Home MondeLe chemin semé d’embûches de l’Argentine vers la liberté économique – OpEd – Eurasia Review

Le chemin semé d’embûches de l’Argentine vers la liberté économique – OpEd – Eurasia Review

by Clara Dubois

Publié le 14 décembre 2025 à 01h24. L’arrivée au pouvoir de Javier Milei en Argentine, premier président libertaire de l’histoire du pays, suscite un vif intérêt international. Ses réformes économiques audacieuses, visant à libéraliser radicalement l’économie, sont scrutées de près pour déterminer si un modèle de marché libre sans entraves peut réellement prospérer.

  • L’inflation en Argentine a considérablement ralenti depuis l’arrivée de Milei, mais des mesures d’austérité sévères ont entraîné une augmentation initiale de la pauvreté.
  • Le gouvernement argentin a enregistré un excédent budgétaire en août 2025, une première historique pour le pays.
  • La situation du peso argentin reste fragile, malgré les efforts de stabilisation et l’obtention d’un soutien financier des États-Unis.

L’élection de Javier Milei en Argentine marque un tournant politique et économique majeur. Son programme, inspiré par l’école autrichienne d’économie, vise à démanteler l’État interventionniste et à instaurer un marché libre pur. Cette expérience est observée avec attention par les partisans du libéralisme économique, mais aussi par les sceptiques qui craignent les conséquences sociales d’une telle transformation.

Les premiers mois de la présidence Milei ont été marqués par des réformes rapides et ambitieuses. L’inflation, qui rongeait le pouvoir d’achat des Argentins depuis des décennies, a connu un ralentissement notable. En 2024, le produit intérieur brut (PIB) s’est contracté de 1,8 %, une performance meilleure que les -3,1 % de l’année précédente. Les prévisions pour 2025 sont optimistes, avec une croissance attendue de 5,2 % selon l’OCDE.

En août 2025, l’Argentine a enregistré un excédent budgétaire de 1,3 % du PIB, une situation sans précédent pour un pays habitué aux déficits chroniques. Cet excédent est le résultat de réductions drastiques des dépenses publiques, de la suppression de subventions et de la rationalisation du secteur public. Cependant, ces mesures d’austérité ont eu un coût social immédiat, avec une augmentation du taux de pauvreté. Celui-ci a atteint un pic au premier semestre 2024, touchant 52,9 % de la population, avant de diminuer à 38,1 % au second semestre. Le taux de chômage dans la province de Buenos Aires a augmenté, atteignant 9,8 %, supérieur au niveau de 2023 comme l’indiquent les données récentes.

L’un des principaux défis de l’administration Milei concerne la stabilisation du peso argentin. L’histoire monétaire de l’Argentine est jalonnée d’échecs, notamment l’expérience de l’ancrage au dollar dans les années 1990. En 1991, le peso avait été fixé à un taux de parité avec le dollar américain, chaque peso étant garanti par un dollar détenu en réserve. Si cette mesure avait initialement permis de maîtriser l’inflation et d’attirer les investissements, elle avait également privé l’Argentine de la flexibilité nécessaire pour s’adapter aux chocs économiques externes. L’appréciation du dollar américain avait rendu le peso surévalué, nuisant aux exportations et favorisant le chômage. Incapable de dévaluer sa monnaie ou de fixer ses propres taux d’intérêt, le gouvernement avait eu recours à un endettement massif en dollars, aggravant ainsi sa vulnérabilité.

L’effondrement du système d’ancrage en 2001 avait entraîné une crise économique et sociale majeure. La fuite des capitaux, la dévaluation du peso (qui a perdu environ 70 % de sa valeur en quelques mois) et le défaut de paiement sur plus de 100 milliards de dollars de dette avaient plongé le pays dans le chaos. Depuis lors, l’Argentine a adopté un régime de change flottant, mais l’indiscipline budgétaire a persisté, entraînant une inflation chronique et une perte de confiance dans la monnaie nationale.

Javier Milei a initialement dévalué le peso de manière significative (d’environ 400 ARS/USD à environ 800 ARS/USD) dans le cadre de sa stratégie de lutte contre l’inflation. En avril 2025, le gouvernement a adopté un régime de change plus flexible, autorisant le peso à fluctuer dans une fourchette (par exemple, entre 1 000 et 1 400 ARS/USD) et supprimant de nombreux contrôles de capitaux avec le soutien financier des États-Unis, qui ont fourni un fonds de stabilisation de 20 milliards de dollars en octobre 2025, contribuant également aux succès des élections de mi-mandat pour le parti de Milei.

Malgré ces efforts, le peso reste vulnérable et sa valeur est toujours inférieure à son niveau réel, ce qui nuit à la compétitivité des exportations argentines. Des produits tels que les ustensiles de cuisine de marque ou le bœuf, une exportation phare du pays, sont moins chers à l’étranger qu’en Argentine en raison du taux de change actuel. Le plan de Milei va au-delà de la simple fluctuation du peso : il envisage même d’abolir la banque centrale et de laisser le marché déterminer librement les taux d’intérêt, conformément aux principes de l’école autrichienne.

Selon les économistes autrichiens, les crises répétées que l’Argentine a connues sont la conséquence d’une manipulation artificielle de la monnaie. Comme l’écrivait Ludwig von Mises : « Il n’y a aucun moyen d’éviter l’effondrement final d’un boom provoqué par l’expansion du crédit. L’alternative est seulement de savoir si la crise doit survenir plus tôt ou plus tard sous la forme d’une catastrophe finale et totale du système monétaire. » Ces mots, tirés de son ouvrage L’Action humaine, restent particulièrement pertinents pour l’Argentine.

La réussite de Milei dépendra de sa capacité à surmonter les obstacles politiques et à maintenir le cap face aux pressions internes et externes. Si l’Argentine parvient à instaurer une économie véritablement libre, cela pourrait non seulement constituer une victoire pour le libéralisme économique, mais aussi servir d’exemple pour d’autres pays confrontés aux défis de l’étatisme keynésien.

  • À propos de l’auteur : Finn Andreen est un libertaire suédois résidant en France. Il est titulaire d’un master en ingénierie physique de l’Institut royal de technologie de Stockholm (KTH) et diplômé de HEC School of Economics à Paris. Il est membre de l’Institut Mises et du Cercle Bastiat en France.
  • Source : Cet article a été publié par l’Institut Mises ici.

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