Publié le 21 décembre 2025 06:01:00. L’augmentation du nombre de cas d’infections sexuellement transmissibles (IST) observée chez les personnes sous prophylaxie pré-exposition (PrEP) contre le VIH pourrait paradoxalement signaler l’efficacité même de cette prévention, selon une nouvelle étude de modélisation. Des tests de dépistage plus fréquents révèlent davantage d’infections, mais ne signifient pas nécessairement une augmentation réelle de leur nombre.
- La PrEP, bien que très efficace pour prévenir le VIH, est associée à une augmentation des comportements sexuels à risque et, par conséquent, à une plus grande vulnérabilité aux IST.
- Une étude récente suggère que l’augmentation des cas d’IST signalés après le début de la PrEP pourrait être un « paradoxe du dépistage », où des tests plus fréquents identifient des infections auparavant non détectées.
- Le dépistage régulier des IST reste une mesure essentielle de santé publique pour contrer les effets potentiels d’un changement de comportement lié à la PrEP.
Depuis plusieurs années, la prophylaxie pré-exposition contre le VIH (PrEP) est un outil majeur dans la lutte contre de nouvelles infections. Cependant, les spécialistes ont observé que les personnes utilisant la PrEP ont tendance à adopter des comportements sexuels plus risqués, ce qui les rend plus susceptibles de contracter d’autres infections sexuellement transmissibles (IST) comme la chlamydia et la gonorrhée. C’est pourquoi un dépistage régulier des IST est systématiquement recommandé aux utilisateurs de la PrEP.
Les données épidémiologiques ont mis en évidence une augmentation du nombre de cas d’IST diagnostiquées après le début d’un traitement PrEP. Une nouvelle étude, basée sur un modèle mathématique, apporte une explication inattendue : cette augmentation des cas signalés ne reflète pas nécessairement une augmentation réelle de la prévalence des IST, mais pourrait être le résultat d’un dépistage plus systématique.
L’équipe de recherche a développé un modèle épidémiologique classique qui distingue les individus en fonction de leur statut : sensible à la maladie, infecté ou guéri et retiré de la circulation. « Un élément clé de notre modèle est la distinction entre les infections symptomatiques et asymptomatiques, ce qui nous permet de modéliser l’impact du dépistage », explique Laura Müller, l’une des principales chercheuses impliquées dans le projet.
Selon cette modélisation, un dépistage régulier peut révéler un plus grand nombre d’infections actives, donnant l’impression d’une augmentation des cas, même si le nombre réel d’infections diminue. « Plus les tests sont fréquents, plus ce paradoxe est susceptible de se produire, ce qui souligne l’importance du dépistage », précise Laura Müller.
L’étude confirme que le dépistage fréquent des IST, tel que préconisé dans les programmes allemands de PrEP, est une stratégie de santé publique très efficace. Elle démontre qu’un dépistage régulier peut contribuer à réduire la propagation des infections bactériennes sexuellement transmissibles et à compenser les éventuels changements de comportement liés à la protection contre le VIH. L’augmentation des cas d’IST signalés après la mise en place de la PrEP pourrait donc être un signe paradoxal de son succès, en permettant de détecter des infections qui seraient restées cachées autrement.
« Nos recherches montrent que les programmes de PrEP peuvent être un outil puissant à double effet, mais qu’il faut être prudent dans leur évaluation », conclut Seba Contreras, chercheur principal du projet. « Une augmentation des cas signalés peut aussi être un signe de succès, ce qui implique que les données de surveillance doivent être interprétées avec prudence lors de la prise de décisions en matière de santé publique. » Les résultats de cette étude pourraient s’avérer utiles pour l’élaboration de futures stratégies de surveillance et de contrôle des IST.
Source : Institut Max Planck pour la dynamique et l’auto-organisation
Publication originale : Laura Müller et al. ; The testing paradox can explain the observed increase in prevalence of bacterial STIs in MSM on HIV PrEP: a modelling study ; PNAS, octobre 2025, DOI : 10.1073/pnas.2524944122
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