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le méchant de l’Europe centrale et du Sud-Est – DW – 18/11/2025

by Clara Dubois

Publié le 19 novembre 2025 à 15h51. Le Parlement bulgare va se pencher sur les activités de George Soros et de ses fondations, une initiative portée par l’oligarque Deljan Peewski et qui s’inscrit dans un mouvement plus large de suspicion envers les financements étrangers en Europe centrale et du Sud-Est.

  • Une commission d’enquête parlementaire bulgare examinera les activités de George et Alexandre Soros ainsi que celles de leurs fondations.
  • Cette initiative, longtemps bloquée, a finalement été approuvée la semaine dernière.
  • Elle intervient dans un contexte de campagnes similaires menées dans plusieurs pays de la région, inspirées par la Hongrie de Viktor Orbán.

Après plusieurs tentatives infructueuses, le Parlement bulgare va enfin mettre en place une commission ad hoc chargée d’examiner les activités de George Soros et de son fils Alexandre, ainsi que celles de leurs fondations Open Society Foundations (OSF) sur le territoire bulgare. L’initiative est notamment portée par l’influent oligarque Deljan Peewski, qui souhaitait depuis longtemps une telle enquête.

La commission devra rendre compte des personnes et des organisations bénéficiant du soutien financier des Soros, et identifier les sommes reçues par le biais de l’OSF. Pour l’heure, aucune conséquence juridique n’est prévue à l’encontre des personnes ou entités concernées. Cependant, le Parlement bulgare pourrait à terme adopter une législation similaire à la loi russe de 2012 sur les « agents étrangers », une proposition qui avait déjà été rejetée en février 2025 faute de majorité.

En attendant, le débat promet d’être vif, marqué par une rhétorique accusatrice et la stigmatisation de ceux qui sont qualifiés de « sorosoïdes », un terme péjoratif utilisé en Bulgarie pour désigner toute personne supposée proche du philanthrope libéral. Cette campagne de dénigrement public s’inscrit dans une tendance plus large observée dans plusieurs pays d’Europe centrale et du Sud-Est.

Un modèle hongrois

L’idée de retourner les accusations de corruption et de criminalité en qualifiant les critiques d’« agents de Soros » n’est pas nouvelle pour Deljan Peewski. Elle trouve son origine en Hongrie, pays natal de Viktor Orbán. Dès 2013, les médias proches du gouvernement hongrois ont commencé à publier des listes systématiques des organisations de la société civile indépendantes et des individus critiques à l’égard du pouvoir qui avaient reçu des financements de l’OSF, précisant les montants et les dates.

Depuis la crise migratoire de 2015, le gouvernement du Premier ministre Orbán a intensifié ses attaques contre George Soros, employant un discours d’extrême droite et parfois teinté d’antisémitisme. Cette offensive est d’autant plus sensible que George Soros est un milliardaire d’origine juive hongroise qui a survécu à l’Holocauste à Budapest dans sa jeunesse. Sous le gouvernement Orbán, il est accusé de vouloir modifier la composition démographique de l’Europe ou d’incarner un capital financier international prédateur.

Ces campagnes coûteuses ont abouti à l’adoption de plusieurs lois, dont le controversé « paquet Stop Soros » de 2018, visant à affaiblir financièrement et à réduire au silence les voix critiques à l’égard d’Orbán et des organisations indépendantes. Ces lois ont été jugées illégales par la Cour de justice de l’Union européenne, mais ont néanmoins atteint leur objectif de propagande.

Si George Soros semble avoir perdu de sa visibilité comme ennemi public en Hongrie, il a été remplacé par l’Ukraine dans la rhétorique du gouvernement Orbán. Néanmoins, les campagnes anti-Soros menées en Hongrie restent un modèle pour de nombreux pays d’Europe centrale et du Sud-Est.

Des précédents en Macédoine, Pologne, Serbie et Slovaquie

La Macédoine du Nord (anciennement Macédoine) a été l’un des premiers pays de la région à adopter une campagne anti-Soros sur le modèle hongrois. En 2017, le mouvement « Stop à l’opération Soros » y a été fondé, avec des liens étroits avec le parti nationaliste VMRO-DPMNE et l’ancien Premier ministre Nikola Gruevski.

En Pologne, le parti Droit et Justice (PiS), au pouvoir entre 2015 et 2023, a également repris les campagnes anti-Soros de Viktor Orbán. En 2017 et 2018, le PiS a dénoncé les « organisations non gouvernementales criminelles » contrôlées, selon lui, par Soros et la Russie, une contradiction flagrante étant donné que Soros était également présenté comme un ennemi en Russie. Lors des campagnes électorales de 2019 et 2023, les discours anti-Soros du PiS et d’autres partis nationalistes de droite ont joué un rôle important, accusant le « réseau Soros » de menacer la nation polonaise et de déstabiliser la société.

En Serbie, le président Aleksandar Vučić et les représentants de son parti, le Parti progressiste serbe (SNS), ainsi que les médias pro-gouvernementaux, accusent depuis des années les ONG indépendantes, les critiques du gouvernement et les mouvements de protestation civile d’être des « agents étrangers » financés par Soros.

En Slovaquie, le Premier ministre Robert Fico, à son retour au pouvoir en octobre 2023, a suivi l’exemple de la Hongrie en adoptant une loi, en vigueur depuis juin 2025, obligeant les organisations non gouvernementales à publier des « rapports de transparence » détaillés. Avant cette initiative législative, Fico et les représentants de son gouvernement avaient à plusieurs reprises accusé Soros et les « agents étrangers » d’exercer une influence en Slovaquie.

D’autres pays, comme la République tchèque, la Roumanie, la Croatie et le Monténégro, ont également vu des politiciens nationalistes et populistes de droite mener des campagnes contre Soros et les organisations qu’il soutient, mais sans aller jusqu’à l’adoption de lois restrictives comme en Hongrie ou en Slovaquie.

(gg/ml)

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