Publié le 9 octobre 2025 à 19h28. Le pape Léon XIV a publié une exhortation apostolique majeure appelant à une lutte plus déterminée contre la pauvreté, dénonçant les structures économiques injustes et les inégalités croissantes, et soulignant la responsabilité des chrétiens dans l’engagement politique.
- Le pape Léon XIV affirme que la pauvreté n’est pas un destin inéluctable, mais le résultat de structures et de choix politiques.
- Il critique les inégalités de richesse, pointant du doigt les profits exponentiels de quelques-uns contrastant avec la stagnation du niveau de vie de la majorité.
- Léon XIV insiste sur la nécessité de défendre la dignité des migrants et dénonce la « dictature d’une économie qui tue ».
Dans sa première grande exhortation apostolique, le pape Léon XIV, à peine six mois après son accession au pontificat, appelle à une action plus résolue face à la pauvreté. Loin d’être une fatalité, la misère est, selon lui, le fruit de systèmes politiques et économiques défaillants. Il s’élève contre ceux qui justifient la pauvreté comme un choix individuel, dénonçant une attitude qu’il juge aveugle et cruelle.
Le pontife déplore l’augmentation constante du nombre de personnes vivant dans le besoin, alors que certaines élites s’enrichissent de manière spectaculaire. Il décrit un paradoxe saisissant : « Dans un monde où la pauvreté se répand, nous assistons paradoxalement à l’essor d’une minorité privilégiée, enfermée dans une bulle de confort et de luxe, presque coupée du monde réel. »
Une richesse « sans justice »
Léon XIV, originaire des États-Unis mais ayant passé de nombreuses années comme pasteur dans les régions les plus défavorisées du Pérou, ne cite pas de noms dans son exhortation. Cependant, il avait déjà, lors d’une interview en septembre, critiqué les rémunérations excessives de certains dirigeants d’entreprises, évoquant notamment Elon Musk, le patron de Tesla. Il réaffirme dans ce document que « la richesse a augmenté, mais avec les inégalités », soulignant un déséquilibre criant.
Ce type d’exhortation apostolique, document d’une cinquantaine de pages intitulé Je t’aime en latin (“Je t’ai aimé”), s’adresse principalement aux fidèles et expose la doctrine du pape sur des questions importantes de foi, de morale et de société. Elle se situe hiérarchiquement en dessous de l’encyclique, qui s’adresse à tous, quelle que soit leur religion. Le sous-titre de ce document est : « De l’amour envers les pauvres ».
Ce document pontifical s’inscrit dans la continuité du travail initié par son prédécesseur, le pape François, et reprend le thème central du service aux pauvres, une des marques les plus fortes et les plus controversées du regretté Jorge Mario Bergoglio.
Léon XIV insiste sur la nécessité de continuer à dénoncer « la dictature d’une économie qui tue », soulignant le déséquilibre des richesses : « Alors que les profits de quelques-uns croissent de manière exponentielle, ceux de la majorité s’éloignent de plus en plus du bien-être de cette minorité privilégiée. » Ce déséquilibre, selon lui, repose sur des idéologies qui prônent l’autonomie absolue des marchés et la spéculation financière.
Les femmes parmi les plus vulnérables
Le pape s’inquiète également des inégalités croissantes, même dans les sociétés les plus aisées. Il attire particulièrement l’attention sur la situation des femmes, qu’il considère comme « doublement pauvres », car elles sont victimes d’exclusion, d’abus et de violence. Il souligne cependant leur rôle essentiel au sein des familles, louant « les gestes les plus admirables d’héroïsme quotidien dans la défense et le soin de la fragilité de leurs proches ».
« Le cœur de l’Église, par sa nature même, est solidaire de ceux qui sont pauvres, exclus et marginalisés, de ceux qui sont considérés comme les laissés-pour-compte de la société. Les pauvres sont au centre de l’Église », martèle Léon XIV.
« Base de l’engagement politique »
L’historien ecclésiastique d’Augsbourg, Jörg Ernesti, spécialiste de la papauté, explique à DW que le pape Léon XIV, sur la même ligne que son prédécesseur, souligne clairement qu’« on ne peut pas être chrétien sans se sentir responsable du monde et, en particulier, des opprimés et des pauvres ». Il estime que ce document pose les bases « d’un engagement politique des chrétiens catholiques ».
Le texte est décrit comme étant à la fois spirituel et méditatif, le pape abordant longuement l’histoire de l’Église avant d’adopter un ton plus politique dans la dernière partie. Selon Ernesti, ce passage rappelle la tradition de la doctrine sociale catholique et la « préférence pour les pauvres ».
L’historien se dit toutefois surpris par « la vision très positive, presque idéalisée, de l’histoire » présentée dans le document. Il rappelle que l’Église a connu des périodes de grande richesse et que les pauvres n’ont pas toujours été au centre des préoccupations, citant en exemple les monastères luxueux du Moyen Âge ou les papes de la Renaissance. « Il ne s’agissait certainement pas toujours de se soucier des plus démunis », observe-t-il.
Cependant, Ernesti ne considère pas ce document comme un « programme gouvernemental » ou un « document programmatique » comparable aux premières encycliques de Paul VI en 1964, de Jean-Paul II en 1979 ou de François en 2013. « Il ne s’agit sans doute pas encore de l’encyclique inaugurale que certains attendent pour le printemps. »
Nouvelle phase du pontificat
En tout état de cause, cette exhortation apostolique marque une nouvelle étape dans le pontificat de Léon XIV. Les premiers mois, consacrés à la prise de repères, semblent révolus, et le pape prend des positions plus affirmées et s’exprime plus fréquemment sur les questions politiques.
Ces dernières semaines, le pape a critiqué à plusieurs reprises la situation aux États-Unis, son pays d’origine. Sa première prise de position énergique sur le traitement des migrants a même suscité une réaction du gouvernement américain, qui a rejeté les critiques.
Léon XIV a cependant maintenu sa position, exhortant l’Église américaine à défendre plus fermement la dignité humaine des migrants, qu’il considère comme des « témoins vivants d’espérance ».
Cette nouvelle phase du pontificat se traduit également par l’annonce de son premier voyage à l’étranger, prévu du 27 novembre au 2 décembre en Turquie et au Liban.
(os/rml)
