Publié le 27 décembre 2025 19h16. Les services de renseignement européens surveillent de près The Base, une organisation d’extrême droite prônant l’effondrement de l’ordre établi pour instaurer la suprématie blanche, après l’arrestation de trois de ses membres en Espagne et la découverte d’un réseau tentaculaire à travers le monde.
- The Base, organisation néonazie apparue en 2018, vise à accélérer la chute du système socio-économique actuel.
- Le groupe, déclaré terroriste par plusieurs pays, opère désormais comme un réseau décentralisé avec des cellules en Europe, en Australie et en Afrique du Sud.
- L’idéologie de The Base combine des éléments de suprématie blanche, de fascisme et de sous-cultures numériques radicales.
Les autorités espagnoles ont récemment démantelé la première cellule de The Base sur son territoire, avec l’arrestation de trois individus dans la province de Castellón, suite à une opération conjointe de la police nationale et d’Europol. Cette opération s’inscrit dans une surveillance de cinq ans menée par les services de renseignement européens.
The Base se distingue par son courant d’idées dit « accélérationniste », une forme extrême de suprématie blanche. « Il s’agit plus d’un écosystème que d’une idéologie monolithique, où convergent la culture traditionnelle du fascisme et du néonazisme avec certaines sous-cultures numériques liées à la Alt-Right, la droite alternative américaine », explique Laura Méndez, politologue spécialisée dans le terrorisme et la radicalisation.
Les « accélérationnistes » partagent avec l’extrême droite violente la croyance en la théorie du grand remplacement, une conspiration affirmant que les populations européennes blanches sont délibérément remplacées par des immigrants non blancs. Cependant, leur objectif diffère : alors que les extrémistes violents cherchent à influencer la politique par la tension, les accélérationnistes visent l’effondrement total du système socio-économique.
« Il existe un culte de la violence purificatrice. Ils considèrent la société occidentale comme décadente et irréparable, et pensent qu’un effondrement est imminent », précise Mme Méndez. Leur but ultime est « de promouvoir un État blanc par la violence, la guerre raciale, la méfiance envers la politique et les institutions. »
Le fondateur de The Base, Rinaldo Nazarro, ancien combattant en Irak ayant collaboré avec la CIA, est désormais recherché par le FBI et se cache en Russie, d’où il tente de recruter de nouveaux membres. « Ils attirent des personnes vulnérables avec un récit destructeur et révolutionnaire, teinté de fatalisme et de nihilisme. Dans cette vision du monde, la distinction entre ‘nous’ et ‘eux’ est fondamentale », souligne la politologue.
Les membres de The Base reçoivent une formation paramilitaire, un entraînement tactique et ont accès à des armes pour commettre des attentats. Leur structure décentralisée et la petite taille de leurs cellules, comme l’a démontré l’opération en Espagne, leur permettent de causer des dommages importants.
Les réseaux sociaux constituent la principale porte d’entrée de cette idéologie, où des discours radicalisés sont normalisés avant de migrer vers des forums plus fermés et extrêmes. Mme Méndez met en garde contre la vulnérabilité des jeunes à ces messages, souvent présentés de manière humoristique ou ironique, masquant leur violence intrinsèque.
L’idée d’accélérer l’effondrement du système pour le reconstruire sur de nouvelles bases n’est pas nouvelle. L’anthropologue José Mansilla rappelle que l’économiste et philosophe allemand Karl Marx en avait déjà parlé dans son Manifeste communiste (1848), affirmant que le capitalisme était voué à l’effondrement en raison de ses propres contradictions.
Au XXIe siècle, une version moderne de cet « accélérationnisme de gauche » a émergé, promue par Nick Srnicek et Alex Williams dans leur ouvrage Inventer le futur : le postcapitalisme et un monde sans travail, axée sur le potentiel de la technologie. « Ces théoriciens plaident pour que la population prenne le contrôle de la technologie et s’organise pour façonner un avenir post-capitaliste », résume M. Mansilla.
En réaction, un modèle néolibéral d’accélérationnisme a vu le jour, porté par des philosophes comme Nick Land, prônant un gouvernement par les élites technologiques et considérant l’humanité comme un obstacle à cette vision. Ce concept est connu sous le nom de « technoféodalisme ».
« Il est important de souligner que l’accélérationnisme d’extrême droite de The Base ne repose sur aucune base théorique solide », insiste M. Mansilla. Il se fonde uniquement sur des positions xénophobes et racistes visant à éviter à tout prix le métissage. « Cela n’a aucun fondement, car les sociétés multiraciales sont la norme dans l’histoire de l’humanité », ajoute-t-il.
Selon les conclusions d’Europol, The Base ne représente pas une menace massive en Europe, mais son essor est préoccupant. Malgré les arrestations dans plusieurs pays, dont l’Italie, le groupe reste une menace émergente sur le continent.
À ne pas manquer
