Home AffairesL’aversion au risque s’estompe alors que les secteurs procycliques mènent tranquillement

L’aversion au risque s’estompe alors que les secteurs procycliques mènent tranquillement

by Amélie Bernard

Les marchés financiers ont clos la séance de jeudi sur une note étonnamment calme, masquant des changements subtils mais significatifs sous la surface. Malgré l’absence de réaction apparente aux derniers événements économiques, une rotation discrète des investissements suggère une prudence accrue et une attente de nouveaux catalyseurs en janvier.

En apparence, la journée a été marquée par une quasi-stagnation des indices boursiers. Pourtant, une analyse plus approfondie révèle un changement de posture chez les investisseurs. Hier, une aversion au risque était clairement perceptible, pénalisant notamment les valeurs technologiques de grande capitalisation. Aujourd’hui, cette tendance s’est partiellement inversée, avec une performance supérieure des secteurs cycliques et de croissance, notamment les services et équipements de communication. Il ne s’agit pas d’un véritable enthousiasme, mais plutôt d’un changement de langage corporel, tempéré par une plus grande prudence dans les ventes, avec un nombre de titres en baisse légèrement supérieur à ceux en hausse et une dispersion importante des performances.

Cette situation coïncide avec une période de faible liquidité et d’absence de nouvelles majeures en fin d’année. Dans ces conditions, l’évolution des prix devient davantage une question d’équilibre que de découverte de valeur, le marché cherchant un point d’ancrage en attendant de nouveaux éléments de conviction en janvier.

La dynamique de croissance reste modérée, les valeurs les plus performantes ne suscitant pas d’engouement particulier. Le marché obligataire a suivi cette tendance, avec des rendements stables, la partie longue de la courbe affichant une légère sous-performance sans pour autant remettre en question les perspectives macroéconomiques. Les procès-verbaux de la Réserve fédérale américaine (Fed) sont passés inaperçus, les anticipations du marché concernant un assouplissement monétaire restant inchangées, à environ 60 points de base d’ici 2026 – un niveau supérieur aux prévisions officielles de la Fed, ce qui constitue une source de tension latente entre les marchés obligataires et actions.

Le dollar américain a continué de progresser, soutenu par la faiblesse du yen, tout en évoluant dans une fourchette haussière. L’auteur de cette analyse se montre moins pessimiste quant à l’avenir du dollar qu’une partie des analystes, estimant que si l’économie américaine se maintient et que la Fed adopte une attitude moins accommodante que prévu, une forte dépréciation du dollar ne sera pas nécessaire.

Concernant le yen, sa situation a évolué au cours des six derniers mois, se négociant à un niveau inférieur à ce que justifieraient seuls les différentiels de taux d’intérêt, ce qui suggère que les préoccupations budgétaires, dans un contexte de hausse des taux, prennent de plus en plus d’importance. Cette prime de risque n’est plus purement théorique.

Les métaux précieux ont rebondi après les ventes forcées de la veille, ce qui indique que ces ventes étaient davantage liées à des ajustements de positions qu’à un changement fondamental des convictions. L’or a dépassé les 4 400 $ (environ 4 100 €) avant de retomber sous la pression des prises de bénéfices, un schéma typique après une forte hausse. La confiance doit se reconstruire progressivement, et le niveau de 4 475 $ (environ 4 200 €) représente une résistance technique importante. L’argent a suivi une trajectoire similaire, atteignant 78 $ (environ 73 €) avant de se stabiliser, tandis que la normalisation du spread EFP (Exchange For Physical) suggère que la spéculation excessive a diminué et que les opérations de couverture se sont stabilisées.

Le platine et le palladium ont également rebondi, confirmant que les ventes de la veille étaient davantage motivées par une réduction des risques que par un changement macroéconomique.

Le pétrole brut a terminé la séance sans variation significative. Les gains initiaux ont été effacés par une accumulation importante des stocks, obligeant les traders à prendre en compte les risques géopolitiques liés au Venezuela, à la Russie et au Yémen, ainsi que les inquiétudes croissantes concernant une surproduction mondiale. Pour l’instant, les barils physiques pèsent plus lourd que les titres financiers.

L’analyse des options révèle une image claire de la psychologie à court terme du marché : la volatilité diminue en fin d’année, et les volumes d’options se sont effondrés après les records des troisième et quatrième trimestres. L’ensemble de ces éléments suggère une période de calme plat.

Les niveaux de support se situent à 6 900 et 6 850, tandis que les résistances se trouvent à 6 920 et 6 950. Le seuil de risque reste fixé à 6 890. Tant que le prix évolue dans cette fourchette, le marché devrait rester relativement stable. Une sortie de cette fourchette pourrait entraîner une volatilité accrue en raison de la faible liquidité.

En prenant du recul, il convient de noter que les marchés boursiers mondiaux devraient enregistrer leur meilleure performance annuelle depuis six ans. L’indice MSCI All Country World a progressé d’environ 21 % avec un jour de bourse restant en 2025. Les actions asiatiques enregistrent une troisième année consécutive de gains, la plus forte depuis 2017, plusieurs marchés étant déjà fermés pour l’année.

Ce rallye a résisté au choc lié aux tarifs douaniers en avril et a été alimenté par l’enthousiasme suscité par l’intelligence artificielle. Cependant, la dynamique a clairement ralenti. Les valorisations sont élevées, et les décideurs politiques sont divisés sur la nécessité d’un nouvel assouplissement monétaire.

Pour progresser de manière significative en 2026, les marchés boursiers auront besoin de la confirmation que la Fed pourra mettre en œuvre au moins les deux baisses de taux anticipées par le marché, sans nuire à la croissance économique. Pour l’instant, les investisseurs restent dans l’attente.

Alors que l’année touche à sa fin, nous marquons le pas. Une dernière séance boursière subsiste, puis la page se tournera, la liquidité reviendra et une nouvelle série de défis se présentera. Bonne année !

You may also like

Leave a Comment

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.