Home AffairesLe démantèlement de l’enseignement technique et la conception d’un pays de services

Le démantèlement de l’enseignement technique et la conception d’un pays de services

by Amélie Bernard

Publié le 24 septembre 2024. Le gouvernement argentin est accusé de démanteler l’enseignement technique professionnel, une politique qui, selon des experts, vise à détruire l’industrie nationale et à favoriser un modèle économique axé sur les services.

  • En seulement 18 mois, les investissements dans l’enseignement technique professionnel ont été réduits de 76 %.
  • La fermeture d’usines et les suspensions d’activité se multiplient, avec 30 entreprises fermées par jour et 276 000 emplois perdus depuis l’arrivée du gouvernement actuel.
  • Des spécialistes dénoncent un projet éducatif libertaire qui remet en question les fondements de l’enseignement public gratuit et laïque.

Une politique de coupes budgétaires drastiques et de fermetures d’établissements est mise en œuvre, touchant particulièrement l’enseignement technique national. Selon le Syndicat unifié des travailleurs de l’éducation de Buenos Aires (SUTEBA), le secteur devrait subir une réduction de plus de 295,87 milliards de dollars. L’abrogation de l’article 52 de la loi sur l’enseignement technique professionnel, qui visait à financer les écoles techniques à travers le pays, et le désengagement de l’Institut national d’enseignement technologique (INET), avec une réduction de 84,5 % de son budget, sont également au cœur des critiques.

Cette situation s’inscrit dans une tendance amorcée depuis plusieurs années par les administrations précédentes de Buenos Aires, qui ont déjà fermé des Instituts de Formation Technique Supérieure (IFTS). En 2019, le journal Temps avait déjà alerté sur les projets de suppression de ces établissements. Depuis, plusieurs IFTS ont été fermés ou fusionnés, et au moins cinq filières ont été supprimées. Récemment, l’IFTS n° 22, situé avenue Santa Fe 3727 à Palerme, a été annoncé comme devant fermer ses portes.

Martín Acri, vice-recteur d’une prestigieuse école technique de la ville, s’inquiète de l’orientation prise par le gouvernement :

« Il est nécessaire que les parcours éducatifs s’alignent sur un projet national de développement technico-éducatif et professionnel, et non sur un modèle d’affaires et de services financiers, qui font que des milliers de garçons et de filles se demandent où nous allons travailler ? »

Martín Acri, vice-recteur d’une école technique

Selon une enquête réalisée par la députée Maru Bielli (Fuerza Patria), le budget 2026 prévoit d’institutionnaliser ce désengagement en supprimant le Fonds pour l’enseignement technique professionnel (ETP) créé par la loi de 2005. Si le projet est approuvé tel quel, l’enseignement technique disposerait en 2026 d’un dixième du budget dont il disposait en 2023, soit une réduction de 89 %. La législateure dénonce des dommages considérables causés à l’éducation, en particulier à l’ETP, à la science et à l’université, qui compromettent la capacité du pays à être productif.

Gabriel Brener, spécialiste de l’éducation, professeur d’université et formateur, souligne que le projet éducatif libertaire est en rupture avec les avancées du siècle dernier et même avec la loi 1420 de 1884, qui posait les bases d’un enseignement obligatoire, gratuit et laïque :

« Mais il est aussi en retard sur les lois qui l’ont précédé, et notamment la loi 1420 de 1884, notre première loi nationale sur l’éducation, qui est la pierre angulaire d’un enseignement obligatoire, gratuit et laïc. Le projet actuel laisse dans le coma ces deux derniers piliers de l’enseignement public : gratuit et très laïc. »

Gabriel Brener, spécialiste de l’éducation

Brener critique également l’idée d’un État subsidiaire, dénonçant une “déresponsabilisation” de l’État et un approfondissement des inégalités. Il explique que la délégation de pouvoir aux directeurs d’école et aux familles ne fait qu’aggraver la fragmentation du système éducatif.

La situation économique actuelle, marquée par la fermeture d’usines comme Whirlpool et Porcelanatos ILVA, et les suspensions d’activité dans des entreprises comme FV taps, Akapol, FARA et les laboratoires Sidus (aujourd’hui aux mains de Roemmers), vient renforcer les inquiétudes quant à l’avenir de l’industrie nationale et de l’emploi. Selon une enquête du Centre d’économie politique argentine (CEPA), ces événements sont liés à une crise économique qui a déjà entraîné la fermeture de 30 entreprises par jour et la destruction de 276 000 emplois enregistrés depuis l’arrivée du gouvernement actuel.

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