Publié le 12 novembre 2025 18:03:00. Le Kazakhstan s’apprête à adopter une législation controversée interdisant la diffusion de contenu jugé pro-LGBTQ, une initiative perçue comme un alignement sur la politique russe et qui suscite de vives critiques de la part des défenseurs des droits humains.
- Le parlement kazakh a approuvé une loi interdisant la « propagande » liée à l’orientation sexuelle non traditionnelle et à la pédophilie.
- Cette législation intervient alors que le président kazakh Kassym-Jomart Tokayev est en visite à Moscou pour des entretiens avec Vladimir Poutine.
- Les organisations de défense des droits humains dénoncent une atteinte aux libertés fondamentales et une stigmatisation accrue des communautés LGBTQ.
Le Mäjilis, la chambre basse du parlement kazakh, a donné son feu vert mercredi à un projet de loi qui restreint considérablement la liberté d’expression concernant les questions LGBTQ et la protection de l’enfance. Le texte interdit la diffusion d’« informations contenant de la propagande pédophile et/ou d’orientation sexuelle non traditionnelle » dans les lieux publics, les médias et sur internet. Selon un communiqué du parlement, cette mesure vise à « protéger les enfants des contenus préjudiciables à leur santé et à leur développement ».
Cette initiative intervient dans un contexte de rapprochement entre le Kazakhstan et la Russie, son allié régional. Elle fait écho à la loi russe de 2022 interdisant toute « propagande » LGBTQ, qui criminalise la promotion ou l’« éloge » des relations homosexuelles et suggère qu’elles sont « normales ». Cette loi russe avait déjà élargi le champ d’une législation de 2013 interdisant la diffusion d’informations relatives aux LGBTQ aux mineurs.
Les défenseurs des droits LGBTQ kazakhs ont immédiatement dénoncé ce projet de loi, l’accusant de soumettre le Kazakhstan aux diktats de Moscou. Lors d’une conférence de presse la semaine dernière, Janar Sekerbayeva, militante, s’est interrogée avec virulence :
« Sommes-nous une république indépendante et souveraine, ou sommes-nous une colonie de la Fédération de Russie ? »
Janar Sekerbayeva, militante Elle a également exprimé son incompréhension face à cette législation, estimant qu’elle viole les principes fondamentaux de la constitution kazakhe.
Plusieurs organisations internationales de défense des droits humains ont également exprimé leur inquiétude. Human Rights Watch a publié une déclaration mardi, dénonçant une violation des engagements internationaux du Kazakhstan en matière de droits humains, notamment les droits des enfants à l’éducation, à la santé et à l’information. Amnesty International, par la voix de sa directrice pour l’Europe de l’Est et l’Asie centrale, Marie Struthers, a également averti que cette interdiction probable vise à « institutionnaliser la stigmatisation, la peur et la censure » selon une déclaration faite mardi. Struthers a ajouté :
« Si les autorités kazakhes veulent réellement protéger et nourrir les jeunes, elles devraient rejeter cette initiative néfaste et plutôt réaffirmer l’engagement du pays en faveur des droits de l’homme et des principes de non-discrimination déjà inscrits dans la constitution et d’autres lois contraignantes. »
Marie Struthers, directrice d’Amnesty International pour l’Europe de l’Est et l’Asie centrale
La communauté lesbienne d’Europe centrale et d’Asie a également condamné cette législation, la qualifiant de « tentative délibérée de déshumaniser nos communautés, de justifier la discrimination et d’ouvrir la porte à davantage de répression ». L’organisation a souligné que ces mesures s’inscrivent dans une rhétorique ultraconservatrice et pro-russe qui se répand dans la région.
Le projet de loi doit encore être approuvé par le Sénat kazakh avant de devenir loi. Toutefois, le parti au pouvoir, dominé par les partisans du président Tokayev, dispose d’une large majorité au Mäjilis, ce qui laisse présager une adoption rapide.
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