Publié le 6 octobre 2025 à 15h23. La chute du gouvernement français, moins d’un mois après la nomination de Sébastien Lecornu au poste de Premier ministre, plonge la France dans une crise politique et économique, exacerbant les inquiétudes des marchés financiers.
- Sébastien Lecornu a démissionné lundi matin, devenant le Premier ministre le plus éphémère de la Ve République.
- Sa démission fait suite à des désaccords avec les Républicains et à la menace de vote de défiance des socialistes concernant la réforme des retraites.
- Les marchés financiers ont réagi négativement, avec une baisse du CAC 40 et une augmentation des coûts d’emprunt de la France.
La démission surprise de Sébastien Lecornu a provoqué un séisme politique à Paris. Moins d’un mois après sa nomination, le Premier ministre a présenté sa démission lundi, laissant le président Emmanuel Macron face à un défi majeur : former un nouveau gouvernement capable de gouverner un pays profondément divisé. M. Lecornu, considéré comme un proche collaborateur du président Macron, a justifié sa décision par l’absence de compromis de la part des autres forces politiques représentées au Parlement.
Dans une allocution télévisée, il a déclaré :
« On ne peut pas être le Premier ministre lorsque les conditions ne sont pas remplies. »
Sébastien Lecornu, ancien Premier ministre
Il a implicitement critiqué l’intransigeance des partis politiques, affirmant que chacun souhaitait imposer l’intégralité de son programme.
La crise a été déclenchée par des tensions au sein de la coalition gouvernementale. Les Républicains, dont le soutien était crucial pour la majorité parlementaire, ont menacé de se retirer en raison de désaccords concernant la composition du gouvernement, notamment la présence de ministres issus du parti Renaissance d’Emmanuel Macron. Bruno Retailleau, chef des Républicains, a évoqué un « problème de confiance ». Parallèlement, le Parti socialiste a conditionné son soutien à la suspension de la réforme des retraites, une mesure phare du programme d’Emmanuel Macron.
Cette situation intervient après les élections législatives de l’été 2024, qui ont laissé l’Assemblée nationale fragmentée et rendu la gouvernance particulièrement difficile. M. Lecornu est le troisième Premier ministre nommé par Emmanuel Macron depuis ces élections, et tous ont été contraints de quitter leurs fonctions. La gouvernabilité de la France est désormais remise en question, selon Jean-François Robin, responsable mondial de la recherche à Natixis CIB :
« La gouvernabilité de la France est en baisse. »
Jean-François Robin, Natixis CIB
Les marchés financiers ont immédiatement réagi à l’annonce de la démission. L’indice boursier CAC 40 a chuté jusqu’à 2%, entraîné par la baisse des actions des grandes banques françaises, qui pourraient être particulièrement touchées par une détérioration de la situation économique. Les taux d’intérêt sur la dette publique française à 10 ans ont également augmenté, se rapprochant de leur plus haut niveau depuis la crise de la dette de la zone euro il y a plus d’une décennie. L’euro a par ailleurs reculé face au dollar.
Emmanuel Cau, responsable de la stratégie actions européennes chez Barclays, estime que la seule solution pour sortir de cette crise est l’organisation de nouvelles élections :
« La seule façon d’arrêter cette crise est d’avoir une nouvelle élection. »
Emmanuel Cau, Barclays
Il ajoute que cette situation rend l’investissement en Europe plus difficile et pourrait inciter les investisseurs à la prudence.
L’extrême droite, menée par Jordan Bardella, président du Rassemblement National, a saisi cette opportunité pour appeler à des élections anticipées.
« Nous n’avons pas d’autre possibilité que de retourner au peuple français parce que, encore une fois, plus nous attendons, plus nous jouons avec la stabilité du pays et l’angoisse de nos compatriotes. »
Jordan Bardella, président du Rassemblement National
Jean-Luc Mélenchon, leader de la gauche radicale, a quant à lui accusé Emmanuel Macron d’être « l’origine du chaos » et a réclamé sa démission, une demande que le président a jusqu’à présent rejetée.
M. Lecornu avait promis une « rupture » avec les gouvernements précédents de Macron, mais avait finalement annoncé une composition ministérielle similaire, incluant des figures comme Bruno Le Maire, l’ancien ministre des Finances, dont la gestion a été critiquée pour l’augmentation du déficit public. Il avait également affirmé qu’il ne recourrait pas à l’article 49.3 de la Constitution, qui permet au gouvernement de faire adopter des lois sans vote parlementaire, contrairement à ses prédécesseurs.
