La lutte contre la dengue et le Zika pourrait connaître une nouvelle arme : l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA) vient d’autoriser la société Oxitec à mener des essais sur le terrain de ses moustiques Aedes aegypti génétiquement modifiés en Floride et au Texas, une étape cruciale pour limiter la propagation de ces maladies.
Ces « moustiques amis », comme les appelle Oxitec, représentent une seconde génération de technologie conçue pour réduire significativement les populations de moustiques vecteurs de maladies. Gray Frandsen, PDG d’Oxitec, explique que cette autorisation est une avancée majeure : « Nous sommes ravis que l’EPA nous ait accordé cette approbation. L’EUP nous permettra de déployer des projets pilotes aux États-Unis pour démontrer l’efficacité de notre nouvelle technologie Friendly™ Aedes aegypti. »
L’expansion de l’Aedes aegypti sur le territoire américain, et par conséquent le risque de dengue et d’autres maladies qu’il transmet, est en constante augmentation. Selon Oxitec, les méthodes de lutte actuelles, comme l’utilisation d’insecticides, perdent de leur efficacité, créant un besoin urgent de solutions innovantes et respectueuses de la biodiversité.
L’obtention de cet EUP (Permis d’Utilisation Expérimentale) revêt une importance particulière, car l’EPA est reconnue mondialement pour ses normes réglementaires rigoureuses. « La quantité d’efforts scientifiques déployés par l’EPA et d’autres agences telles que les Centers for Disease Control (CDC) des États-Unis pour examiner notre technologie tout au long du processus de 18 mois a été incroyable », souligne M. Frandsen. « Cela s’ajoute à l’ensemble des preuves scientifiques et à la justification de notre technologie, ajoutant encore un autre niveau de crédibilité à mesure que nous nous engageons auprès d’autres pays à travers le monde. »
Le développement de cette technologie de pointe n’a pas été sans difficultés. Oxitec a souvent été confrontée à son rôle de pionnier, étant la première entreprise à proposer ce type de solution aux régulateurs de nombreux pays. « Cela peut être difficile, mais nous avons montré que lorsque nous nous concentrons sur l’établissement d’une relation de travail fondée sur la confiance et la science avec les régulateurs et nos parties prenantes, nous pouvons tracer une voie vers l’approbation réglementaire », assure le PDG.
Les prochaines étapes consistent à mener des essais sur le terrain pour valider l’efficacité de la technologie et obtenir une approbation commerciale complète. En Floride, l’entreprise doit maintenant obtenir le feu vert des autorités locales avant de pouvoir procéder au déploiement de ses moustiques « amis » dans le cadre d’un essai pilote.
La pandémie de COVID-19 a mis en évidence l’interdépendance des crises sanitaires. Si Oxitec affirme que ses programmes n’ont pas été significativement perturbés, l’entreprise souligne que la COVID-19 complexifie la lutte contre la dengue. Avec jusqu’à 200 millions de cas de dengue chaque année, les systèmes de santé publique déjà fragilisés par la pandémie sont soumis à une pression accrue. « Les patients atteints de dengue occupent de précieux lits d’hôpitaux et des ressources médicales dont les systèmes de santé publique fragiles ont besoin pour les patients atteints de COVID-19 », explique M. Frandsen.
La crise actuelle pourrait donc être un catalyseur pour repenser l’approche globale de la lutte contre les maladies vectorielles. « Nous devons considérer la COVID-19 et la dengue – ainsi que le paludisme et d’autres maladies à transmission vectorielle et problèmes de santé – comme étant étroitement liés », insiste le PDG d’Oxitec. « Les progrès sur un front nous aident à progresser sur les autres. »
Par ailleurs, les confinements liés à la COVID-19 pourraient favoriser la prolifération des moustiques Aedes aegypti, qui prospèrent dans les environnements domestiques. Des partenaires d’Oxitec au Brésil ont fait état de difficultés à maintenir les programmes de lutte anti-vectorielle en raison de la surcharge des services municipaux. L’entreprise espère que sa technologie de seconde génération pourra apporter une solution à long terme.
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