L’initiative lancée à Strasbourg le 16 septembre 2026 par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a pris de court les États membres. En proposant d’accorder au Canada le tout premier statut de membre associé
de l’Union européenne, la Commission a provoqué une levée de boucliers diplomatique. Huit capitales européennes, menées par Paris, Berlin et Rome, reprochent à Bruxelles d’avoir agi de manière prématurée sans consulter les gouvernements nationaux ni clarifier les contours juridiques et politiques d’un concept inexistant dans les traités actuels.
Alors que le projet de conclusions du sommet renvoie la définition précise de cette adhésion associée à l’année 2027, les diplomates à Bruxelles et à Paris continuent de débattre des limites d’un tel rapprochement.
La confrontation politique autour de la représentation québécoise
À Montréal, le climat politique est tout aussi tendu. Le premier ministre du Québec, Paul St-Pierre Plamondon, a vivement fustigé le refus d’Ottawa de lui permettre de prendre la parole au Sommet Canada-Union européenne et d’organiser une réception officielle en marge des rencontres. Le chef péquiste a comparé cette mise à l’écart à une tentative de le cantonner à un rôle purement honorifique.
De son côté, le premier ministre canadien Mark Carney a répliqué en pointant du doigt la décision du dirigeant québécois de laisser une chaise vide, rappelant qu’une invitation à un dîner avait été refusée. Cette passe d'armes intervient alors que les États-Unis accentuent leurs pressions géopolitiques, le président américain Donald Trump ayant récemment critiqué la perspective d'un rapprochement institutionnel entre Ottawa et Bruxelles.
L’enjeu énergétique et la diversification des marchés face à Washington
Au-delà des querelles sémantiques et protocolaires, les discussions de Montréal doivent déboucher sur des réalisations concrètes. Le gouvernement canadien met en avant ses immenses ressources en minéraux critiques, son gaz naturel liquéfié et ses projets de transition énergétique pour réduire la dépendance économique du pays vis-à-vis des marchés américains. Un projet d’étude de faisabilité sur l’exportation de gaz naturel liquéfié vers l’Europe figure d’ailleurs sur la table des négociations, aux côtés de dossiers liés à l’intelligence artificielle et à la défense.

Les milieux d’affaires des deux côtés de l’Atlantique attendent beaucoup de ce sommet, notamment en matière de mobilité de la main-d’œuvre qualifiée et de reconnaissance mutuelle des qualifications professionnelles. L’Accord économique et commercial global, en vigueur depuis 2017, constitue la base de ces échanges, bien que plusieurs États membres de l’UE n’aient toujours pas ratifié l’intégralité de ses dispositions.
Implications diplomatiques et économiques du Sommet de Montréal
Le sommet réunit également Antonio Costa, président du Conseil européen, et Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, aux côtés du premier ministre Mark Carney. Selon les données officielles du communiqué, l’Union européenne constitue le deuxième partenaire commercial du Canada pour les biens et les services, avec des échanges s’élevant à environ 178 milliards de dollars en 2025.
Les investissements directs européens au Canada ont atteint 219 milliards de dollars en 2025, tandis que les investissements canadiens dans l’UE s’élevaient à 315 milliards de dollars. Face à cette interdépendance économique, le Canada dispose de gisements de plus de 34 matières premières critiques et compte parmi les principaux producteurs mondiaux de dix d’entre elles, des ressources indispensables pour les batteries, les réseaux électriques et la défense en Europe.
Par ailleurs, dans le domaine de la défense, l’accord formellement conclu par le Conseil de l’UE permet aux entreprises canadiennes de participer aux marchés financés par le mécanisme européen de prêts pour les achats conjoints d’équipements militaires. Les chambres de commerce européennes au Canada, représentant plus de 2 600 entreprises et des milliers d'emplois, demandent la réduction des barrières réglementaires et des doubles contrôles, notamment dans le secteur automobile et les flux transfrontaliers de données.

Sur la scène politique québécoise, le chef de l’opposition libérale, Charles Milliard, a prié le premier ministre péquiste de prendre part au sommet. Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a également dénoncé une situation où l’on invite le dirigeant québécois tout en lui demandant de se taire.