Home Technologie et scienceLe pigment bleu le plus ancien d’Europe pourrait être un maquillage de l’âge de pierre

Le pigment bleu le plus ancien d’Europe pourrait être un maquillage de l’âge de pierre

by Thomas Caron

Publié le 25 octobre 2025 10:21:00. Des chercheurs ont découvert des traces de pigment bleu datant de plus de 14 000 ans en Allemagne, remettant en question l’idée que le bleu était absent de la palette des artistes préhistoriques européens. Cette découverte suggère que le bleu était peut-être utilisé à des fins cosmétiques plutôt qu’artistiques.

  • Des archéologues ont identifié des résidus de pigment bleu dans un bol en pierre datant du Paléolithique supérieur, près de Francfort.
  • L’analyse chimique révèle que le pigment est de l’azurite, un minéral à base de cuivre facilement accessible dans la région.
  • Les chercheurs émettent l’hypothèse que le bleu n’était pas utilisé dans l’art rupestre, mais plutôt comme maquillage ou pour la décoration corporelle.

L’absence de bleu dans l’art pariétal préhistorique est un fait établi. Les peintures rupestres découvertes en Europe, en Afrique et en Asie, datant du début de l’âge de pierre, se caractérisent par des couleurs terreuses – rouge, marron, noir et jaune – mais jamais par des nuances bleues. Historiquement, l’utilisation du bleu en art n’apparaît qu’avec les Égyptiens, il y a environ 5 000 ans.

Mais cette certitude est désormais remise en question par une découverte récente en Allemagne. Lors de fouilles menées entre 1976 et 1980 près de Francfort, des archéologues avaient mis au jour de nombreux objets datant du Paléolithique supérieur. Des recherches récentes ont permis de dater les premiers peuplements de la région entre 14 000 et 13 000 ans avant notre ère. C’est en réexaminant ces objets, quarante ans après leur découverte, que les scientifiques ont fait une observation surprenante : un vieux bol en pierre contenait de minuscules traces de pigment bleu.

Aucun autre artefact trouvé sur le site ne présentait de traces de bleu, mais même cette faible quantité a suffi à éveiller la curiosité des chercheurs. Ils ont alors entrepris d’analyser le pigment en détail, en utilisant diverses techniques de microscopie, de rayons X et d’infrarouge. Ces analyses ont révélé la présence de petites taches bleues supplémentaires à l’intérieur du bol, suggérant qu’il était autrefois rempli de ce pigment.

L’analyse chimique a révélé que le pigment était composé d’un grand nombre d’atomes de cuivre, et qu’il s’agissait plus précisément d’azurite. Ce minéral, formé à partir du minerai de cuivre, est naturellement présent dans le sol de la région et facilement accessible. L’azurite se distingue d’autres pigments bleus comme l’indigo ou le bleu égyptien, qui nécessitent des processus de fabrication plus complexes.

La question qui se pose alors est la suivante : si les populations de l’âge de pierre avaient accès à ce pigment bleu, pourquoi ne l’utilisaient-elles pas dans leurs œuvres d’art rupestre ? Les chercheurs pensent que le bleu pouvait avoir une autre fonction, qui n’a laissé aucune trace dans les archives archéologiques, comme la décoration corporelle.

« La présence d’azurite montre que les peuples du Paléolithique avaient une connaissance approfondie des pigments minéraux et pouvaient accéder à une palette de couleurs beaucoup plus large que ce que nous pensions auparavant – et ils ont peut-être été sélectifs dans la manière dont ils utilisaient certaines couleurs. »

Izzy Wisher, chercheuse principale

Des découvertes antérieures ont mis en évidence l’utilisation de l’azurite dans des sites funéraires néolithiques en Turquie, ainsi que sur les cheveux et les yeux de personnages de l’âge du bronze en Grèce, suggérant un usage cosmétique. La découverte allemande, bien plus ancienne, pourrait témoigner d’une pratique similaire. Si les populations du Paléolithique utilisaient le bleu pour embellir leur corps et leur visage, il ne resterait aujourd’hui que des traces sporadiques, comme celles découvertes sur ce bol en pierre.

Ainsi, les artistes de l’âge de pierre avaient bel et bien accès aux pigments bleus. Ils ne semblaient tout simplement pas les employer dans leurs créations artistiques, mais les réservaient peut-être à des usages plus personnels, comme le maquillage.

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