Home AffairesLe nouvel équilibre des pouvoirs… la course à l’intelligence artificielle entre Washington et Pékin

Le nouvel équilibre des pouvoirs… la course à l’intelligence artificielle entre Washington et Pékin

by Amélie Bernard

Publié le 11 octobre 2025 à 16h30. La course à l’intelligence artificielle entre les États-Unis et la Chine ne se limite plus à une question de prouesses technologiques, mais s’étend à une lutte d’influence économique et numérique, selon les avertissements du PDG de Nvidia, Jensen Huang.

  • Jensen Huang met en garde contre une possible perte de leadership américain dans le domaine de l’IA, soulignant que la vitesse de développement des applications en Chine est préoccupante.
  • La Chine, bien que toujours en retard sur les États-Unis en matière de puces, progresse rapidement et dispose d’une capacité énergétique supérieure, un atout majeur pour le développement de l’IA.
  • Les restrictions américaines sur les exportations de puces n’ont pas freiné l’innovation chinoise, qui se tourne vers la production locale et des modèles open source de plus en plus performants.

La compétition pour la domination dans le domaine de l’intelligence artificielle s’intensifie, et les contours de la prochaine étape de cette rivalité entre les États-Unis et la Chine s’affinent. Cette course n’est plus seulement une question de supériorité technique, mais reflète une lutte plus profonde pour l’influence économique et la domination numérique qui façonneront le XXIe siècle. Washington tente de maintenir son avance dans les technologies de pointe, notamment les puces, en limitant les exportations, tandis que Pékin poursuit son développement à un rythme soutenu, porté par une volonté politique forte et des investissements massifs dans les infrastructures.

Au cœur de cette dynamique complexe, Jensen Huang, PDG de Nvidia, a récemment pris la parole pour partager son analyse de la situation. Il a averti que les progrès américains ne sont plus aussi significatifs qu’il y a quelques années et que l’avenir de l’IA se jouera non pas sur les outils et technologies actuels, mais sur la capacité des pays à adopter des stratégies durables pour assurer leur supériorité à long terme.

Huang adopte une position diplomatique nuancée, reconnaissant les avancées de la Chine tout en soulignant les atouts américains. Il a notamment salué l’émergence de modèles d’IA chinois prometteurs tels que DeepSeek, Alibaba et Baidu, tout en reconnaissant que les modèles américains restent actuellement plus avancés sur le plan architectural.

« N’oubliez pas que ce n’est pas un pays sans puces. Ils ont Huawei, et ils ont des startups très avancées et pionnières qui conçoivent des puces d’intelligence artificielle. »

Jensen Huang, PDG de Nvidia

Il a également souligné que les modèles open source chinois sont « considérablement avancés », ce qui témoigne d’un changement qualitatif dans la capacité de Pékin à rattraper son retard. Ces observations remettent en question l’efficacité des restrictions américaines pour ralentir les progrès technologiques de la Chine dans ce domaine crucial.

En juillet dernier, Huang a effectué plusieurs visites surprises en Chine, peu après le renforcement des restrictions américaines sur l’exportation de puces avancées Nvidia vers Pékin. Ces visites, selon toute vraisemblance, visaient à mettre en garde contre une sous-estimation des capacités de développement de puces chinoises, notamment celles d’entreprises comme Huawei, et à inciter l’administration américaine à reconsidérer sa politique commerciale.

Parallèlement, le président américain Donald Trump et le président chinois Xi Jinping ont eu un entretien téléphonique en septembre, et ont annoncé leur intention de se rencontrer lors du sommet de l’APEC en Corée du Sud fin octobre. Ces initiatives diplomatiques témoignent de la prise de conscience de l’importance de la technologie dans les relations bilatérales et d’une possible volonté d’apaiser les tensions commerciales et technologiques.

Huang a également mis en évidence un paradoxe majeur : la Chine dispose d’une capacité de production d’énergie électrique nettement supérieure à celle des États-Unis (environ 10 000 térawattheures en 2024 contre plus de deux fois moins pour les États-Unis, selon l’Energy Institute). Or, l’énergie est un élément essentiel au fonctionnement des grands centres de données nécessaires au développement de l’IA. Cette supériorité énergétique pourrait à terme saper l’avantage américain en matière de matériel informatique.

« J’espère que les entreprises américaines et la société américaine adopteront rapidement les applications de l’intelligence artificielle, car la nouvelle révolution industrielle sera décidée par la couche d’applications et leur diffusion. »

Jensen Huang, PDG de Nvidia

Huang a insisté sur l’importance de la prolifération de l’IA, soulignant que si la technologie américaine représente 80 % de l’infrastructure technique mondiale, les États-Unis seront sur la bonne voie pour gagner la course à l’IA. Mais si ce chiffre tombe à 20 %, ils auront perdu. Il a également appelé à développer l’infrastructure technique américaine pour attirer les développeurs d’IA et les marchés mondiaux.

Enfin, Huang a cité des entreprises comme Azure, CoreWeave et Anthropic AI comme des acteurs clés dans la refonte du système technologique mondial, une course qui repose sur l’énergie, les puces, les applications et la part de marché mondiale.

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