Google a fait face à un revers mardi lorsqu’un conseiller de la plus haute juridiction de l’Union européenne a pris position en faveur d’éditeurs de presse dans un litige concernant l’utilisation de leurs articles protégés par le chatbot Gemini. L’affaire, examinée par la Cour de justice de l’Union européenne siégeant à Luxembourg, oppose l’exploitant de sites web hongrois Like Company à la filiale de l’entreprise américaine Google. L’avis rendu par l’avocat général Maciej Szpunar expose les tensions entre les plateformes numériques et les acteurs des médias concernant l’exploitation non rémunérée des contenus journalistiques par les intelligences artificielles génératives.
L’avocat général de la CJUE se prononce sur Gemini
Selon l’analyse juridique présentée, lorsqu’un agent conversationnel fondé sur un grand modèle de langage récupère une publication sur le site d’un éditeur pour élaborer une réponse destinée à un utilisateur, le droit de reproduction du presse-éditeur peut se trouver enfreint dans certaines circonstances. L’avocat général a précisé que ces infractions potentielles se manifestent notamment lorsque le chatbot contourne des barrières techniques telles que les paywalls, ou lorsqu’il réutilise de manière reconnaissable la forme d’expression propre à la publication. Les règles sur le droit d’auteur ne protègent pas les simples faits, mais bien la forme spécifique adoptée pour les exprimer.
La distinction entre entraînement et réponses aux requêtes
L’avis juridique introduit une distinction fondamentale entre l’utilisation de données protégées pour le développement des technologies d’intelligence artificielle et l’affichage de réponses générées à destination du public. D’un côté, l’entraînement des grands modèles de langage sur des œuvres protégées est jugé librement permis en vertu de l’exception relative à la fouille de textes et de données inscrite dans le droit européen. L’avocat général a d’ailleurs indiqué qu’il n’existait pas d’éléments démontrant que Google avait spécifiquement utilisé les articles de l’éditeur hongrois pour entraîner son modèle.
D’un côté, la restitution de contenus dans les réponses de Gemini constitue un terrain juridique plus risqué pour les géants technologiques.
Pour les éditeurs de presse, qui voient leur trafic numérique diminuer à mesure que les résumés d’intelligence artificielle remplacent les moteurs de recherche traditionnels dotés de liens hypertextes vers les sites sources, une décision définitive allant dans ce sens pourrait offrir une bouffée d’oxygène financière.

Cette décision pourrait aussi renforcer leur position dans les négociations de licences.
Réactions de l’industrie et prochaines étapes judiciaires
Du côté de l’industrie, les réactions rappellent les enjeux économiques et stratégiques de ce dossier.
Cố vấn toà án cao nhất châu Âu vừa nói: Google Gemini có thể đang vi phạm bản quyền khi tóm tắt báo. ❗ Ngày 3/11/2026, cố vấn Maciej Szpunar đưa ý kiến trong vụ một trang tin Hungary kiện Google vì Gemini dùng lại bài báo để trả lời người dùng. 🔍 Ông… pic.twitter.com/Av4MlRKCyD
Angela Mills Wade, directrice exécutive du Conseil européen des éditeurs, a rappelé l’importance de distinguer l’indexation par les moteurs de recherche et l’autorisation de réponses synthétiques se substituant au reportage original.
Elle a insisté sur le fait que les plateformes ne doivent pas utiliser leur rôle de passerelle pour s’accaparer les contenus des médias. Un tribunal de Budapest avait initialement saisi la juridiction européenne dans ce cadre en avril 2025.
En réponse, un porte-parole de Google a rappelé que les exceptions textuelles et de fouille de données demeurent essentielles pour la compétitivité et le développement de l’intelligence artificielle en Europe.
Il a affirmé que le système de l’entreprise apprend des motifs linguistiques pour formuler des productions originales plutôt que de reproduire l’existant. La Cour de justice de l’Union européenne, qui suit généralement l’avis de ses avocats généraux sans y être formellement liée, doit rendre son arrêt définitif dans les prochains mois.