La Sierra Nevada colombienne est sous le joug de deux jeunes criminels impitoyables : Andrés Pérez Toncel, alias « Nain », qui cultive une image de luxe sur les réseaux sociaux, et Miller Mendoza, surnommé « El Tear » (La Larme), le véritable artisan de la violence au sein du groupe « Les Conquérants de la Sierra ». Tandis que Nain exhibe son pouvoir d’achat, Mendoza est responsable de l’exécution des meurtres sélectifs qui terrorisent les populations de Magdalena et de La Guajira.
Selon les services de renseignement, Mendoza, âgé de seulement 22 ans, est le chef opérationnel des « Conquérants de la Sierra Nevada » (ACSN). Il recrute des tueurs à gages, planifie les assassinats et verse les sommes convenues pour chaque « travail » accompli. Dans certains cas, il est lui-même impliqué personnellement dans les exécutions.
La brutalité du duo s’est manifestée récemment avec le massacre de Dibulla, dans la région de La Guajira. Quatre hommes – Gamier, Iván David, Joenne José et Ubencio, âgés de 24 à 70 ans – ont été assassinés dans une maison. L’enquête a révélé que les victimes, bien qu’appartenant initialement à l’ACSN, avaient tenté de créer une faction indépendante pour contrôler les routes de trafic de drogue. Cette tentative de dissidence a été considérée comme une trahison, et la réponse a été immédiate et sanglante.
« C’est le style de la Larme : non seulement il tue, mais il transforme le crime en un spectacle d’horreur », explique Willian Hernández, chercheuse spécialisée dans les conflits armés. Le massacre a été filmé et diffusé comme un avertissement clair à quiconque oserait défier l’autorité des « Conquérants de la Sierra Nevada ».
La semaine dernière, une opération conjointe de la police et de l’armée à Guachaca, près de Santa Marta, a échoué de peu à capturer Nain et Mendoza. Les deux hommes ont réussi à s’échapper quelques minutes avant le raid. Cependant, Rosa Angélica Tarazona, alias « le bébé », une complice de Mendoza, a été arrêtée. Malgré cet arrestation, Nain continue de se montrer ostensiblement sur les réseaux sociaux, exhibant sa vie de luxe et ses motos.
Les autorités estiment que Mendoza contrôle au moins une centaine d’hommes au sein de l’ACSN, une organisation impliquée dans le trafic de drogue et l’extorsion à travers la région des Caraïbes. Un chef communautaire de Guachaca souligne que le duo reste toujours un pas en avant grâce à un vaste réseau d’informateurs locaux.
Ce phénomène criminel est marqué par une dimension générationnelle. Nain et Mendoza, âgés respectivement de 25 et 22 ans, incarnent une nouvelle forme de criminalité où l’image et la violence se conjuguent pour attirer les jeunes. « Les garçons les voient comme des exemples de réussite, peu importe le sang qui a été versé », déplore le chef communautaire, qui a demandé à rester anonyme par crainte de représailles. « Nain montre un visage amical, mais la Larme représente le coût réel : la mort. »
Une récompense substantielle a été offerte pour des informations menant à l’arrestation de Nain. Bien que la traque de Mendoza soit tout aussi intense, il reste pour l’instant introuvable et continue de coordonner les assassinats dans la Sierra Nevada et La Guajira. Dans ces communautés rurales, où la présence de l’État est faible, la loi est désormais imposée par la force des armes.
Pour les analystes, la figure de « la Larme » illustre que le pouvoir des narco-influenceurs ne se limite pas aux réseaux sociaux. Il repose sur la violence et la terreur, sur le sang versé par ceux qui étaient autrefois des alliés et sont devenus des ennemis. « Nain est le spectacle, mais la Larme est la machine de guerre. Sans elle, la structure s’effondrerait », conclut un agent des renseignements.
Aujourd’hui, les communautés de la Sierra Nevada et de La Guajira vivent dans un climat de peur et de silence. Partout, on entend la même phrase : « Ici, c’est l’enfant qui donne les ordres, mais c’est la Larme qui tue. »
