Publié le 31 octobre 2024 17h18. La fonte du pergélisol arctique, accélérée par le changement climatique, libère non seulement des gaz à effet de serre aggravant le réchauffement, mais aussi des virus anciens potentiellement dangereux pour lesquels l’humanité n’a aucune immunité.
- La fonte du pergélisol libère des virus et des bactéries piégés depuis des millénaires.
- Des scientifiques ont identifié treize virus zombies dans le pergélisol sibérien capables d’infecter des humains.
- Le risque d’une pandémie reste faible, mais la surveillance accrue des zones arctiques est cruciale.
Le changement climatique, au-delà de ses effets bien connus, pourrait réveiller des menaces biologiques oubliées. Le dégel du pergélisol, cette couche de sol gelé en permanence présente dans les régions arctiques, libère des quantités importantes de méthane et de dioxyde de carbone, contribuant ainsi à l’accélération du réchauffement planétaire. Mais ce n’est pas le seul danger. Ce sol gelé agit également comme une capsule temporelle, emprisonnant des virus et des bactéries depuis des dizaines de milliers d’années.
Des recherches récentes ont mis en évidence la présence de treize virus anciens dans le pergélisol sibérien, capables d’infecter des cellules humaines. Si ces virus ne représentent pas une menace immédiate pour la santé publique, leur réapparition soulève des inquiétudes légitimes. Comme l’explique Jean-Michael Claverie, microbiologiste spécialisé dans les virus zombies, « L’espèce humaine n’a que 200 000 ans. Nous ne savons pas quels types de virus existaient avant cela, et nous sommes certains que notre système immunitaire n’y a jamais été exposé. »
« L’espèce humaine n’a que 200 000 ans. Nous ne savons pas quels types de virus existaient avant cela, et nous sommes certains que notre système immunitaire n’y a jamais été exposé. »
Jean-Michael Claverie, Microbiologiste spécialisé dans les virus zombies
Le système immunitaire adaptatif, notre principale défense contre les agents pathogènes, fonctionne en reconnaissant et en neutralisant les menaces qu’il a déjà rencontrées. Face à des virus inconnus, notre corps est vulnérable. La fonte du pergélisol est donc une source potentielle de nouvelles épidémies, d’autant plus que les opérations minières dans l’Arctique, encouragées par la disparition de la glace de mer, pourraient libérer davantage d’agents pathogènes et faciliter leur propagation. Des scientifiques mettent en garde contre ce risque croissant.
Des cas de réapparition de maladies anciennes liés à la fonte du pergélisol ont déjà été documentés. En 2016, une épidémie d’anthrax a éclaté en Sibérie après le dégel de carcasses de rennes infectées, entraînant la mort d’un jeune garçon et la contamination d’environ 2 000 personnes. Des traces de variole et de grippe espagnole ont également été retrouvées dans des restes humains enfouis dans le pergélisol. Plus d’informations sur les risques liés au pergélisol sont disponibles en ligne.
Cependant, les experts soulignent qu’il ne faut pas céder à la panique. Selon le Dr Jonathan Stoye, professeur et chercheur, « le risque est toujours la combinaison du danger et de l’exposition ». La faible densité de population dans les régions arctiques limite pour l’instant le risque de pandémie. De plus, la plupart des agents pathogènes piégés dans le pergélisol sont des bactéries, plus faciles à éliminer que les virus grâce aux antibiotiques.
Néanmoins, la surveillance des zones arctiques est essentielle. Jean-Michael Claverie et Chantal Abergel, un couple de scientifiques travaillant sur les virus zombies, appellent à une vigilance accrue et critiquent les tentatives de certains chercheurs de ressusciter des virus anciens, qu’ils jugent « stupides et dangereux ». Ils insistent sur la nécessité de détecter rapidement les menaces potentielles et de mettre en place des mesures de prévention efficaces. Des efforts de surveillance sont en cours, mais ils restent insuffisants, notamment en Russie, qui contrôle 53 % du littoral arctique et se montre peu coopérative avec la communauté scientifique internationale.
En fin de compte, cette situation rappelle l’histoire de Frankenstein, une mise en garde contre l’orgueil humain face à l’inconnu. Comme l’explorateur arctique du roman, nous devons faire preuve de prudence et de responsabilité. La meilleure solution reste de limiter le réchauffement climatique et de préserver la nature, afin d’éviter de réveiller des démons enfouis depuis des millénaires.
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