Publié le 27 décembre 2025 08h13. Une étude américaine majeure remet en question les recommandations actuelles de dépistage du cancer du sein, suggérant qu’une approche personnalisée basée sur l’évaluation du risque individuel pourrait être aussi efficace, voire plus, qu’une mammographie annuelle systématique.
- Les résultats de l’étude WISDOM montrent qu’un dépistage basé sur le risque n’augmente pas le nombre de cancers diagnostiqués à un stade avancé.
- Cette approche permet d’optimiser l’allocation des ressources en ciblant les femmes les plus à risque.
- L’intégration de tests génétiques et d’un score de risque polygénique améliore la précision de l’évaluation du risque.
Le dépistage du cancer du sein, le cancer le plus répandu chez les femmes (hors cancers de la peau), pourrait connaître une révolution. Une étude de grande envergure, publiée dans JAMA et présentée lors du Symposium sur le cancer du sein à San Antonio, suggère qu’une approche universelle basée sur l’âge n’est plus la plus pertinente. Les chercheurs de l’ Université de Californie, San Francisco (UCSF), centre de référence en oncologie du sein et en médecine personnalisée, ont démontré qu’une évaluation individualisée du risque pourrait offrir une alternative aussi sûre, voire plus efficace.
L’étude WISDOM, menée auprès de près de 46 000 femmes aux États-Unis, a comparé deux stratégies de dépistage : le dépistage standard avec une mammographie annuelle et un dépistage personnalisé, adapté au profil de risque de chaque participante. Ce profil était établi à partir de modèles cliniquement validés prenant en compte l’âge, les antécédents médicaux, la densité mammaire, les facteurs liés au mode de vie et, de manière innovante, des données génétiques.
Sur la base de cette évaluation, les participantes ont été réparties en quatre catégories : celles présentant un faible risque (26 %) ont été invitées à reporter le dépistage jusqu’à l’âge de 50 ans, ou jusqu’à ce que leur risque estimé atteigne le niveau d’une femme de 50 ans ; celles à risque moyen (62 %) ont bénéficié d’une mammographie tous les deux ans ; celles à risque accru (8 %) ont continué à être dépistées annuellement ; et enfin, les 2 % de participantes considérées comme étant à très haut risque ont bénéficié de deux examens par an, alternant mammographie et imagerie par résonance magnétique (IRM) mammaire, quel que soit leur âge.
Pour les femmes à haut et très haut risque, des recommandations personnalisées de réduction du risque ont été proposées, incluant des conseils sur l’alimentation, l’activité physique et, dans certains cas, des options de traitement médicamenteux. Elles ont également eu accès à un outil numérique d’aide à la décision et au soutien d’un spécialiste.
L’un des résultats les plus marquants de l’étude est l’absence d’augmentation du nombre de cancers diagnostiqués à un stade avancé dans le groupe ayant bénéficié du dépistage personnalisé. Cette conclusion est essentielle, car la crainte d’un diagnostic tardif est souvent évoquée en lien avec une réduction de la fréquence des dépistages.
L’acceptabilité de cette nouvelle approche par les femmes a également été très élevée. 89 % des participantes ayant eu le choix entre les deux stratégies ont préféré le dépistage basé sur le risque, témoignant d’un désir de plus de contrôle et de pertinence clinique dans leur parcours de soins.
L’étude met en lumière l’importance de l’évaluation génétique. Elle a révélé qu’environ 30 % des femmes porteuses d’une variante génétique associée à un risque accru de cancer du sein n’avaient pas d’antécédents familiaux connus de la maladie. Sans un test génétique, ces femmes n’auraient pas été identifiées comme étant à haut risque et n’auraient pas bénéficié d’un dépistage plus intensif.
L’intégration d’un score de risque polygénique, basé sur l’analyse de multiples variations génétiques, a permis d’affiner davantage l’évaluation du risque et de reclasser le niveau de risque de 12 à 14 % des participantes.
Les chercheurs de l’UCSF poursuivent leurs travaux avec WISDOM 2.0, qui vise à affiner l’évaluation des risques et à identifier les femmes susceptibles de développer des formes agressives de cancer du sein, y compris à un jeune âge. L’objectif est de développer des stratégies de dépistage et de prévention encore plus personnalisées, intégrant continuellement les données génétiques, biologiques et cliniques.
Les résultats de WISDOM ouvrent la voie à une nouvelle ère dans le dépistage du cancer du sein : une approche personnalisée, plus sûre, plus efficace et plus centrée sur les besoins de chaque patiente. Passer d’une approche basée sur l’âge à des modèles de risque intégrés pourrait transformer la prévention de cette maladie.
À lire aussi
