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Le Brésil s’engage à respecter un délai rapide pour la feuille de route énergétique des ministères clés

by Clara Dubois

Publié le 2024-05-08 10:45:00. Le Brésil s’engage à élaborer une stratégie de sortie des énergies fossiles, sous l’impulsion de la COP30 qu’il accueillera, mais cette transition se heurte à des intérêts divergents au sein du gouvernement.

  • Le président Lula da Silva a donné son accord de principe pour une “feuille de route” visant à réduire la dépendance du pays au pétrole et au gaz.
  • Quatre ministères clés ont reçu l’instruction de présenter dans les 60 jours des propositions de financement et de politiques pour cette transition énergétique.
  • Cette initiative, saluée par la directrice générale de la COP30, Ana Toni, suscite des tensions entre les partisans d’une exploration pétrolière accrue et les défenseurs d’une action plus rapide en faveur des énergies renouvelables.

Brasilia s’est engagée à demander aux ministères clés de définir, dans un délai de deux mois, un plan pour mettre fin à sa dépendance aux combustibles fossiles. Cette décision fait suite aux déclarations d’Ana Toni, directrice générale de la COP30, qui a souligné le soutien du président Luiz Inácio Lula da Silva à une stratégie claire de transition énergétique.

Une directive présidentielle, publiée ce mois-ci, enjoint les ministères des Mines et de l’Énergie, des Finances, de l’Environnement, ainsi que le cabinet du chef de cabinet, à préparer un projet de lignes directrices pour une “feuille de route pour une transition énergétique juste et planifiée”. L’objectif est de réduire progressivement la dépendance du Brésil aux combustibles fossiles.

Ana Toni a récemment déclaré lors de la Salle de conférence mondiale FT qu’elle était convaincue que le Brésil pouvait servir d’exemple aux autres économies en matière de sevrage des énergies fossiles. Elle a insisté sur la nécessité d’une approche globale :

« Le président Lula a été extrêmement utile dans la façon dont il l’a exprimé. Nous devons mettre fin à notre dépendance. Et cette dépendance est celle des entreprises, une dépendance des pays, des municipalités. »

Ana Toni, directrice générale de la COP30

La feuille de route envisagée prévoit notamment la création d’un fonds dédié, alimenté par les revenus pétroliers et gaziers de l’État, pour financer la transition énergétique. Bien que le Brésil dépende majoritairement des énergies renouvelables et des biocarburants pour ses besoins énergétiques, il figure parmi les dix premiers producteurs mondiaux de pétrole brut, qui constitue une source majeure de revenus d’exportation.

L’initiative se heurte toutefois à des divergences au sein de l’administration Lula. Le ministre des Mines et de l’Énergie, Alexandre Silveira, ainsi que la compagnie pétrolière nationale Petrobras, plaident activement pour de nouvelles explorations d’hydrocarbures au large des côtes brésiliennes afin de reconstituer les réserves. Cette position a conduit à l’octroi controversé, quelques semaines avant l’accueil de la COP30 à Belém, d’un permis à Petrobras pour des forages d’essai à des centaines de kilomètres de l’embouchure de l’Amazone.

Silveira affirme qu’il n’y a aucune contradiction entre cette politique et les ambitions du Brésil en matière de transition énergétique. À l’inverse, la ministre de l’Environnement, Marina Silva, figure de proue de l’écologie politique, plaide pour une action plus déterminée contre les combustibles fossiles. Sans pour autant entrer en conflit ouvert avec ses collègues, elle a précédemment appelé à limiter l’exploration pétrolière.

Selon Ana Toni, le Brésil devra anticiper les conséquences économiques d’une diminution des revenus liés aux combustibles fossiles :

« Donc, si nous ne planifions pas, si nous n’utilisons pas les ressources dont nous disposons de manière judicieuse – les pays qui ne planifieront pas – ils seront laissés pour compte. »

Ana Toni, directrice générale de la COP30

La proposition de feuille de route avait suscité un certain engouement lors du sommet de l’ONU sur le climat au Brésil le mois dernier, avec le soutien de plus de 80 pays. Cependant, elle a été bloquée par les États producteurs de pétrole et certains pays en développement, l’approche consensuelle de l’ONU nécessitant l’accord unanime des 194 pays membres.

Malgré cet obstacle, le Brésil entend poursuivre ses propres efforts et espère inciter d’autres nations à le rejoindre. Ana Toni a cité l’exemple de la Norvège, qui a également entrepris une transition vers les énergies propres tout en étant un important exportateur de pétrole et de gaz.

Suely Araújo, coordinatrice des politiques publiques à l’Observatoire du climat, une organisation à but non lucratif, estime que la feuille de route pourrait aider le Brésil à s’éloigner des combustibles fossiles, mais souligne qu’elle doit aller au-delà d’une simple déclaration d’intention. Elle insiste sur la nécessité de fixer des limites à l’utilisation des revenus pétroliers pour financer la transition énergétique.

« Nous devons exiger des objectifs clairs et une définition des moyens de mise en œuvre. La feuille de route doit conduire à une réduction de la production et de la consommation de combustibles fossiles, et non l’inverse. »

Suely Araújo, coordinatrice des politiques publiques à l’Observatoire du climat

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