Publié le 14 janvier 2026. Xisca Sureda Llul, future déléguée au Plan National Médicaments, détaille ses priorités pour 2026, de la lutte contre la consommation d’alcool chez les mineurs à la poursuite de la dénormalisation du tabac, en insistant sur l’importance de fonder les politiques publiques sur des données probantes.
- La loi sur l’alcool et les mineurs est une priorité pour 2026, visant à réduire une consommation encore très élevée chez les adolescents.
- La consommation d’alcool par habitant a augmenté en Espagne au cours de la dernière décennie, plaçant le pays parmi les plus consommateurs de l’Union européenne.
- La question de l’élargissement des espaces sans fumée, y compris les terrasses, pourrait être relancée en 2026.
« Nous ne pouvons pas élaborer de bonnes politiques publiques si nous ne nous fondons pas sur des preuves », affirmait Xisca Sureda Llul dès le début de cet entretien. Une conviction qu’elle porte depuis ses débuts en tant que chercheuse spécialisée en santé publique, mais qui prend une résonance particulière alors qu’elle s’apprête à prendre ses fonctions de déléguée au Plan National Médicaments à partir d’octobre 2025.
« Durant mes années à l’université, j’ai toujours considéré comme essentiel de transférer les résultats de la recherche pour qu’ils aient un impact concret sur les politiques publiques. Pour moi, cela impliquait de mener des enquêtes, de réfléchir à ce qui pourrait être utile, d’entretenir des relations avec les décideurs politiques et les associations, et de diffuser nos travaux », explique-t-elle.


Désormais, c’est elle qui aura le pouvoir de décision, en collaboration avec d’autres ministères, notamment celui de la Santé. Au début de l’année, elle anticipe les projets pour 2026 avec National Geographic :
« Notre objectif principal est d’approuver la loi sur l’alcool et les mineurs, actuellement en procédure parlementaire. Cela constituera une étape importante en matière de santé publique dans notre pays. Plus de 70 % des adolescents âgés de 14 à 18 ans ont consommé de l’alcool au cours de l’année écoulée, et 50 % l’ont fait le mois dernier. Malgré l’interdiction, ils s’en procurent dans les clubs, les bars et les supermarchés », précise-t-elle.
La délégation qu’elle dirigera devra également répondre aux amendements apportés au projet de loi. Ces avancées réglementaires rencontrent une opposition : les lobbies de l’industrie. Sureda indique qu’elle n’a pas encore eu à les affronter directement ces derniers mois, mais que leur influence est palpable.
Selon la dernière enquête ESTUDES, citée par le ministère de la Santé, les comportements à risque liés à l’alcool – consommation excessive (17,2 %) et consommation à risque (24,7 %) – ont atteint leurs niveaux les plus bas depuis le début du siècle en Espagne. Cependant, la consommation d’alcool par habitant des personnes de 15 ans et plus a augmenté au cours de la dernière décennie. Elle est passée de 9,2 litres par personne en 2013 à 11,1 litres en 2023 (selon les dernières données du rapport “Regards sur la santé” de l’OCDE, 2025). Ainsi, l’Espagne occupe la septième place au sein de l’Union européenne, dépassant des pays comme la Belgique et l’Allemagne et se rapprochant du niveau de la République tchèque (11,2 litres par personne).
« L’alcool reste le principal problème en matière de substances psychoactives consommées, après le tabac, et avant les drogues illicites comme le cannabis. La prévalence de ces dernières a diminué grâce aux progrès réalisés en matière de prévention. Les dernières enquêtes montrent une baisse de la consommation chez les adolescents », détaille Sureda.
La diminution de la consommation de tabac est, quant à elle, notable. Un quart de la population continue cependant d’en consommer. Après dix ans sans avancée réglementaire, il est possible qu’en 2026, le débat sur l’extension des espaces sans fumée, y compris les terrasses des bars, soit relancé. Sureda, forte de son expérience de chercheuse, est une fervente défenseure de cette initiative :
« Si vous demandiez à un jeune s’il s’imagine fumer à l’université, à l’hôpital ou en salle d’opération, il répondrait évidemment non. La combinaison de ces mesures favorise la dénormalisation de la consommation, ce qui se traduit par une diminution de la prévalence. Interdire totalement le tabac serait complexe en raison des conséquences économiques, mais l’objectif est de réduire la prévalence de la consommation à moins de 5 %, un seuil que l’Australie est en train d’atteindre », explique-t-elle.
L’intégralité de l’entretien sera publiée le dimanche 18 janvier.
