Des chercheurs du Salk Institute ont identifié un mécanisme moléculaire clé par lequel les graisses trans favorisent les maladies cardiovasculaires, ouvrant la voie à de nouvelles stratégies thérapeutiques potentielles. Leur étude, publiée le 14 novembre 2024, met en lumière le rôle des sphingolipides dans le développement de l’athérosclérose, une maladie qui touche des millions de personnes dans le monde.
L’accumulation de cholestérol dans les artères est depuis longtemps considérée comme le principal facteur de risque des maladies cardiovasculaires, conduisant au développement de médicaments comme les statines et à des recommandations diététiques. Cependant, cette nouvelle recherche suggère qu’une autre classe de lipides, les sphingolipides, joue également un rôle crucial dans la formation des plaques d’athérosclérose.
L’équipe du Salk Institute a mené une étude longitudinale sur des souris nourries avec un régime riche en graisses, mais sans cholestérol supplémentaire. Ils ont observé que la consommation de graisses trans entraînait une accumulation de sphingolipides dans le foie, ce qui augmentait la sécrétion de lipoprotéines dans la circulation sanguine et favorisait la formation de plaques d’athérosclérose.
« La graisse est un élément majeur de notre alimentation, et la consommation de graisses trans est connue pour favoriser les maladies cardiaques. Nous avons utilisé ce phénomène pour comprendre les mécanismes biologiques qui nous mettent en danger », explique Christian Metallo, professeur et titulaire de la chaire Daniel et Martina Lewis au Salk Institute. « De nombreuses études ont été menées sur la manière dont les gras trans induisent le risque cardiovasculaire, mais cela revient toujours au cholestérol. Nous avons voulu jeter un autre regard qui omet le cholestérol en tant que facteur, et nous avons trouvé une enzyme et une voie pertinentes pour les maladies cardiovasculaires que nous pouvons potentiellement cibler thérapeutiquement. »
Les graisses alimentaires sont transformées dans l’organisme en différents types de lipides, dont les triglycérides, les phospholipides, le cholestérol et les sphingolipides. Les lipoprotéines, telles que les HDL, LDL et VLDL, transportent ces lipides dans le sang. Les chercheurs se sont concentrés sur la manière dont les graisses trans sont incorporées dans les sphingolipides et comment cela contribue à l’athérosclérose.
Ils ont découvert que l’enzyme SPT (sphingosine-1-phosphate synthase) joue un rôle clé dans ce processus. SPT agit comme une « vanne » qui régule la synthèse des sphingolipides à partir de graisses et d’acides aminés. L’équipe a constaté que SPT préférait métaboliser les graisses trans par rapport aux graisses cis, ce qui entraînait une production accrue de sphingolipides et une augmentation de la sécrétion de VLDL par le foie.
« Nous avons découvert que l’incorporation de gras trans via le SPT augmentait la sécrétion de lipoprotéines par le foie, ce qui favorisait ensuite la formation de plaques d’athérosclérose », précise Jivani Gengatharan, chercheur postdoctoral au laboratoire de Metallo.
En inhibant l’activité de SPT chez les souris, les chercheurs ont pu réduire l’athérosclérose induite par les graisses trans, ce qui suggère que cette voie métabolique pourrait être une cible thérapeutique prometteuse. Ils ont également observé que les souris nourries avec un régime riche en graisses trans développaient une stéatose hépatique (foie gras) et une dérégulation de l’insuline, tandis que celles nourries avec un régime riche en graisses cis présentaient moins d’effets néfastes à court terme.
Malgré les efforts de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour éliminer les graisses trans des aliments d’ici fin 2023, environ 4 milliards de personnes restent exposées à ce risque en 2024. Les chercheurs espèrent que leurs découvertes contribueront à sensibiliser le public et à encourager les gouvernements à adopter des réglementations plus strictes concernant l’utilisation des graisses trans dans l’alimentation.
L’équipe prévoit de poursuivre ses recherches en se concentrant sur une sous-unité particulière de SPT, qu’elle soupçonne d’être responsable de l’élimination sélective des lipides dangereux du foie. Ils espèrent ainsi identifier de nouvelles pistes pour le développement de médicaments innovants, alternatifs aux statines, pour prévenir et traiter les maladies cardiovasculaires.