Publié le 14 janvier 2026 à 02h12. L’approvisionnement en pétrole brut du Mexique vers Cuba, déjà source de tensions, est au cœur d’une vive polémique alors que l’opposition mexicaine accuse le gouvernement de Claudia Sheinbaum de soutenir un régime autoritaire et de compromettre les relations avec les États-Unis.
- Le Mexique continue de fournir du pétrole à Cuba, une politique qui remonte à plusieurs administrations.
- L’opposition dénonce une subvention aux dictatures et craint des représailles de la part des États-Unis, notamment dans le contexte de la renégociation du TMEC.
- La présidente Sheinbaum justifie ces livraisons par des considérations humanitaires et historiques, mais reste évasive sur les détails des accords.
La question de l’aide pétrolière mexicaine à Cuba a refait surface avec force ces dernières semaines, ravivant les mémoires d’un épisode diplomatique survenu en 2002. À l’époque, le président mexicain Vicente Fox avait lancé à Fidel Castro la phrase devenue célèbre : « Tu manges et tu pars », dans le but d’éviter une rencontre entre le dirigeant cubain et le président américain George W. Bush lors d’une conférence internationale à Monterrey. Cet incident avait marqué une période de fortes tensions entre le Mexique et Cuba.
Aujourd’hui, l’opposition mexicaine, regroupant les partis PAN, PRI et MC, fustige une « irresponsabilité » de la part du gouvernement Sheinbaum. Elle accuse l’exécutif de « subventionner des dictatures » et d’aggraver la crise financière de Pemex, la compagnie pétrolière nationale mexicaine, déjà fortement endettée. Des voix discordantes se sont même élevées au sein du parti Morena, avec des appels à reconsidérer ces expéditions de pétrole.
L’ancien secrétaire à l’Économie, Ildefonso Guajardo, issu du PRI, a souligné les risques liés à cette politique dans le contexte actuel. Il a déclaré : « Face à la révision du traité [TMEC] et au positionnement des États-Unis, il me semble extrêmement irresponsable de ne pas comprendre les défis et les risques du Mexique face à une situation continentale formidable. » Il a également rappelé que les expéditions de pétrole à Cuba avaient augmenté sous le gouvernement précédent, mais qu’elles étaient alors payées et non offertes.
Du côté de Morena, le sénateur Ricardo Sheffield a ouvert la porte à une révision des accords pétroliers, craignant des représailles de l’administration Trump. Sheffield a également mis en avant la situation précaire de Pemex, alimentant le débat sur l’opportunité de maintenir ces livraisons. Ses propos lui ont valu des critiques internes.
L’opacité entourant les termes de ces accords est également dénoncée par l’opposition. Le sénateur Marko Cortés, du PAN, a exigé des éclaircissements sur les conditions de livraison et les éventuels paiements. Il a déclaré : « Il doit y avoir des responsabilités. Dans quelles conditions est-il envoyé ? Y a-t-il un contrat ? Y a-t-il un paiement ? Ou en échange de quoi ? » Il a insisté sur la nécessité de préserver les bonnes relations avec les États-Unis, premier partenaire commercial du Mexique (90 % des échanges).
La présidente Sheinbaum se défend en arguant que le Mexique a toujours soutenu Cuba face au blocus économique américain et que ces livraisons ont une vocation humanitaire. Elle a affirmé en octobre dernier : « Indépendamment du parti politique, il y a eu une relation Mexique-Cuba. Ce n’est pas quelque chose de nouveau, ce n’est pas une situation nouvelle. Et tout se fait dans le cadre de la loi et aussi pour des raisons humanitaires pour le peuple cubain. » Elle a également nié une augmentation significative des livraisons de pétrole.
La question a même franchi les frontières mexicaines, atteignant le Congrès américain. Le député républicain Carlos A. Giménez a accusé Sheinbaum de « mentir de manière flagrante » sur l’aide pétrolière à Cuba et de trahir les États-Unis en soutenant un régime dictatorial.
Le sort de ces livraisons de pétrole reste incertain, la décision finale revenant à la présidente Sheinbaum, confrontée à une pression croissante de l’opposition et à des risques diplomatiques potentiels.
