Publié le 23 octobre 2025 16h00. La réunion de la Coopération économique Asie-Pacifique (APEC) à Gyeongju, en Corée du Sud, s’annonce tendue, marquée par l’incertitude quant à la participation pleine et entière du président américain Donald Trump et par les divisions sur le libre-échange.
- Plus de la moitié des économies membres de l’APEC ont subi les conséquences des droits de douane américains.
- Les négociations pour une déclaration commune se heurtent à des désaccords sur le soutien au libre-échange et au rôle de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).
- L’absence potentielle de Donald Trump au sommet principal pourrait signaler un désengagement américain vis-à-vis des principes du commerce multilatéral.
La semaine prochaine, les dirigeants des 21 économies membres de l’APEC se retrouveront à Gyeongju, dans la province du Gyeongsang du Nord, en Corée du Sud. L’événement est d’ores et déjà assombri par les incertitudes liées à la présence du président américain Donald Trump et par les profondes divergences qui divisent les membres de l’organisation sur les questions de commerce international.
Cette réunion, prévue du 31 octobre au 1er novembre, sera la première depuis l’entrée en fonction de Donald Trump pour un second mandat en janvier dernier. Les tensions sont palpables, plus de la moitié des économies de l’APEC ayant été affectées par les mesures protectionnistes mises en place par l’administration américaine dans le cadre de sa politique commerciale axée sur le principe « l’Amérique d’abord ». Ces droits de douane ont fragilisé les relations et semé le doute quant à l’engagement de Washington en faveur du libre-échange, pierre angulaire de l’APEC depuis sa création.
Fondée en 1989, l’APEC a pour vocation de promouvoir le commerce et l’investissement ouverts, en s’appuyant sur un ordre commercial fondé sur des règles et une coopération multilatérale, notamment via l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Cependant, ces valeurs sont de plus en plus remises en question, alors que les grandes puissances économiques tendent à se replier sur elles-mêmes, sous l’impulsion de l’administration Trump.
Selon des sources diplomatiques, les représentants des économies membres de l’APEC sont actuellement engagés dans des négociations de dernière minute pour tenter de parvenir à un consensus sur le contenu d’une déclaration commune qui sera adoptée lors du sommet. La Corée du Sud, pays hôte, s’efforce de faire adopter un texte réaffirmant le soutien au libre-échange, provisoirement intitulé « Déclaration de Gyeongju ».
Traditionnellement, les sommets de l’APEC se concluent par une déclaration commune réaffirmant l’attachement à un système commercial multilatéral, fondé sur des règles et centré sur l’OMC. Mais cette année, parvenir à un tel consensus s’annonce difficile. Les décisions de l’APEC requièrent l’unanimité, ce qui signifie qu’une seule objection peut bloquer une proposition. Si aucun accord n’est trouvé, la Corée du Sud se contentera de publier une déclaration présidentielle.
Le ministre des Affaires étrangères Cho Hyun a d’ailleurs reconnu qu’il pourrait être difficile de parvenir à une déclaration ferme en faveur du libre-échange.
« La question de savoir s’il faut inclure un texte mettant l’accent sur le libre-échange reste un point de discorde. Rétablir l’esprit de coopération ne sera pas facile. Mais le fait que nous discutions de la manière de gérer le désordre actuel dans les affaires politiques et économiques mondiales est significatif en soi. »
Cho Hyun, ministre des Affaires étrangères
Il est largement anticipé que Donald Trump évitera la réunion des dirigeants économiques de l’APEC et ne se rendra en Corée du Sud que le 29 octobre pour un séjour d’un ou deux jours, principalement consacré à des entretiens bilatéraux. Cette absence potentielle est interprétée comme le reflet du scepticisme américain à l’égard des principes du libre-échange.
Le sommet de l’APEC de 2018, qui s’était tenu en Papouasie-Nouvelle-Guinée, avait déjà été marqué par l’absence de déclaration commune, en raison des tensions commerciales croissantes entre Washington et Pékin. Les observateurs craignent que le sommet de cette année ne suive la même voie.
Lors des réunions préparatoires, les États-Unis se seraient opposés à l’inclusion de références fortes au rôle de l’OMC ou à l’importance d’un système commercial fondé sur des règles. Il est même possible que, si l’OMC est mentionnée dans le document final, le texte soit adouci afin d’en minimiser l’importance. Cette tendance s’était déjà manifestée lors de la réunion des ministres du Commerce de l’APEC en mai sur l’île de Jeju, où les ministres s’étaient simplement accordés sur « l’importance de l’OMC pour faire avancer les questions commerciales », une position moins affirmée que par le passé.
Selon Sean King, vice-président senior de Park Strategies, basé à New York, il est fort probable qu’il n’y ait pas de déclaration commune officielle de l’APEC à Gyeongju, même en cas de présence de Donald Trump.
« Et même s’il y participe, il est susceptible de s’opposer, ou du moins de s’écarter d’une grande partie de ce qui est discuté. »
Sean King, vice-président senior de Park Strategies
Il ajoute que l’objectif principal du sommet pourrait ne pas être l’adoption d’une déclaration commune, mais plutôt la réunion bilatérale entre Donald Trump et le président chinois Xi Jinping, et éventuellement une rencontre surprise avec le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un.
