Près de trois millions de personnes sont décédées entre 2016 et 2023 des suites de la chaleur amplifiée par le réchauffement climatique. Face à l’accélération de ces crises, un rapport publié le 28 octobre par la revue The Lancet réclame la reconnaissance du changement climatique comme urgence sanitaire mondiale.
Le bilan humain du réchauffement de la planète franchit un seuil alarmant. Entre l’entrée en vigueur de l’Accord de Paris en 2016 et l’année 2023, la hausse des températures a directement provoqué des millions de décès à travers le monde. Les chercheurs estiment que l’année 2023 a établi un record tragique avec 710 000 morts associées à la chaleur. Plus des deux tiers de ces décès sont attribuables au changement climatique d’origine humaine.
Ces conclusions émanent de la dixième édition du rapport The Lancet Countdown, publié le mercredi 28 octobre. Ce travail de référence associe 146 chercheurs issus de 30 pays, en collaboration avec l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). Il analyse 54 indicateurs de santé et de climat en amont de la 31e Conférence des Parties (COP31) prévue en Turquie du 9 au 20 novembre.

Une demande d’urgence sanitaire mondiale face à l’accélération des risques
La situation se détériore plus rapidement que les politiques mises en place pour endiguer le phénomène. Les effets néfastes du changement climatique sur la santé progressent plus vite que la réponse mondiale à ces effets
, a déclaré Marina Romanello, directrice exécutive du projet scientifique Lancet Countdown lors de la présentation du document à la presse.
C’est pourquoi nous demandons que le changement climatique soit reconnu comme une urgence sanitaire mondiale.
Marina Romanello, directrice exécutive du Lancet Countdown
Les auteurs préconisent la création d’un dispositif d’intervention coordonné entre les États, comparable au mécanisme de l’OMS en cas de pandémie. L’objectif consiste à bâtir une réponse cohérente sur le long terme plutôt qu’à subir une succession de crises d’urgence. Le professeur Ollie Jay, de l’université de Sydney, a précisé la méthode employée pour isoler la part humaine de la mortalité thermique. Les chercheurs ont soustrait du total des décès les chiffres qui se seraient produits dans un monde sans réchauffement anthropique, démontrant ainsi l’impact direct de la fréquence et de l’intensité accrues des vagues de chaleur.

Le coût économique et la fracture des pays vulnérables
La menace ne se limite pas à la mortalité directe. La baisse de la productivité des travailleurs exposés à la chaleur pèse lourdement sur l’économie mondiale. Pour la troisième année consécutive, les pertes de revenus potentiels ont dépassé les 1 000 milliards de dollars par an, touchant en premier lieu l’agriculture et le secteur du bâtiment.
Les répercussions varient fortement selon les régions du globe. L’Asie du Sud-Est et l’Afrique subissent les pertes les plus sévères, représentant respectivement 3,9 % et 3,2 % de leur produit intérieur brut. En Afrique, l’agriculture concentre 71 % des pertes de revenus potentielles liées au stress thermique. Parallèlement, la sécheresse a touché plus de la moitié des terres émergées de la planète pendant au moins un mois en 2025.

Contradictions financières et obstacles aux données
Le rapport révèle d'importants paradoxes dans les choix budgétaires des gouvernements. D’un côté, les investissements dans les énergies propres ont atteint 2 100 milliards de dollars en 2025, devançant les financements consacrés aux combustibles fossiles. De l’autre, les subventions nettes mondiales accordées aux énergies fossiles continuent de battre des records. La pollution atmosphérique qui en découle cause par ailleurs 2,73 millions de décès évitables chaque année.
La recherche scientifique elle-même se heurte à des difficultés croissantes. Marina Romanello a déploré la disparition de certaines sources statistiques, notamment en provenance des États-Unis, où les données concernant les subventions aux combustibles fossiles ne sont plus rendues publiques par les autorités. À cela s’ajoute l’instabilité géopolitique internationale qui relègue au second plan la lutte contre le réchauffement climatique.