Home Santé« Le Chikungunya devient incontrôlable et le gouvernement ne donne pas de réponses »

« Le Chikungunya devient incontrôlable et le gouvernement ne donne pas de réponses »

by Sophie Martin

Publié le 9 novembre 2025 19:49:00. Une historienne de l’art cubaine dénonce publiquement la gestion de l’épidémie de chikungunya qui frappe l’île, pointant du doigt le manque de transparence et l’aggravation de la crise sanitaire due à la pénurie de ressources.

  • Yamilka Lafita Cancio a adressé une lettre ouverte aux plus hautes autorités cubaines pour exiger des explications sur l’augmentation alarmante des cas de chikungunya et d’autres arbovirus.
  • La situation est aggravée par le manque d’eau, l’accumulation d’ordures, les coupures de courant et la pénurie de médicaments, selon la militante.
  • Des témoignages et des rapports font état d’hôpitaux débordés, de difficultés d’accès aux soins et même de décès, notamment à l’Université d’Oriente.

L’historienne de l’art et militante cubaine Yamilka Lafita Cancio, connue sur les réseaux sociaux sous le pseudonyme de Lara Crofs, a lancé un appel à l’action face à la détérioration de la situation sanitaire à Cuba. Dans une lettre ouverte adressée au président Miguel Díaz-Canel et au ministre de la Santé publique, José Ángel Portal Miranda, elle réclame des comptes sur la propagation rapide du chikungunya et d’autres arbovirus qui affectent durement la population.

Publiée sur Facebook, la missive alerte sur un nombre croissant de consultations médicales, d’hospitalisations, de séquelles articulaires prolongées et de décès liés à des complications systémiques.

« Face à l’augmentation soutenue des cas d’arbovirus, notamment de chikungunya, qui a généré une augmentation des consultations médicales, des hospitalisations, des séquelles articulaires prolongées et même plusieurs décès dus à des complications systémiques, j’estime impératif d’exprimer cette préoccupation collective »

Yamilka Lafita Cancio, historienne de l’art et militante cubaine

Lafita attribue l’aggravation de l’épidémie à la prolifération du moustique Aedes aegypti, favorisée par des conditions précaires telles que le manque d’eau potable, l’accumulation de déchets, les fréquentes coupures de courant et, surtout, la pénurie chronique de médicaments. Elle dénonce également un manque flagrant de transparence de la part des autorités sanitaires concernant l’ampleur réelle du problème et l’inefficacité des mesures de prévention mises en place.

Selon l’historienne, le chikungunya représente un véritable fardeau pour la santé publique, avec 30 à 40 % des patients souffrant de douleurs articulaires persistantes au-delà de six mois. Cette situation est d’autant plus préoccupante que les ressources allouées à la réadaptation sont limitées, affectant physiquement et moralement la population cubaine.

La lettre ouverte demande une explication détaillée des stratégies mises en œuvre par le gouvernement et le ministère de la Santé publique pour lutter contre l’épidémie. « Quelles sont les stratégies en cours en matière de lutte anti-vectorielle, d’assainissement de l’environnement, de surveillance épidémiologique, d’éducation communautaire et de gestion des cas chroniques ? » interroge la militante, soulignant que ces informations sont « cruciales pour renforcer la confiance du public et coordonner les efforts communautaires ».

Lafita rappelle que Cuba a traditionnellement été reconnue pour son excellence dans le contrôle des maladies transmises par les vecteurs, mais craint que cette expertise ne soit en train de disparaître. « La situation nécessite des actions urgentes et transparentes pour protéger notre peuple et éviter de nouvelles pertes humaines », insiste-t-elle, annonçant qu’elle remettra officiellement la lettre aux autorités compétentes mercredi prochain, accompagnée d’une copie et de l’original, et invite d’autres Cubains à la signer.

La militante précise que cette initiative ne relève d’aucun intérêt politique, mais est motivée par le droit des citoyens à exiger des réponses et des solutions à une crise sanitaire qui coûte des vies.

La propagation du chikungunya à Cuba a atteint des niveaux inquiétants, exacerbés par les difficultés structurelles du système de santé. Le ministère de la Santé publique a récemment reconnu plus de 20 000 infections dans tout le pays – un chiffre que de nombreux observateurs estiment sous-évalué, la réalité étant probablement deux à trois fois supérieure – tandis que les signalements de cas graves et de décès continuent d’augmenter, sans réponse officielle adéquate.

L’impact de l’épidémie est visible dans plusieurs provinces. À La Havane, la situation reste critique, avec des hôpitaux saturés et des difficultés pour obtenir un diagnostic et un traitement. À Sancti Spíritus, des informations font état d’hôpitaux en ruine et de familles entières infectées dans la même maison, sans accès aux médicaments ou aux répulsifs.

L’épidémie a également touché le secteur de l’éducation. Huit décès à l’Université d’Oriente ont suscité l’inquiétude après des jours de forte fièvre, de douleurs articulaires intenses et d’un manque de soins appropriés. Des étudiants ont témoigné de l’absence de désinfection préalable et de l’activation tardive des brigades sanitaires après les décès.

Parallèlement, la population dénonce des irrégularités dans les campagnes de lutte anti-vectorielle. Dans plusieurs régions, la fumigation n’est effectuée qu’en échange d’une somme d’argent, une pratique qui viole le principe d’égalité d’accès aux mesures de prévention. Des plaintes accusent des employés du secteur de demander de l’argent en pleine urgence sanitaire.

Les témoignages de personnes malades décrivent des symptômes insupportables : fièvre prolongée, inflammation, perte d’appétit et douleurs articulaires invalidantes qui persistent des semaines après l’infection. Une écrivaine cubaine a qualifié ces symptômes de « terribles ».

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