Un cargo russe coulé en Méditerranée en décembre 2023 transportait vraisemblablement des réacteurs nucléaires destinés à la Corée du Nord, selon une enquête menée par les autorités espagnoles. Cette découverte relance les interrogations sur une possible coopération entre Moscou et Pyongyang, notamment dans le domaine militaire.
L’enquête, révélée par le quotidien français Le Figaro et basée sur des informations du journal espagnol La Verdad, porte sur le navire Ursa Major, qui a sombré entre l’Espagne et l’Algérie le 23 décembre dernier. Le navire, long de 142 mètres, avait quitté Saint-Pétersbourg le 11 décembre avec pour destination Vladivostok, en Extrême-Orient russe.
Les autorités espagnoles ont détecté des anomalies dans la trajectoire du navire à l’approche du détroit de Gibraltar. Le Ursa Major a commencé à naviguer de manière erratique, ralentissant brusquement et modifiant sa route, comme s’il tentait d’échapper à une menace. Le lendemain, le navire a ralenti sans raison apparente et a pris une gîte importante à bâbord. Malgré les tentatives de communication des autorités maritimes espagnoles, l’équipage n’a répondu que par un laconique « Tout va bien ».
Le navire a finalement coulé dans la nuit du 23 au 24 décembre. Sur les 16 membres d’équipage, deux sont portés disparus et 14 ont été secourus et transférés en Espagne. La compagnie maritime a évoqué une possible « attaque terroriste » auprès des médias russes, sans préciser l’identité des auteurs ni leurs motivations.
Si la cargaison officiellement déclarée comprenait des grues portuaires, des couvertures de brise-glace et des conteneurs vides, l’enquête a révélé la présence de 65 tonnes de caisses non déclarées contenant des tuyaux de refroidissement et des composants essentiels de réacteurs nucléaires. Les autorités espagnoles estiment que le navire transportait deux réacteurs de type VM-4SG, probablement destinés à la ville de Rason, en Corée du Nord, située à proximité de Vladivostok.
Bien qu’une explosion ait pu se produire à bord, l’absence de contamination radioactive suggère que les réacteurs n’étaient pas chargés en combustible nucléaire. Les enquêteurs espagnols ont également découvert un trou de 500 mm de diamètre dans la coque du navire, dont les bords étaient repliés vers l’intérieur, laissant supposer un impact provenant de l’extérieur. Selon des experts, ce type de dommage pourrait avoir été causé par des torpilles supercavitaires, une technologie sophistiquée maîtrisée par un nombre limité de pays, dont la Chine et la Russie.
« Les autorités espagnoles envisagent la possibilité qu’un sous-marin occidental soit intervenu pour bloquer le transport secret de deux réacteurs nucléaires destinés à la Corée du Nord », rapporte Le Figaro, citant La Verdad. L’arrivée rapide d’un navire de guerre russe, l’Ivan Gren, sur les lieux du naufrage, et sa demande de « prise de contrôle » des opérations de sauvetage, ainsi que les recherches sous-marines menées par un navire russe quelques jours plus tard, alimentent cette hypothèse.
Le Ursa Major et sa compagnie maritime avaient déjà été sanctionnés par le Département d’État américain en mai 2022, suite à l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Le navire faisait partie d’une flotte de centaines de navires fantômes utilisés par la Russie pour contourner les sanctions internationales et transporter du pétrole brut et des armes.
Ces révélations interviennent alors que des allégations persistantes font état d’une coopération croissante entre la Russie et la Corée du Nord. En Occident, on accuse Moscou de fournir à Pyongyang des réacteurs nucléaires destinés à équiper des sous-marins en échange du déploiement de troupes nord-coréennes dans la guerre en Ukraine. La Corée du Nord aurait envoyé environ 11 000 soldats en Ukraine en octobre 2023, deux mois avant le naufrage du Ursa Major. Le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, avait alors affirmé que la Russie soutenait les programmes de missiles et nucléaires nord-coréens en contrepartie de cet appui militaire.
Le ministère sud-coréen de la Défense avait également indiqué en septembre 2023 avoir des informations confirmant la livraison par la Russie d’un réacteur de sous-marin nucléaire à la Corée du Nord. Pyongyang avait annoncé son intention de développer un sous-marin nucléaire stratégique en 2021, une capacité technologique que seuls les États-Unis, la Russie et la Chine possèdent actuellement.
Si le Ursa Major transportait bien un réacteur nucléaire destiné à la Corée du Nord, cela renforcerait les soupçons selon lesquels la Russie chercherait à aider Pyongyang à développer ses capacités en matière de sous-marins nucléaires.
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