Publié le 30 mai 2024 à 22h30. La Lettonie est sur le point de devenir le premier pays de l’Union européenne à se retirer de la Convention d’Istanbul, un traité international visant à lutter contre la violence à l’égard des femmes, malgré une forte opposition intérieure et des avertissements de l’OSCE.
- Le Parlement letton a voté en faveur du retrait de la Convention d’Istanbul par 56 voix contre 32, avec deux abstentions.
- Environ 5 000 personnes ont manifesté à Riga contre cette décision, marquant l’une des plus importantes manifestations observées dans le pays balte ces dernières années.
- Des groupes conservateurs justifient leur opposition en dénonçant une « idéologie du genre » et en estimant que la législation nationale actuelle est suffisante.
Cette décision intervient après des années de critiques croissantes à l’égard de la Convention d’Istanbul de la part de mouvements ultra-conservateurs à travers l’Europe. Ces derniers accusent le traité, élaboré par le Conseil de l’Europe en 2011 et ratifié par 37 pays, de promouvoir des idées jugées contraires aux valeurs traditionnelles et de porter atteinte à la famille. La Lettonie avait ratifié la convention en 2023.
Les opposants lettons à la Convention d’Istanbul affirment qu’elle introduit une définition du genre qui s’éloigne du sexe biologique, perçue comme une construction sociale. Ils estiment que les lois nationales existantes suffisent à protéger les femmes contre la violence sexiste. Cependant, cette position est contestée par les partis d’opposition de droite et par certains membres de la coalition gouvernementale, notamment l’Union des Verts et des Paysans.
Le vote au Parlement letton révèle des fissures au sein de la coalition gouvernementale dirigée par la Première ministre Evika Siliňová, à l’approche des élections législatives prévues à l’automne prochain. La combinaison des voix de l’opposition et de certains députés de la majorité a permis l’adoption du projet de loi de retrait.
Si le président de la République, Edgars Rinkévičs, approuve cette loi, la Lettonie suivra l’exemple de la Turquie, qui s’est retirée de la Convention d’Istanbul en 2021, suscitant de vives critiques de la part de la Commission européenne. Saara-Sofia Sirénová, représentante spéciale de l’OSCE pour les questions de genre, a appelé Riga à respecter ses obligations internationales et a souligné que la droite lettone est également à l’origine d’une proposition de modification de la loi sur l’avortement, visant à en limiter l’accès.
Le président Rinkévičs dispose de plusieurs options, notamment celle de renvoyer la loi au Parlement pour une nouvelle délibération ou, dans certaines circonstances, de lancer un référendum sur la question. L’issue de cette affaire reste donc incertaine et pourrait avoir des conséquences importantes sur la politique lettone et sur la lutte contre la violence à l’égard des femmes en Europe.
