L’eau du robinet de nombreuses grandes villes françaises est de plus en plus contaminée par les pesticides, selon une enquête alarmante de l’UFC-Que Choisir. L’association lance une campagne nationale pour exiger une meilleure protection des sources d’eau et une application stricte du principe pollueur-payeur.
Seulement 85 % des réseaux de distribution d’eau potable respectent désormais l’ensemble des normes en vigueur, une baisse de 10 points par rapport à 2021. Cette dégradation est due à la recherche accrue de résidus de pesticides par les Agences Régionales de Santé (ARS) à partir de 2023, mais elle révèle surtout une pollution persistante et croissante des nappes phréatiques et des cours d’eau.
L’UFC-Que Choisir a actualisé sa carte interactive de la qualité de l’eau, basée sur plus de 30 millions de résultats d’analyses officielles. L’enquête révèle que des villes comme Reims, Amiens, Caen, Bourges, Calais, La Rochelle, Dunkerque et Beauvais sont désormais touchées par des dépassements des seuils autorisés en pesticides. Bien que l’eau reste potable dans la plupart des cas, les marges de sécurité se réduisent.
La situation est d’autant plus préoccupante que les solutions mises en place depuis des décennies se révèlent inefficaces. Plus de 30 ans après le programme « Fertimieux » visant à une utilisation raisonnée des engrais, et 18 ans après le lancement d’Ecophyto qui promettait de diviser par deux l’usage des pesticides, l’agriculture intensive continue de polluer massivement les ressources en eau. Un tiers des nappes phréatiques sont menacées par des taux élevés de nitrates, et la moitié des cours d’eau présentent un niveau de risque toxique élevé pour l’environnement, mesuré par l’Indice des pressions toxiques cumulées (IPTC).
Les coûts de dépollution, actuellement estimés à plus d’un milliard d’euros par an, seront considérablement plus élevés dans les années à venir. Les technologies de filtration classiques atteignent leurs limites face aux nouveaux polluants, et les alternatives plus performantes, comme les technologies membranaires, sont beaucoup plus coûteuses, jusqu’à quatre fois plus pour les petites collectivités. En conséquence, le prix de l’eau a déjà augmenté de 16 % en deux ans et demi.
L’UFC-Que Choisir dénonce également le manque de protection des sources d’eau potable. Sur les 32 900 captages d’eau en France, seulement 1 150, soit un peu plus de 3 %, bénéficient de zones délimitées où l’utilisation de pesticides et d’engrais est censée être réduite. De plus, seulement 1 % des exploitations agricoles sont contrôlées chaque année pour vérifier le respect des normes environnementales.
L’association cite l’exemple de Lons-le-Saunier, où l’agriculture biologique est autorisée dans la zone la plus sensible du captage, comme une solution possible. Les mesures d’accompagnement pour la conversion à l’agriculture biologique et les indemnisations versées aux agriculteurs conventionnels qui limitent l’usage des pesticides et des engrais de synthèse ne représentent qu’un coût de 3 centimes d’euro par mètre cube d’eau distribuée.
Pour mettre fin à cette situation, l’UFC-Que Choisir, à travers ses 78 associations locales présentes dans 64 départements, réclame :
- Un renforcement des procédures d’autorisation des pesticides, permettant aux autorités sanitaires de réaliser leurs propres études toxicologiques et d’interdire les pesticides les plus nocifs à proximité des captages.
- Des mesures obligatoires de protection des captages, définies sous la responsabilité des préfets de département.
- Une aide ciblée aux petites communes grâce à une augmentation de la redevance pour pollution diffuse.