Publié le 2024-02-29 14:35:00. Les archées, longtemps considérées comme des micro-organismes marginaux, sont de plus en plus reconnues comme des acteurs potentiels dans l’équilibre de la santé humaine, bien que leur rôle précis reste encore largement méconnu. Une nouvelle revue de recherche met en lumière leur diversité et leur possible implication dans diverses pathologies, ouvrant la voie à de nouvelles approches diagnostiques et thérapeutiques.
- Les archées, un domaine de la vie distinct des bactéries et des eucaryotes, sont présentes dans divers sites du corps humain, notamment l’intestin, la peau et les voies respiratoires.
- Les méthanogènes, un type d’archée, sont particulièrement abondants dans l’intestin inférieur et pourraient être liés à des troubles digestifs comme le syndrome du côlon irritable (SCI) et les maladies inflammatoires de l’intestin (MII).
- De nouvelles technologies, telles que le profilage bactérien-MERFISH et l’analyse multi-omique, permettent d’étudier plus finement le rôle des archées et d’envisager des applications médicales.
Longtemps éclipsées par les bactéries, les archées suscitent un intérêt croissant au sein de la communauté scientifique. Ces micro-organismes unicellulaires, appartenant à l’un des trois domaines de la vie (avec les bactéries et les eucaryotes), sont désormais reconnus comme des composants importants du microbiome humain. Si aucune espèce archéenne n’a été formellement identifiée comme un pathogène primaire chez les mammifères, leur présence généralisée suggère qu’elles pourraient influencer la santé et la maladie de manière indirecte.
La diversité des archées et leur spécificité d’habitat varient considérablement selon les différentes parties du corps. Les méthanogènes, par exemple, dominent le tractus gastro-intestinal inférieur (TGI), où ils jouent un rôle clé dans la fermentation et la production de méthane (CH4). À l’inverse, des membres de la classe Nitrososphaeria sont plus fréquemment rencontrés sur la peau et dans les voies aérodigestives supérieures (VAD), témoignant d’une adaptation écologique spécifique.
Les recherches actuelles suggèrent des liens entre la composition du microbiome archéen et certaines pathologies. Les méthanogènes ont été associés au SCI, aux MII, à l’obésité et au cancer colorectal (CRC). L’espèce Méthanobrevibacter oralis est quant à elle plus présente en cas de maladies parodontales. Des archées ont également été détectées dans les poumons de patients atteints de mucoviscidose.
Bien que les archées ne possèdent pas les facteurs de virulence classiques des bactéries, elles pourraient influencer la santé de l’hôte par divers mécanismes indirects. Ces mécanismes incluent des interactions métaboliques avec d’autres micro-organismes, une modulation du système immunitaire, une synergie dans les infections polymicrobiennes et une altération de l’équilibre global du microbiome.
Les scientifiques explorent désormais le concept d’« archéome » humain, c’est-à-dire l’ensemble des archées présentes dans et sur le corps humain. Le développement de technologies de pointe, comme le profilage bactérien-MERFISH (Multiplexed Error-Robust Fluorescence In Situ Hybridization) et les approches multi-omiques, ouvre de nouvelles perspectives pour comprendre le rôle des archées et développer des applications translationnelles, notamment dans le domaine du diagnostic, du ciblage thérapeutique et de l’ingénierie du microbiome.
