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Le fantôme du « pendule chilien » plane sur les élections présidentielles

by Clara Dubois

Publié le 15 novembre 2025 04:40:00. Le Chili se prépare à des élections présidentielles sous le signe de l’incertitude, marquées par une désaffection croissante envers les partis traditionnels et une possible victoire de la droite radicale, après des années d’alternances et de tentatives constitutionnelles infructueuses.

  • Le Chili pourrait voir un candidat d’extrême droite, José Antonio Kast, accéder à la présidence en 2026.
  • Deux tentatives de réforme constitutionnelle ont échoué en quinze mois, laissant le pays avec la Constitution héritée de la dictature de Pinochet, bien que largement modifiée.
  • Le gouvernement de Gabriel Boric, malgré des attentes initiales élevées, n’a pas réussi à mobiliser un soutien populaire suffisant.

Les Chiliens sont appelés aux urnes ce dimanche pour élire leur prochain président et renouveler leur Parlement. Ces élections se déroulent dans un contexte politique particulier, où la tradition d’alternance entre la gauche et la droite semble remise en question. Depuis 2006, et le passage de pouvoir entre le socialiste Ricardo Lagos et sa successeur, Michelle Bachelet, également socialiste, aucun président n’a été remplacé par un représentant du même camp politique. Cette dynamique, interprétée comme une punition des partis au pouvoir et une volonté de changement, pourrait être rompue cette année.

Les sondages actuels placent José Antonio Kast, candidat de la droite radicale, en position favorable pour remporter l’élection présidentielle de 2026-2030. José Antonio Kast se présente pour la troisième fois à la présidence, capitalisant sur un mécontentement croissant envers les partis traditionnels.

L’ascension de Kast s’explique en partie par les difficultés rencontrées par le gouvernement de Gabriel Boric. Arrivé au pouvoir avec une vague d’espoir et porté par une nouvelle génération de jeunes politiciens de gauche, Gabriel Boric n’a pas réussi à obtenir un soutien populaire massif, se limitant à un noyau dur d’environ 30% d’électeurs. Son taux de rejet atteint actuellement 62%, selon les dernières enquêtes du Centre d’études publiques (CEP).

Cette situation s’inscrit dans un cycle politique complexe, marqué par des revirements inattendus. Après l’élection de Sebastián Piñera en 2018, les troubles sociaux qui ont éclaté en octobre 2019 ont rapidement érodé sa popularité, ouvrant la voie à la victoire de Boric en 2021. Sebastián Piñera avait remporté son mandat avec 57% des voix, mais les événements de 2019 ont profondément transformé le paysage politique chilien.

Deux tentatives constitutionnelles avortées

Les manifestations massives de 2019, qui réclamaient des retraites plus justes, une meilleure éducation et un accès accru aux soins de santé, ont conduit à la signature de l’Accord pour la paix et une nouvelle Constitution en novembre 2019, par l’ensemble des forces politiques, à l’exception du Parti communiste. Cet accord visait à trouver une solution politique à la crise et à apaiser les tensions sociales.

En octobre 2020, les Chiliens ont voté en faveur de la rédaction d’une nouvelle Constitution, avec 78% de voix en faveur. Une Convention constitutionnelle, composée de 155 citoyens, dont 17 représentants des peuples autochtones, a été élue en mai 2021 pour rédiger ce nouveau texte fondamental. Cette Convention a été dominée par des indépendants de gauche (68%), notamment le mouvement “La Liste du Peuple”.

Cependant, le projet de Constitution élaboré par la Convention a été rejeté par 62% des électeurs lors d’un référendum en septembre 2022. Les propositions jugées trop radicales et identitaires ont suscité une forte opposition. Un second processus constitutionnel, initié par la droite traditionnelle, a également échoué en décembre 2023, avec 55% des voix contre la proposition constitutionnelle. Le Chili en est donc à deux rejets constitutionnels en quinze mois, et conserve la Constitution issue de la dictature de Pinochet, bien que largement amendée depuis 2005, sous la signature du socialiste Ricardo Lagos.

Des électeurs en quête de stabilité

Les élections actuelles se déroulent dans un contexte de forte volatilité politique. Les sondages placent Jeannette Jara, candidate de gauche et ancienne ministre du gouvernement Boric, en tête, mais son avance sur José Antonio Kast est minime. Les enquêtes d’opinion suggèrent un duel serré au second tour, où Kast serait favori.

Un autre candidat, Johannes Kaiser, représentant le mouvement libertarien, pourrait également jouer un rôle important dans ces élections, en se positionnant comme une alternative à la droite traditionnelle et à la gauche.

Selon Daniel Mansuy, universitaire et intellectuel chilien, si la gauche de Boric devait se retrouver dans l’opposition, elle devra « réfléchir à ce qui a dû se passer dans son gouvernement, combien d’attentes elle a dû frustrer, pour que son grand héritage soit qu’entre Kast et Kaiser ils ajouteront 40 points, ou au moins 35 ». Il souligne que le gouvernement et le Frente Amplio (Large Front) portent une part de responsabilité dans ce phénomène.

Le retour du vote obligatoire, instauré en 2022 pour les processus constitutionnels, pourrait également influencer le résultat des élections. Avec 15,7 millions d’électeurs inscrits, contre environ huit millions lors des précédentes élections, l’issue du scrutin est plus incertaine que jamais. Les élections locales d’octobre 2024 ont révélé une progression de l’opposition, qui a augmenté son nombre de sièges de 746 à 1 068, représentant 47% du total national.

Kathy Araujo, docteure en études américaines et chercheuse en sciences sociales, observe que le vote obligatoire « masque le détachement qui existe avec la politique ». Elle estime que l’intérêt pour les élections est souvent illusoire, et que de nombreux électeurs sont peu attachés à des idéologies précises. « Ce sont des électeurs infidèles », conclut-elle.

Jeannette Jara a elle-même reconnu cette désaffection lors d’une récente intervention. Elle a déclaré au Mercurio de Valparaíso que les acteurs politiques, de tous bords, doivent faire preuve d’autocritique, et que le principal défi est de répondre au mécontentement croissant de la population, afin de favoriser la cohésion sociale et le progrès.

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