Home NouvellesLe DHS a conservé les dossiers de la police de Chicago pendant des mois en violation des règles d’espionnage domestique

Le DHS a conservé les dossiers de la police de Chicago pendant des mois en violation des règles d’espionnage domestique

by Nicolas Lefèvre

Des agents du renseignement américain ont secrètement collecté et conservé des données sur près de 900 habitants de la région de Chicago pendant sept mois, en violation d’un ordre de suppression. L’opération, lancée en 2021, visait à identifier des membres de gangs potentiels, notamment parmi les immigrés, et a révélé de graves lacunes dans les procédures de contrôle et de surveillance.

L’affaire a été révélée après qu’une mine de dossiers a été discrètement supprimée du département de police de Chicago le 21 novembre 2023 par des agents du département de la Sécurité intérieure (DHS). Une enquête ultérieure a montré que près de 800 dossiers étaient restés accessibles sur un serveur fédéral, en dépit d’un ordre de suppression émis par un organisme de surveillance du renseignement.

Selon des notes internes examinées par le média spécialisé WIRED, l’initiative a débuté à l’été 2021, lorsque le Bureau du renseignement et de l’analyse (I&A) du DHS a sollicité des données sur les gangs de Chicago. Or, les informations fournies par la police locale étaient déjà connues pour être imprécises et sujettes à caution. Des inspecteurs municipaux avaient averti que l’exactitude des données ne pouvait être garantie, citant des entrées datant d’avant 1901 ou identifiant des nourrissons comme membres de gangs.

Le problème ne s’arrête pas là. Les données contenaient des termes désobligeants et insultants pour décrire les individus, tels que « SCUM BAG » (ordure) ou « TURD » (crotte), sans qu’une arrestation ou une condamnation ne soit nécessaire pour figurer sur la liste. Ces désignations de membres présumés de gangs ont ensuite été utilisées par les procureurs et la police dans leurs dossiers et enquêtes, y compris pour influencer les décisions concernant la libération sous caution et la détermination de la peine.

Pour les immigrés, la situation était particulièrement préoccupante. Bien que la ville de Chicago soit un sanctuaire qui limite le partage de données avec les autorités d’immigration, une exception existait pour les « membres de gangs connus ». Les archives révèlent que les agents d’immigration ont consulté cette base de données plus de 32 000 fois au cours de la dernière décennie.

L’enquête a mis en évidence une cascade de manquements procéduraux. La demande initiale de données a traversé plusieurs niveaux d’examen sans qu’un responsable clair n’en assume la responsabilité, et les garanties juridiques ont été négligées ou ignorées. Lorsque les données sont arrivées sur le serveur de l’I&A en avril 2022, l’agent de terrain qui avait initié le transfert avait déjà quitté son poste. Des signatures ont manqué, des audits n’ont jamais été réalisés et le délai de suppression n’a pas été respecté.

Face à cet échec, l’I&A a finalement abandonné le projet en novembre 2023, en supprimant l’ensemble des données et en rédigeant un rapport formel sur la violation. Spencer Reynolds, avocat principal au Brennan Center for Justice de NYU, estime que cet épisode illustre la manière dont les agents fédéraux du renseignement peuvent contourner les lois locales sur les sanctuaires.

« Ce bureau de renseignement est une solution de contournement aux protections de sanctuaire qui empêchent des villes comme Chicago de coopérer directement avec l’ICE », a-t-il déclaré. « Les agents fédéraux du renseignement peuvent accéder aux données, les regrouper, puis les transmettre aux services d’immigration, contournant ainsi les politiques importantes visant à protéger les résidents. »

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