Publié le 21 décembre 2025 à 17h23. Le Premier ministre indien Narendra Modi a salué la fermeté de Gopinath Bordoloi, ancien ministre en chef de l’Assam, dont l’opposition à son propre parti a permis, selon Modi, de préserver l’intégrité territoriale de l’État face à des tentatives de scission.
- Narendra Modi a mis en avant le rôle crucial de Gopinath Bordoloi dans la sauvegarde de l’Assam.
- L’affaire remonte à 1946 et à la « Mission du Cabinet » britannique, qui envisageait un regroupement de provinces.
- Gandhi et Nehru avaient également pris position contre l’intégration forcée de l’Assam.
Lors d’un discours prononcé à Guwahati le 20 décembre, Narendra Modi a souligné que le Congrès national indien avait, selon lui, conspiré pour effacer l’identité de l’Assam avant l’indépendance. Il a affirmé que, parallèlement aux ambitions de la Ligue musulmane et aux plans des autorités britanniques de diviser l’Inde, un projet visait à rattacher l’Assam au Pakistan oriental.
« Le Congrès allait également faire partie de cette conspiration. Alors Bordoloi ji s’est opposé à son propre parti. Il s’est opposé à cette décision visant à effacer l’identité de l’Assam et a sauvé l’Assam de la séparation du pays », a déclaré le Premier ministre indien.
Cette déclaration intervient alors que l’on revient sur les événements de 1946 et la « Mission du Cabinet », une initiative britannique visant à définir les modalités de l’indépendance de l’Inde et la structure du futur gouvernement.
Envoyée en Inde le 24 mars 1946, la Mission était composée de Lord Pethick-Lawrence, secrétaire d’État pour l’Inde, Sir Stafford Cripps, président du Board of Trade, et AV Alexander, Premier Lord de l’Amirauté. Lord Archibald Wavell était alors vice-roi des Indes.
Le plan élaboré par la Mission du Cabinet proposait une structure constitutionnelle à trois niveaux : une Union fédérale au sommet, des provinces autonomes à la base, et des regroupements provinciaux intermédiaires. Ces regroupements étaient organisés en trois groupes : les provinces du nord-ouest (Pendjab, Sind, Baloutchistan), les provinces orientales (Assam et Bengale), et le reste de l’Inde.
Bien que présenté comme une dernière tentative de maintenir l’unité de l’Inde, le plan contenait des contradictions qui rendaient sa mise en œuvre difficile. Le Congrès national indien, bien qu’acceptant en principe le cadre fédéral, craignait que ce regroupement ne conduise à une domination musulmane dans certaines régions.
Gopinath Bordoloi, alors ministre en chef de l’Assam, s’est fermement opposé au regroupement de son État avec le Bengale. Selon un article publié dans le Actes du Congrès d’histoire indienne, Vol. 63 (lien vers l’article sur Churchill), les dirigeants du Congrès provincial de l’Assam craignaient que l’Assam ne soit sacrifié et intégré à une zone à majorité musulmane afin d’apaiser la Ligue musulmane.
Bordoloi a consulté Mahatma Gandhi avant de prendre une décision. Gandhi lui a conseillé de rejeter le plan et de retirer l’Assam de l’Assemblée constituante.
« Si vous n’agissez pas correctement et maintenant, l’Assam sera fini. Dites à Bardoloi que je ne ressens pas le moindre malaise. Ma décision est prise. L’Assam ne doit pas perdre son âme. »
Mahatma Gandhi
Jawaharlal Nehru partageait également les préoccupations de Bordoloi. Le 22 juillet 1946, il lui écrivit qu’il était justifié de s’opposer au regroupement. Le 23 septembre 1946, il réitéra son soutien, affirmant qu’aucune province ne devait être contrainte d’adhérer à un regroupement contre sa volonté (archives de Nehru).
Lors d’une interview à la BBC en avril 1946, Nehru avait souligné que l’Assam, comme la province frontalière du Nord-Ouest, s’opposait fermement à l’idée d’un Pakistan séparé.
Le 10 juillet 1946, Nehru annonça lors d’une conférence de presse à Bombay que l’Assam ne tolérerait en aucune circonstance un regroupement avec le Bengale, scellant ainsi le sort du plan de la Mission du Cabinet.
