Alors que des fortunes colossales sont englouties dans la recherche de l’immortalité, l’espérance de vie aux États-Unis continue de décliner, creusant un fossé alarmant avec les autres pays développés. Cette divergence troublante révèle un choix politique et social, plutôt qu’une fatalité économique ou technologique.
À retenir
- L’espérance de vie aux États-Unis est désormais inférieure à celle de pays comme l’Albanie, la République tchèque, le Chili et le Panama.
- Des coupes budgétaires massives dans les programmes de santé Medicaid et CHIP, combinées à la fin des subventions Obamacare, menacent l’accès aux soins pour des millions d’Américains.
- Parallèlement, des investissements considérables, estimés à 12,5 milliards de dollars (USD) au cours des 25 dernières années, sont dirigés vers des startups axées sur le prolongement de la vie, principalement par des milliardaires de la tech.
Contexte
En 2023, l’espérance de vie moyenne aux États-Unis était plus basse qu’en 2010, une tendance à la baisse qui contraste fortement avec les progrès observés dans la plupart des nations riches. Les États-Unis se distinguent par un système de santé coûteux, dominé par le secteur privé et axé sur le profit, où les patients et leurs assureurs sont confrontés à des dépenses exorbitantes. Cette situation est d’autant plus préoccupante qu’elle coexiste avec une capacité d’innovation médicale inégalée.
Selon une étude des National Institutes of Health publiée en 2013, intitulée « La santé aux États-Unis dans une perspective internationale : Des vies plus courtes, une moins bonne santé », des experts avaient déjà identifié les raisons pour lesquelles les Américains mouraient plus jeunes que leurs homologues d’autres pays. L’étude avait formulé des recommandations, notamment en suggérant de s’inspirer des modèles étrangers, mais ces recommandations semblent avoir été largement ignorées par les décideurs politiques.
Les récents choix politiques, tels que les tentatives de démantèlement de la loi sur les soins abordables (Affordable Care Act) et les réductions budgétaires drastiques de Medicaid, ne font qu’aggraver la situation. Le nouveau calendrier de vaccination retardé, initié par le secrétaire à la Santé Robert F. Kennedy Jr., ajoute une couche supplémentaire d’inquiétude.
Ce qui change
La fin des subventions fédérales pour l’assurance maladie, décidée sous l’administration Trump, pourrait entraîner l’abandon de l’assurance par des millions d’Américains en janvier, en raison de l’augmentation des primes. De plus, les coupes de plus de 850 milliards de dollars (USD) sur dix ans dans les budgets de Medicaid et du programme d’assurance maladie pour enfants CHIP mettent en péril le financement de Medicare, le programme d’assurance maladie pour les personnes âgées.
L’inégalité en matière d’espérance de vie est particulièrement frappante aux États-Unis. Une étude menée il y a une dizaine d’années par des chercheurs de Harvard, du MIT, de McKinsey et du Trésor américain a révélé que les 1 % d’hommes américains les plus riches vivaient en moyenne 14,6 ans de plus que les 1 % les plus pauvres, et 10,1 ans de plus pour les femmes. Cet écart s’est creusé entre 2001 et 2014.
La pauvreté joue un rôle déterminant dans ces disparités. Des recherches récentes menées par des économistes de l’Université Brown, du Dartmouth College et de l’Université de Californie du Sud ont montré que les bébés nés de mères américaines aisées ont une espérance de vie comparable à celle des bébés de mères européennes aisées. La mortalité infantile disproportionnée aux États-Unis est donc principalement imputable aux enfants issus de familles pauvres.
Prochaines étapes
La situation actuelle exige une réflexion profonde sur les priorités en matière de santé publique aux États-Unis. Il est crucial de s’attaquer aux causes profondes de la mortalité prématurée, telles que la pauvreté, la dépendance au fentanyl, l’obésité et les suicides. La question centrale est de savoir si les États-Unis choisiront de garantir un accès équitable aux soins de santé et aux conditions de vie décentes pour tous leurs citoyens, ou de continuer à privilégier les intérêts des plus riches et les investissements dans des technologies de pointe réservées à une minorité.
Chiffres clés
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Investissements dans les startups de longévité (25 dernières années) | 12,5 milliards de dollars (USD) |
| Réduction budgétaire de Medicaid et CHIP (sur 10 ans) | Plus de 850 milliards de dollars (USD) |
| Écart d’espérance de vie entre les 1 % les plus riches et les 1 % les plus pauvres (hommes) | 14,6 ans |
| Écart d’espérance de vie entre les 1 % les plus riches et les 1 % les plus pauvres (femmes) | 10,1 ans |
Sources
- Wall Street Journal
- National Institutes of Health, « La santé aux États-Unis dans une perspective internationale : Des vies plus courtes, une moins bonne santé » (2013)
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