Home NouvellesLe Cabinet japonais approuve un budget de défense record visant à dissuader la Chine alors que les tensions s’accroissent

Le Cabinet japonais approuve un budget de défense record visant à dissuader la Chine alors que les tensions s’accroissent

by Nicolas Lefèvre

Le Japon s’apprête à engager une nouvelle phase de son renforcement militaire, avec l’adoption d’un budget de défense record de plus de 9 000 milliards de yens (58 milliards de dollars américains) pour l’année à venir. Cette augmentation significative des dépenses vise à contrer les tensions régionales croissantes et à moderniser les capacités de riposte du pays, notamment en matière de missiles et de drones.

Ce projet de budget, qui entrera en vigueur en avril 2026, représente une hausse de 9,4 % par rapport à 2025 et s’inscrit dans le cadre d’un programme quinquennal ambitieux. L’objectif affiché par Tokyo est de doubler les dépenses annuelles en armement pour atteindre 2 % du produit intérieur brut.

« C’est le minimum nécessaire face à l’environnement sécuritaire le plus sévère et le plus complexe que le Japon ait connu depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale », a déclaré le ministre de la Défense, Shinjiro Koizumi, soulignant la détermination du gouvernement à protéger sa population.

L’augmentation des tensions avec la Chine est un facteur déterminant de cette décision. Le Premier ministre japonais, Sanae Takaichi, avait averti en novembre que son pays pourrait intervenir militairement si Pékin devait attaquer Taïwan, l’île autonome que la Chine considère comme une province rebelle.

Sous la pression des États-Unis, le gouvernement Takaichi s’est engagé à atteindre l’objectif de 2 % du PIB d’ici mars, soit deux ans plus tôt que prévu. Une révision de la politique de sécurité et de défense du Japon est également prévue pour décembre 2026, afin de renforcer davantage ses forces armées.

Une part importante du budget sera allouée au renforcement de la défense côtière, notamment avec l’acquisition de missiles sol-navire de type 12, développés et modernisés localement. Un premier lot de ces missiles, d’une portée d’environ 1 000 kilomètres (620 miles), sera déployé dans la préfecture de Kumamoto, au sud-ouest du Japon, dès mars, soit un an plus tôt que prévu.

Le Japon prévoit également d’investir massivement dans les armes sans pilote, en raison du vieillissement de sa population et des difficultés de recrutement dans l’armée. Plus de 100 milliards de yens (640 millions de dollars) seront consacrés au déploiement d’un système de surveillance et de défense aérienne, maritime et sous-marine baptisé « SHIELD », prévu pour mars 2028. À court terme, le Japon envisage de s’appuyer sur des importations, notamment de Turquie ou d’Israël.

Les tensions avec la Chine se sont récemment exacerbées, notamment suite à des exercices de porte-avions chinois près du sud-ouest du Japon. Tokyo a protesté après que des avions chinois ont verrouillé leur radar sur des avions japonais, un geste interprété comme une possible préparation à un tir de missile.

Le ministère de la Défense japonais ouvrira un nouveau bureau dédié à l’étude des activités militaires chinoises dans le Pacifique, en réponse à l’expansion rapide des opérations de Pékin dans la région. En juin, deux porte-avions chinois avaient été repérés simultanément près de l’île d’Iwo Jima, suscitant des inquiétudes à Tokyo.

De son côté, Pékin a critiqué le renforcement militaire japonais. Le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Lin Jian, a déclaré que le Japon « s’écarte de la voie du développement pacifique » et « s’avance de plus en plus dans une direction dangereuse ».

Par ailleurs, le Japon s’efforce de renforcer son industrie de défense nationale en participant à des projets de développement conjoints avec des pays amis, comme le Royaume-Uni et l’Italie, pour la création d’un avion de combat de nouvelle génération, dont le déploiement est prévu pour 2035. Le pays prévoit également d’investir plus de 160 milliards de yens (1 milliard de dollars) dans la recherche et le développement de drones pilotés par l’intelligence artificielle.

L’Australie a choisi Mitsubishi Heavy Industries en août pour moderniser sa flotte de frégates, ce qui témoigne de l’attrait croissant des produits de défense japonais à l’étranger. Le budget alloue également près de 10 milliards de yens (64 millions de dollars) au soutien de l’industrie et des ventes d’armes.

Le plan budgétaire doit encore être approuvé par le Parlement d’ici mars pour être intégré au projet de loi de budget national de 122,3 billions de yens (784 milliards de dollars). Si adopté, le programme quinquennal de renforcement de la défense ferait du Japon le troisième pays dépensier en matière de défense au monde, après les États-Unis et la Chine.

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