, développé au début des années 1960, n’est pas ajusté au coût de la vie et ne reflète pas adéquatement la réalité économique actuelle.
Récemment, un gestionnaire de patrimoine a même suggéré de fixer un nouveau FPL à 140 000 $ US, estimant que ce montant correspondrait mieux au coût réel d’un niveau de vie modeste (voir son analyse). Bien qu’il s’agisse d’un changement radical, il n’est pas illégitime de penser qu’une famille de quatre personnes gagnant 401 % du FPL (128 921 $ US en 2025) doit surveiller attentivement son budget. Selon le calculateur de budget familial de l’Economic Policy Institute, une telle famille aurait besoin de 138 333 $ par an pour couvrir les dépenses essentielles à Washington, D.C. (nourriture, transport, garde d’enfants, impôts, logement), sans compter les dettes et l’épargne, *et hors frais de santé*. Sans maintien des subventions aux primes, ils devraient débourser environ 21 538 $ par an en primes d’assurance maladie, avec une franchise moyenne de 5 304 $.
Dans d’autres régions du pays, comme Boise, dans l’Idaho, une famille de deux adultes et deux enfants aurait besoin d’environ 98 387 $ par an pour maintenir un niveau de vie modeste, sans inclure les frais de santé. Avec un revenu de 128 921 $ (401 % du FPL en 2025), la famille disposerait de 30 534 $ supplémentaires, mais devrait tout de même payer environ 23 652 $ par an en primes d’assurance maladie, avec une franchise de 6 000 $ sans les subventions de l’ACA. Tout besoin de soins de santé dépassant la franchise pourrait entraîner des choix financiers difficiles.
L’abordabilité des soins de santé est une question personnelle pour beaucoup. Heidi Allen raconte l’histoire de sa sœur, Rachel, décédée à 44 ans sans assurance, quelques semaines après avoir reçu un diagnostic de cancer de stade quatre. En tant que mère célibataire et infirmière, Rachel n’avait pas les moyens de souscrire à l’assurance proposée par son employeur ni de trouver une option abordable sur le marché de l’ACA. Elle n’était pas éligible à Medicaid. L’indemnisation des accidents du travail lui a permis de consulter un médecin après une commotion cérébrale, mais personne n’a cherché à comprendre la cause de son malaise initial. Lorsque le cancer a été diagnostiqué, il n’y avait plus d’options de traitement. L’abordabilité des soins de santé n’est pas un canular démocrate, mais une réalité douloureuse pour de nombreuses familles américaines. Rachel Allen était républicaine.
Références
Citation:
Allen HL, Wang S. L’abordabilité des soins de santé vaut la peine de se battre. Avis trimestriel de Milbank. 21 novembre 2025. https://doi.org/10.1599/mqop.2025.1218
