Le Bénin a déjoué une tentative de coup d’État orchestrée par des militaires, mais la traque des auteurs, dont le colonel Pascal Tigri, est toujours en cours. L’incident, survenu alors que le pays se prépare à une élection présidentielle en avril prochain, a suscité une mobilisation régionale en faveur du gouvernement en place.
La situation est désormais « complètement sous contrôle », a assuré dimanche soir le président Patrice Talon dans une allocution télévisée. Tous les otages, dont deux officiers supérieurs – le chef d’état-major Abou Issa et le chef d’état-major, le colonel Faizou Gomina – ont été libérés dans la nuit de dimanche à lundi près de la Garde nationale à Cotonou.
Lundi après-midi, la capitale économique Cotonou était revenue à la normale, avec une circulation fluide, ont constaté des journalistes de l’AFP. Cependant, des routes menant à la résidence présidentielle restaient fermées et des chars militaires étaient visibles dans certaines parties de la ville.
Selon une source militaire, les recherches se poursuivent pour localiser les militaires impliqués dans la tentative de coup d’État. « Nous ne sommes pas en mesure de dire combien de personnes sont impliquées, ni combien sont actuellement en fuite », a-t-elle déclaré, ajoutant qu’il est « présumé que beaucoup d’entre elles ont fui » vers les campagnes. « Il y a eu des arrestations », a-t-elle précisé, sans pouvoir donner de chiffre précis. D’autres sources évoquent une douzaine d’arrestations.
Cette tentative de prise de pouvoir par la force intervient dans un contexte régional marqué par une série de coups d’État militaires, notamment au Niger, au Burkina Faso, au Mali, en Guinée et, plus récemment, en Guinée-Bissau. Le Bénin a immédiatement sollicité l’aide de ses voisins.
Le Nigeria a annoncé avoir mené des frappes militaires sur Cotonou dimanche soir et déployé des troupes. L’Organisation de coopération et de développement de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a également promis un soutien militaire au Bénin, avec le déploiement de forces du Ghana, de la Côte d’Ivoire, du Nigeria et de la Sierra Leone pour « préserver l’ordre constitutionnel ». Une réunion de la CEDEAO prévue lundi à Abidjan a toutefois été annulée. Le bloc régional avait menacé d’intervenir lors du coup d’État de 2023 au Niger, mais n’a finalement pas agi.
La tentative de coup d’État a été condamnée par la CEDEAO, les Nations Unies, la France et l’Union africaine.
Le président Talon, 67 ans, doit quitter le pouvoir en avril après deux mandats. Son successeur désigné, le ministre des Finances Romuald Wadagni, est considéré comme le favori pour l’élection présidentielle. Le principal parti d’opposition, les Démocrates, a été exclu du scrutin en raison d’un manque de parrainages.
Dans un communiqué, les Démocrates ont « rejeté toute prise du pouvoir par la force et condamné fermement ces actes qui ne font pas honneur à notre pays ». Ils ont également souligné « la nécessité pour tous les acteurs politiques de notre pays de donner la priorité au dialogue ».
Bien que le Bénin ait connu une croissance économique sous la présidence de Talon, il est également accusé d’autoritarisme, rompant avec une tradition démocratique autrefois saluée. L’histoire politique du pays a été jalonnée de plusieurs coups d’État et tentatives de coup d’État depuis son indépendance de la France en 1960.
