Home AffairesLe Japon est-il dans une spirale mortelle ? Une prise à contre-courant

Le Japon est-il dans une spirale mortelle ? Une prise à contre-courant

by Amélie Bernard

Alors que de nombreux observateurs prédisent un effondrement économique imminent pour le Japon, une analyse nuancée suggère que la dépréciation du yen et la politique monétaire de la Banque du Japon pourraient en réalité être des choix stratégiques, et non des signes de perte de contrôle.

Le Japon fait face à des défis démographiques et financiers considérables : une dette publique atteignant 230 % du produit intérieur brut (PIB), un déclin annuel de sa population de 0,5 %, et une croissance économique stagnante, inférieure à 0,5 % par an depuis 2008. Près d’un quart du budget national est consacré au seul service de la dette. De plus, le yen a perdu plus de 50 % de sa valeur face au dollar américain depuis 2012.

Cependant, Michael Nicoletos, dans son analyse « Japan Isn’t Losing Control », propose une perspective différente. Il estime que la Banque du Japon (BOJ), détenant plus de 50 % de la dette du Trésor japonais, et dont les détenteurs nationaux possèdent la majorité du reste, agit en réalité comme un marché obligataire souverain unique. Cette position lui permet de laisser les taux d’intérêt à long terme augmenter et de favoriser un yen plus faible, ce qui stimule les exportations.

Selon les estimations de Toyota, chaque yen de dépréciation par rapport au dollar américain génère un profit supplémentaire d’environ 300 millions de dollars pour l’entreprise. Cette dépréciation monétaire est donc perçue comme un avantage compétitif.

M. Nicoletos souligne également une dimension géopolitique. Le Japon, confronté à des tensions diplomatiques avec la Chine, son deuxième client commercial, cherche à diversifier ses marchés. Un yen plus faible rend les produits japonais plus attractifs pour les acheteurs en Asie du Sud-Est, en Europe et en Amérique latine, offrant une alternative aux produits chinois.

« Le yen ne s’effondre pas parce que le Japon a perdu le contrôle, mais parce que le Japon le souhaite », affirme M. Nicoletos, considérant cette situation comme une tendance majeure, mais largement sous-estimée, dans le paysage financier mondial.

Par ailleurs, une analyse des marchés boursiers révèle une situation de surachat généralisée, à l’exception des actions à faible bêta, qui sont les seules à être sous-évaluées. Les actions à dividendes élevés, qui ont traditionnellement été considérées comme des valeurs refuges, figurent parmi les plus surachetées au cours des six derniers mois, affichant des performances similaires à celles des actions à faible bêta, de petite capitalisation et axées sur la valeur.

Une divergence notable est également observée entre les marchés émergents et développés, ainsi qu’entre les actions de grande et de petite capitalisation. L’analyse sectorielle indique que les secteurs sensibles aux taux d’intérêt, tels que les services publics, sont actuellement sous-évalués, en partie en raison de la hausse des prix du gaz naturel – en augmentation de plus de 50 % depuis la mi-octobre – qui pèse sur leurs marges bénéficiaires, compte tenu de la réglementation des tarifs.

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