Publié le 15 décembre 2025 08:02:00. Face à la précarité croissante des diplômés et à la flambée du coût des études, les universités américaines proposent désormais des assurances pour garantir un certain niveau de revenu après l’obtention du diplôme, une tendance qui interroge sur la valeur même de l’enseignement supérieur.
- De plus en plus d’établissements proposent des « assurances diplôme » ou des programmes d’aide au remboursement des prêts (PARP) pour rassurer les étudiants et leurs familles.
- Ces dispositifs, bien que présentés comme des solutions innovantes, soulèvent des questions sur la pérennité du modèle économique de l’enseignement supérieur et la confiance dans la capacité des diplômés à trouver un emploi décent.
- L’essor de ces assurances témoigne d’une gestion des risques accrue dans le secteur de l’éducation, passant de la sécurité physique à la sécurité financière des étudiants.
L’inquiétude grandit chez les parents d’étudiants qui choisissent des filières traditionnellement moins rémunératrices, comme la théologie. Alors que le coût des études ne cesse d’augmenter, les universités américaines déploient une nouvelle gamme de produits financiers pour apaiser les craintes et attirer les étudiants. Parmi eux, les programmes d’aide au remboursement des prêts (PARP) et les assurances diplôme, qui promettent de combler le fossé entre le salaire perçu et un seuil prédéfini.
Les PARP, apparues dans les facultés de droit dans les années 1980 pour encourager les jeunes diplômés à exercer des professions d’intérêt général moins bien rémunérées, se sont progressivement étendues à d’autres disciplines et niveaux d’études. Des entreprises privées comme Ardeo Education, fondée par un ancien diplômé de Yale ayant lui-même bénéficié d’un PARP, se positionnent désormais comme des partenaires des universités pour proposer ces dispositifs. Ardeo Education affirme vouloir « augmenter l’accès à l’impact transformateur de l’enseignement supérieur » et permettre aux étudiants de choisir leur voie sans se soucier uniquement de leur salaire.
L’assurance diplôme, quant à elle, adopte une approche différente. Le Collège Augustana dans l’Illinois, par exemple, propose une « assurance du rêve américain » qui garantit un certain niveau de revenu à ses diplômés, indépendamment de leur race ou de leur sexe. L’assurance diplôme se présente ainsi comme un moyen de réduire les inégalités et de garantir une certaine sécurité financière à tous les étudiants.
Si la portée exacte de ce marché reste difficile à évaluer, Ardeo Education annonce avoir fourni des PARP à plus de 30 000 étudiants dans plus de 200 établissements américains, allant de petits collèges confessionnels à des universités publiques de recherche comme l’Université de l’Est du Michigan. Université de l’Est du Michigan. L’éligibilité à ces programmes est généralement soumise à l’obtention d’un diplôme, à un emploi à temps plein et au respect d’un plafond de revenu.
Cette multiplication des dispositifs d’assurance et de gestion des risques dans l’enseignement supérieur s’inscrit dans une évolution plus large, qui a débuté à la fin du XXe siècle avec la prise en compte des litiges liés à la sécurité sur les campus. Ces programmes, initialement conçus pour protéger les institutions, se sont progressivement étendus à d’autres domaines, tels que la conformité réglementaire et la gestion de la réputation. L’assurance prêt et diplôme représente donc la dernière étape de cette démarche.
Pour l’instant, les universités assument généralement le coût de ces programmes, sans que l’on sache dans quelle mesure ces dépenses sont répercutées sur les étudiants via les frais de scolarité. Le processus de sélection des étudiants bénéficiaires reste également opaque, chaque établissement étant libre de déterminer les critères d’éligibilité. Le Collège Augustana, par exemple, propose son assurance diplôme uniquement sur invitation.
L’essor de ces dispositifs s’explique par plusieurs facteurs, notamment la crise de la dette étudiante, la stagnation des salaires et l’évolution de l’opinion publique sur la valeur de l’enseignement supérieur. Ils peuvent contribuer à réduire le taux de défaut de paiement des prêts étudiants et à rassurer les familles à faible revenu. Dans un contexte de concurrence accrue pour attirer les étudiants, les universités considèrent également ces programmes comme un avantage concurrentiel.
Cependant, ces assurances ne sont pas sans susciter des interrogations. Elles pourraient renforcer l’idée que les études supérieures constituent un risque financier, ce qui pourrait inciter les employeurs à réduire les salaires d’entrée en fonction des indemnités d’assurance. En fin de compte, ces dispositifs pourraient conduire à une dégradation générale des conditions d’emploi et à une perte de confiance dans la valeur de l’enseignement supérieur. Il est difficile de prévoir les conséquences à long terme de ce transfert de risque vers des tiers.
Les universités doivent se demander si la présentation des diplômes comme un risque sert leurs intérêts à long terme. Ces produits d’assurance peuvent générer des inscriptions à court terme et apaiser les angoisses des familles, mais ils risquent de masquer les problèmes structurels qui sous-tendent la crise de l’enseignement supérieur, tels que la hausse des coûts et la stagnation des salaires. En fin de compte, ils compromettent notre capacité à défendre l’enseignement supérieur en tant que bien public.
Margarita Rayzberg est professeure adjointe de sociologie et de criminologie à l’Université de Valparaiso.
