Publié le 16 mai 2024 10h30. L’Autriche chute considérablement dans le classement des performances climatiques mondiales, une dégradation attribuée à un revirement de politique intérieure qui freine les efforts de réduction des émissions, tandis que le G20 affiche une performance globalement décevante.
- L’Autriche a perdu 12 places dans le classement et se situe désormais dans la catégorie des pays aux performances faibles.
- La suppression de mesures incitatives et l’augmentation des subventions aux énergies fossiles sont pointées du doigt.
- Le Danemark arrive en tête du classement, salué pour sa constance en matière de politique climatique.
Le dernier rapport du Climate Change Performance Index (CCPI), publié par Germanwatch et le NewClimate Institute, dresse un tableau contrasté de la lutte mondiale contre le changement climatique. Si l’essor des énergies renouvelables et l’électrification sont des tendances positives, les performances des pays du G20, responsables de la majorité des émissions mondiales, suscitent de vives inquiétudes. Seul le Royaume-Uni se classe dans la catégorie « élevée », tandis que dix pays sont relégués dans la catégorie « très faible ».
L’Autriche a particulièrement mauvaise figure, chutant de la 23e à la 35e place. Cette dégradation place le pays au milieu du peloton mondial et le classe désormais parmi les « pays aux performances faibles ». Selon Thea Uhlich, co-auteure du CCPI, cette contre-performance est due à une stagnation des émissions par habitant, mais surtout à un recul de la politique climatique :
« Le nouveau gouvernement a retiré certaines mesures de politique climatique. Par exemple, le bonus climatique, qui devait compenser la taxe sur le CO2, a été supprimé. Dans le même temps, les subventions aux combustibles fossiles ont augmenté, ce qui conduit à une moins bonne évaluation de la politique climatique. »
Thea Uhlich, Germanwatch
Cette situation suscite l’inquiétude des organisations environnementales. Jasmin Duregger, experte en climat et énergie chez Greenpeace Autriche, dénonce un « signal d’alarme sans équivoque » et appelle le ministre de l’Environnement, Norbert Totschnig, à agir :
« Une loi climatique forte est la base indispensable pour cela. Un plan clair de sortie des énergies fossiles est également nécessaire de toute urgence : il faut mettre un terme à la production de pétrole et de gaz, éliminer les subventions nuisibles au climat et remplacer systématiquement les systèmes de chauffage aux énergies fossiles. »
Jasmin Duregger, Greenpeace Autriche
Johannes Wahlmüller, porte-parole de Global 2000, souligne que l’Autriche s’éloigne de ses objectifs climatiques :
« La coupe à blanc de la protection du climat en Autriche a des conséquences néfastes. Nous sommes actuellement en train de quitter le chemin qui nous mène à la réalisation de nos objectifs climatiques. Le gouvernement fédéral doit maintenant prendre des mesures urgentes pour inverser la tendance à la baisse. »
Johannes Wahlmüller, Global 2000
Malgré ce tableau sombre, certaines lueurs d’espoir subsistent. La part relativement élevée d’énergies renouvelables en Autriche et l’objectif d’atteindre 100 % d’électricité verte d’ici 2030 sont des éléments positifs.
Au niveau européen, l’Union européenne occupe la 20e place du classement, une perte de trois places. Thea Uhlich estime que l’UE a déjà de bons résultats dans de nombreux domaines, mais qu’il reste encore beaucoup à faire. Elle souligne également le rôle crucial que l’UE doit jouer en matière de protection du climat, d’autant plus face au désengagement des États-Unis. Les États-Unis, sous la présidence de Donald Trump, occupent l’avant-dernière place du classement, en raison de la remise en question du changement climatique d’origine humaine, du retrait de l’accord de Paris et du soutien au secteur des combustibles fossiles.
Concernant la Chine, le bilan est mitigé. Si le pays affiche une forte croissance dans le domaine des énergies renouvelables, la sortie des énergies fossiles reste un défi majeur. Cependant, Thea Uhlich espère que la Chine atteindra son pic d’émissions cette année ou l’année prochaine, ce qui pourrait marquer un tournant majeur dans la lutte mondiale contre le changement climatique.
Le Danemark, en tête du classement, est salué pour sa politique climatique durable et sa constance :
« Ce qui est particulièrement impressionnant au Danemark, c’est qu’ils font simplement preuve d’une grande endurance. Cela signifie que la politique climatique est au sommet de l’agenda au Danemark depuis de très nombreuses années. »
Thea Uhlich, Germanwatch
