Publié le 18 octobre 2025 17:44:00. Le parti chrétien-démocrate (CDA) néerlandais affiche une orientation de plus en plus pro-européenne, estimant que la sécurité et la paix exigent un renforcement des pouvoirs et des moyens financiers de Bruxelles, une position qui pourrait influencer la formation d’une future coalition gouvernementale.
- Le CDA plaide pour une coopération européenne accrue, notamment en matière de défense et de migration.
- Le parti est désormais ouvert à des mécanismes de financement européens communs, comme les euro-obligations, ce qui surprend certains observateurs.
- Henri Bontenbal, chef du CDA, critique l’attitude de certains partis qui cherchent à « racheter » leur part dans l’accueil des demandeurs d’asile, estimant que cela nuit à la solidarité européenne.
Le CDA se positionne de plus en plus clairement comme un défenseur d’une Europe forte, une évolution notable par rapport à sa position plus sceptique d’antan. Selon Henri Bontenbal, la situation géopolitique actuelle, marquée par les conflits en Ukraine et au Moyen-Orient, rend une coopération européenne renforcée indispensable.
« Je ne vois pas comment il pourrait en être autrement. Une plus grande coopération européenne est désespérément nécessaire »,
Henri Bontenbal, chef du CDA
Cette prise de position intervient alors que les Pays-Bas se préparent à former un nouveau gouvernement après les élections. Avec ses scores actuels dans les sondages, le CDA pourrait jouer un rôle clé dans la constitution d’une coalition et influencer ainsi l’orientation pro-européenne du futur exécutif.
Un nouveau cabinet devra prendre des décisions importantes à Bruxelles concernant la coopération dans des domaines cruciaux tels que la défense et la migration. Si de nombreux partis reconnaissent la nécessité d’une plus grande coopération européenne, ils divergent quant à l’ampleur des efforts que les Pays-Bas doivent consentir. Le CDA, traditionnellement réticent à augmenter les contributions financières à l’Union européenne, semble désormais prêt à revoir sa position.
« Une attitude ouverte »
Le gouvernement sortant, dirigé par Mark Rutte, souhaitait récupérer davantage de souveraineté nationale et réduire les contributions financières aux institutions européennes, notamment dans les domaines de la migration, des paiements à l’UE et de l’agriculture. Bien que la plupart des partis s’accordent sur la nécessité d’une coopération accrue pour renforcer la sécurité, leurs opinions divergent quant à la mesure dans laquelle les Pays-Bas sont prêts à s’engager. Des formations politiques telles que D66, GroenLinks-PvdA et Volt se montrent favorables à une orientation pro-européenne, tandis que JA21, BBB et VVD sont plus réticentes à céder davantage de pouvoir à Bruxelles. Le Forum pour la liberté (FVD), quant à lui, prône une sortie complète de l’Union européenne.
Le CDA estime qu’il n’est plus responsable de freiner l’intégration européenne. Dans ce contexte, Henri Bontenbal aborde également la question de la contribution néerlandaise au budget pluriannuel de l’UE. Le gouvernement sortant jugeait que les Pays-Bas contribuaient davantage à ce budget que d’autres pays, ce qu’il considérait comme inacceptable.
« Si nous avons autant besoin de l’Europe, alors nous devons aborder cette question avec une attitude ouverte. Je sais que d’autres États membres souhaitent que les pays du Nord contribuent davantage. Je ne suis pas naïf. Mais en même temps, il faut toujours se demander : si j’investis de l’argent en Europe, qu’est-ce que j’obtiens en retour ? C’est cette question qui doit être au cœur du débat. »
Henri Bontenbal, chef du CDA
Aux Pays-Bas, les partis politiques sont divisés sur le financement des ambitions européennes en matière de défense, notamment en ce qui concerne l’émission d’euro-obligations. Il s’agit de prêts communs dans lesquels les pays européens se portent garants mutuellement de la dette de chacun. Le CDA n’est plus opposé à cette idée, ce qui surprend le VVD.
Le ministre des Finances sortant, Eelco Heinen (VVD), s’oppose fermement à ces prêts communs.
« Oui, je pense qu’il est vraiment naïf de considérer cela comme un point de départ pour un débat. Car on constate alors que les pays se contentent d’attendre. »
Eelco Heinen, ministre des Finances sortant (VVD)
Bontenbal estime, quant à lui, que s’opposer fermement à cette option serait une erreur.
« Refuser catégoriquement cette possibilité serait en réalité naïf. Nous devons y associer des conditions très strictes. Ces euro-obligations ne devraient donc pas concerner tous les types de dépenses. »
Henri Bontenbal, chef du CDA
« Tourné vers l’avenir »
Les euro-obligations sont un sujet de débat récurrent aux Pays-Bas, car les conséquences financières de ces prêts communs pourraient être supportées principalement par les pays les plus riches. En effet, plus le risque de remboursement est élevé, plus les taux d’intérêt sont importants. Les États membres les plus prospères craignent que les euro-obligations ne leur coûtent plus cher en raison des taux d’intérêt plus élevés appliqués aux pays économiquement plus faibles. Ils redoutent même, à terme, de devoir rembourser l’argent qu’ils ont emprunté.
Bontenbal affirme que lorsqu’il s’agit de projets collectifs pour notre sécurité, « le besoin est désormais réel ». S’il n’y a pas d’autre solution, il estime que les euro-obligations sont justifiées.
« Il faut ici regarder vers l’avenir, et non se battre pour des positions dépassées. J’attends que les partis politiques soient également prêts à adopter une vision tournée vers l’avenir. »
Henri Bontenbal, chef du CDA
« Solidarité »
L’Europe a également conclu des accords pour une politique d’asile plus stricte. Ces mesures devraient entrer en vigueur l’année prochaine, mais de nombreux détails restent à préciser. Par exemple, la répartition des demandeurs d’asile entre les États membres de l’UE. Les États membres qui ne souhaitent pas accueillir de demandeurs d’asile peuvent « racheter » leur part.
Le gouvernement sortant a choisi cette dernière option, mais Bontenbal estime que cette attitude porte atteinte à la solidarité européenne.
« Je trouverais cela vraiment égoïste. Si tous les États membres rachetaient leur part, nous nous retrouverions dans une situation inextricable. Nous nous sommes mis d’accord sur un pacte migratoire pour garantir une répartition équitable. »
Henri Bontenbal, chef du CDA
L’Europe n’est pas le thème central de la campagne électorale actuelle. C’est pourquoi nous avons analysé les projets (cachés) des différents partis en matière d’élections européennes, qui détermineront bientôt l’orientation pro-européenne des Pays-Bas :