Home AffairesLe NFP de décembre corroborera-t-il les paris accommodants sur la réduction de la Fed ?

Le NFP de décembre corroborera-t-il les paris accommodants sur la réduction de la Fed ?

by Amélie Bernard

Le dollar amorce l’année 2026 sur une note positive, rompant avec la tendance baissière de 2025, mais cette reprise reste fragile et ne repose pas sur des changements fondamentaux significatifs. Les investisseurs attendent toujours de la part de la Réserve fédérale américaine (Fed) des baisses de taux d’intérêt, et les données à venir sur l’emploi pourraient bien remettre en question ces anticipations.

L’année 2025 a été marquée par une dépréciation du dollar américain, alimentée par les anticipations de réductions de taux, les inquiétudes concernant la dette publique américaine, les tensions commerciales internationales et les doutes sur l’indépendance de la Fed. Ces facteurs de risque persistent en ce début d’année.

Lors de sa dernière réunion de décembre, la Fed a effectivement réduit ses taux d’intérêt de 25 points de base, conformément aux attentes. Cependant, les prévisions de la banque centrale concernant l’évolution des taux en 2026 ont été interprétées comme moins agressives que prévu. Le graphique des projections des membres de la Fed montre une division : quatre estiment qu’il ne faut pas baisser les taux, quatre préconisent une seule baisse, et quatre envisagent deux réductions. La médiane de ces prévisions ne reflète donc pas un consensus clair.

Le président de la Fed, Jerome Powell, a par ailleurs exprimé une plus grande préoccupation concernant le ralentissement du marché du travail que concernant la persistance de l’inflation lors de la conférence de presse qui a suivi la décision de la banque centrale.

Les données sur l’emploi publiées après la réunion de décembre ont révélé une création de 64 000 emplois en novembre, dépassant légèrement les estimations de 50 000. En revanche, le chiffre d’octobre a été révisé à la baisse, avec une perte de 105 000 emplois. Le taux de chômage a augmenté, passant de 4,4 % à 4,6 %, ce qui pourrait indiquer des faiblesses sous-jacentes dans le marché du travail. Ces chiffres n’ont pas pour autant dissuadé les investisseurs de parier sur des baisses de taux de la Fed, notamment après la publication de données montrant un ralentissement de l’inflation en novembre.

Malgré des données économiques robustes au troisième trimestre, les investisseurs continuent de prévoir une baisse des taux de la Fed d’environ 62 points de base (soit deux baisses de 25 points de base) d’ici la fin de 2026, avec une probabilité de 50 % d’une troisième réduction.

L’attention des marchés se porte désormais sur le rapport NFP (Nonfarm Payroll) de décembre, qui sera publié ce vendredi. Ce sera le premier rapport complet après la reprise des méthodes de collecte de données habituelles du Bureau of Labor Statistics (BLS). Les premiers indicateurs suggèrent un rebond de l’emploi privé, mais celui-ci n’a pas été aussi fort que prévu. Les risques entourant le chiffre du NFP de décembre sont donc orientés à la hausse.

Un chiffre NFP solide, accompagné d’un taux de chômage en baisse, pourrait inciter les investisseurs à reconsidérer leurs anticipations de baisses de taux de 62 points de base en 2026, surtout si les prévisions tablent sur une nouvelle croissance économique solide au quatrième trimestre de 2025. Cela pourrait soutenir la reprise actuelle du dollar. À l’inverse, des données sur l’emploi décevantes pourraient signaler une nouvelle faiblesse du marché du travail américain et entraîner une nouvelle baisse du dollar.

Cependant, la réaction du dollar pourrait être asymétrique, avec un potentiel de baisse plus important en cas de déception qu’un potentiel de hausse en cas de chiffres positifs. Cette asymétrie est liée aux spéculations concernant le prochain choix du président de la Fed par l’administration américaine. La plupart des acteurs du marché s’attendent à ce que le président nomme un candidat favorable à une politique monétaire plus accommodante, compte tenu de ses critiques répétées à l’égard de Jerome Powell pour ne pas avoir abaissé les taux d’intérêt assez rapidement.

En conséquence, même si les données sur l’emploi sont positives, les gains du dollar pourraient être limités et de courte durée en raison des anticipations d’une orientation plus souple de la Fed en 2026. D’autres postes clés au sein de la Fed seront également renouvelés dans les prochains mois.

Sur le plan technique, l’euro/dollar a reculé en début d’année et évolue désormais juste au-dessus d’une zone de support clé à 1,1655 (environ 1,09 dollar). Une cassure de ce niveau pourrait entraîner un test de la zone de 1,1615 (environ 1,09 dollar), correspondant au plus bas du 9 décembre. Une baisse en dessous de ce niveau pourrait attirer davantage de vendeurs. À l’inverse, des signaux de stabilisation pourraient encourager les acheteurs à franchir la zone de 1,1730 (environ 1,10 dollar) et viser le plus haut du 24 décembre à 1,1810 (environ 1,11 dollar), ce qui pourrait avoir des implications haussières plus importantes et potentiellement pousser la paire vers le plus haut du 17 septembre à 1,1920 (environ 1,12 dollar).

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