Publié le 29 septembre 2025 06:15:00. Une équipe de chercheurs londoniens développe un patch cutané révolutionnaire qui pourrait permettre de diagnostiquer le cancer de la peau de manière plus rapide, moins invasive et moins coûteuse que les biopsies traditionnelles.
Le cancer de la peau, souvent détectable grâce à des changements visibles, est pourtant complexe à diagnostiquer avec certitude. De nombreux changements d’apparence peuvent être bénins, obligeant les médecins à recourir à des biopsies – prélèvements de tissus – pour confirmer ou infirmer un diagnostic. Ces biopsies, bien qu’essentielles, sont inconfortables pour les patients, coûteuses pour le système de santé et génèrent une anxiété importante en attendant les résultats.
Mais une nouvelle approche se profile, portée par le Dr Sylvain Ladame et son équipe de l’Imperial College de Londres. Ils ont mis au point un patch cutané capable d’analyser les signes de cancer directement à partir du liquide interstitiel, ce fluide présent en infimes quantités à la surface de la peau.
Une biopsie liquide nouvelle génération
Ce patch s’inscrit dans le cadre des biopsies liquides, une technique prometteuse qui consiste à rechercher des marqueurs de cancer dans des fluides corporels. Traditionnellement, ces biopsies liquides analysent le sang ou l’urine. L’originalité de l’approche de l’équipe de Ladame réside dans sa capacité à cibler le liquide interstitiel, où se trouvent les marqueurs les plus pertinents pour le cancer de la peau.
L’idée est née d’une rencontre fortuite avec un patch de vaccination conçu pour fonctionner sans aiguille. Les chercheurs ont rapidement réalisé que cette technologie, initialement destinée à administrer des vaccins, pouvait être adaptée pour aspirer de minuscules quantités de liquide interstitiel.
« Nous avons dû le modifier pour correspondre à nos recherches, mais nous avons immédiatement reconnu ce que cette technologie pourrait signifier pour diagnostiquer le cancer de la peau », explique Ladame. « Vous pouvez placer le patch exactement là où se trouvent les modifications et surveiller ce qui se passe dans la région. »
Dr Sylvain Ladame, Imperial College de Londres
Cette méthode pourrait s’avérer particulièrement utile pour le cancer de la peau, qui se développe à la surface du corps, contrairement à la plupart des autres cancers qui se développent en profondeur. L’objectif est de réduire le nombre de biopsies invasives et d’accélérer le diagnostic, permettant ainsi une prise en charge plus rapide des patients.
Selon Ladame, de nombreuses biopsies cutanées sont pratiquées par précaution. Il souligne l’importance de fournir aux médecins des outils plus efficaces et moins subjectifs pour identifier les patients qui nécessitent une consultation urgente avec un dermatologue.
L’avantage supplémentaire de ce patch est son caractère indolore et la possibilité d’obtenir des résultats en quelques minutes seulement.
Quand une aiguille devient une éponge
Le patch cutané est constitué d’un petit pansement recouvert de micro-aiguilles. Ces aiguilles, bien que visibles, sont si petites qu’elles ne pénètrent pas en profondeur dans la peau et ne stimulent pas les récepteurs de la douleur. De plus, elles sont conçues pour ne pas prélever de sang, ce qui pourrait fausser les résultats de l’analyse.
L’équipe de recherche a travaillé à trouver le « juste milieu » entre la capacité d’absorption du liquide et l’absence de douleur. Selon Ladame, il est même possible que les aiguilles ne pénètrent pas réellement la peau, mais qu’elles s’appuient simplement sur sa surface pour absorber le liquide interstitiel, agissant comme de véritables éponges.
Les chercheurs étudient actuellement deux méthodes pour analyser les échantillons prélevés par le patch. La première consiste à envoyer le patch à un laboratoire spécialisé pour détecter la présence de fragments d’ADN libérés par les cellules cancéreuses. La seconde, plus précise, permet de concentrer la recherche sur une zone spécifique, réduisant ainsi le risque de faux positifs.
« Une fois que ces molécules des cellules cancéreuses entrent dans le sang, c’est comme chercher l’aiguille proverbiale dans une botte de foin », explique Ladame. « Se concentrer sur le liquide interstitiel autour de la zone suspecte signifie que nous pouvons rechercher un tas de foin beaucoup plus petit. »
Dr Sylvain Ladame, Imperial College de Londres