Home AffairesLe racket de l’impôt foncier en Irlande – Gript

Le racket de l’impôt foncier en Irlande – Gript

by Amélie Bernard

Publié le 2 novembre 2025 à 14h23. La crise du logement en Irlande s’aggrave, avec des objectifs de construction non tenus et une pression fiscale croissante sur les propriétaires, suscitant des inquiétudes quant à l’accessibilité et à l’équité.

  • Les projections de construction de logements pour 2025 sont inférieures aux objectifs initiaux du gouvernement.
  • Le nombre de propriétaires privés diminue, contribuant à la pénurie de logements disponibles.
  • Une augmentation de la taxe foncière locale (LPT) est prévue en 2026, suscitant des critiques quant à son impact sur les classes moyennes.

L’Irlande est confrontée à une crise du logement de plus en plus aiguë. Le gouvernement peine à atteindre ses objectifs de construction, tandis que le marché immobilier est marqué par une offre limitée et des prix en hausse. Le ministre actuel du Logement considère désormais comme irréaliste l’objectif initial de 41 000 nouveaux logements pour 2025. Les estimations de la Banque centrale prévoient un chiffre d’achèvement compris entre 32 500 et 35 000 logements pour l’année en cours.

La demande de logements locatifs dépasse largement l’offre, avec un déficit estimé à 150 000 unités à l’échelle nationale. Parallèlement, le nombre de propriétaires privés a augmenté de 40 % entre fin 2021 et fin 2023, mais ces derniers, qui détiennent majoritairement un ou deux biens, quittent le marché à un rythme plus rapide qu’ils n’y adhèrent. Cette situation contribue à la raréfaction des logements disponibles à la location et à la hausse des loyers.

L’aggravation de la crise est également liée à la réforme de la taxe foncière locale (LPT). À partir de 2026, les collectivités locales seront autorisées à augmenter leurs tarifs LPT jusqu’à 15 %. Cette taxe, calculée en fonction de la valeur du bien immobilier, risque de peser lourdement sur les propriétaires, en particulier ceux dont la valeur de leur maison a augmenté ces dernières années. Le 1er novembre dernier, tous les propriétaires ont dû soumettre une nouvelle évaluation de leur propriété pour déterminer leur tranche d’imposition pour les cinq prochaines années.

À quelques jours de la date limite, plus de 1,5 million de propriétaires n’avaient pas encore effectué cette réévaluation. Cette réticence s’explique non seulement par l’augmentation des taux de base, mais aussi par la crainte d’être reclassés dans une tranche d’imposition supérieure. Le ministère du Logement, des Collectivités locales et du Patrimoine estime que les 31 collectivités locales du pays percevront 767 millions d’euros de LPT en 2026, soit une augmentation de 10 % par rapport à 2025.

Certains observateurs estiment que ce chiffre pourrait être encore plus élevé, compte tenu du faible nombre de propriétaires ayant réévalué leur bien. Selon les estimations officielles, 96 % des propriétaires resteraient dans leur tranche actuelle, ce qui se traduirait par des augmentations de seulement 5 à 25 euros. Cependant, ces estimations semblent optimistes, étant donné que les prix de l’immobilier ont augmenté en moyenne de près de 10 % par an au cours des cinq dernières années. En 2020, le prix moyen d’un logement en Irlande était de 292 000 € (et de 438 000 € à Dublin). Une augmentation de 50 % de la valorisation ne serait donc pas irréaliste pour de nombreux biens.

Les propriétaires craignent de voir leur LPT augmenter considérablement, ajoutant une pression financière supplémentaire dans un contexte de crise du coût de la vie. Cette situation est d’autant plus frustrante qu’ils ne peuvent pas se permettre de vendre leur bien, faute de trouver un logement abordable sur le marché. La crise du logement, qu’elle soit le résultat d’une incompétence ou d’une politique délibérée, profite principalement aux finances publiques, au détriment des classes moyennes.

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