Home DivertissementLe réalisateur Kang Yun-seong du premier long métrage coréen sur l’IA, La Terre du Milieu, prévoit également d’utiliser activement l’IA dans son prochain travail.

Le réalisateur Kang Yun-seong du premier long métrage coréen sur l’IA, La Terre du Milieu, prévoit également d’utiliser activement l’IA dans son prochain travail.

by Antoine Girard

Publié le 13 octobre 2025 à 09h00. Le réalisateur Kang Yun-seok, connu pour ses polars à succès et ses collaborations avec Disney+, se lance un défi inédit avec La Terre du Milieu : un film d’action réelle d’une soixantaine de minutes, réalisé en grande partie grâce à l’intelligence artificielle.

  • La Terre du Milieu est le premier long métrage coréen à intégrer massivement l’IA dans la production d’un film d’action réelle.
  • Le film explore un format hybride, entre court et long métrage, et expérimente de nouvelles approches en matière de création visuelle.
  • Kang Yun-seok souligne le potentiel de l’IA pour réduire les coûts et les délais de production, tout en reconnaissant ses limites actuelles.

Kang Yun-seok, le nom qui a révolutionné le genre policier en Corée et signé des œuvres marquantes pour Disney+ Korea comme Casino 1 & 2 et Lovely Runner, s’apprête à ajouter une nouvelle corde à son arc. Son prochain film, La Terre du Milieu, qui sortira le 15 octobre, se distingue par une approche novatrice : l’utilisation intensive de l’intelligence artificielle (IA) dans la réalisation d’un film d’action réelle. Si de nombreux courts métrages exploitant une technologie 100% IA ont déjà été présentés dans des festivals, c’est la première fois qu’elle est au cœur d’un long métrage mettant en scène de véritables acteurs.

Le film, d’une durée de 61 minutes, se positionne également comme une expérimentation formelle, explorant le concept de “moyen métrage” et de “film en série”. Kang Yun-seok décrit ce projet comme une véritable “expérience globale”, une plongée dans l’inconnu où les frontières entre le réel et le virtuel se brouillent.

Lors d’une rencontre avec le réalisateur, il a retracé l’origine de ce projet ambitieux :

« Tout a commencé il y a 25 ans, lorsque j’étudiais aux États-Unis et que je rêvais de devenir réalisateur en Corée. J’avais alors écrit un scénario intitulé “Moebius”, qui se déroulait dans un univers similaire à celui de La Terre du Milieu, mais le projet n’a pas abouti. Après mon premier succès avec Crime City, il est resté en suspens. L’année dernière, KT nous a proposé de réaliser un court métrage d’IA d’une dizaine de minutes. J’ai alors eu l’idée de développer ce concept en un long métrage, en revisitant l’histoire de Moebius. »

Kang Yun-seok, réalisateur

L’IA générative, au cœur de ce projet, consiste à créer des images et des vidéos à partir de données saisies. Dans le cas de La Terre du Milieu, l’IA a été utilisée pour générer directement des séquences vidéo à partir de textes. Le réalisateur a cherché à explorer toutes les possibilités offertes par cette technologie, considérant le film comme un véritable terrain de jeu.

« L’IA générative permet de créer des images et des vidéos à partir de texte. Dans La Terre du Milieu, nous avons utilisé cette méthode pour créer l’ensemble des créatures et des effets spéciaux, comme les explosions. Bien sûr, certaines scènes ont nécessité une retouche en VFX/CG pour améliorer la qualité visuelle. »

Kang Yun-seok, réalisateur

La répartition des rôles entre les équipes humaines et l’IA a été un défi majeur. L’absence de précédents dans ce domaine a obligé l’équipe à improviser et à expérimenter. Par exemple, le tournage a dû se dérouler en lieux réels, car l’IA ne peut pas fonctionner avec des fonds verts traditionnels, qui nécessitent des données réelles pour fonctionner.

Kang Yun-seok est convaincu que l’IA a le potentiel de transformer l’industrie cinématographique :

« L’IA est extrêmement efficace. Elle permet de réduire considérablement les coûts, la main-d’œuvre et les délais de production. À terme, je pense qu’elle prendra en charge tous les aspects de la post-production, du mixage sonore à l’étalonnage. »

Kang Yun-seok, réalisateur

Cependant, il reconnaît également les limites actuelles de la technologie :

« Pour l’instant, l’IA ne peut pas remplacer complètement les effets spéciaux traditionnels. Elle atteint environ 70% de la qualité, ce qui nécessite encore une intervention humaine. Mais l’IA évolue à un rythme effréné, et ces limitations seront probablement surmontées à l’avenir. »

Kang Yun-seok, réalisateur

Le choix d’une durée de 60 minutes n’est pas lié à des contraintes technologiques, mais à une volonté d’explorer un nouveau format : le “film en série”, une série de films d’une heure. Kang Yun-seok estime que l’industrie cinématographique doit s’adapter aux évolutions technologiques et proposer de nouveaux formats au public.

Le réalisateur insiste sur le rôle irremplaçable des acteurs :

« L’IA ne pourra jamais remplacer les acteurs. Ce sont eux qui créent les émotions et les expressions. L’IA ne peut que les reproduire ou les transformer. »

Kang Yun-seok, réalisateur

Il souligne que l’utilisation de l’IA sur le tournage n’a pas fondamentalement modifié le travail des acteurs, mais a nécessité une adaptation pour permettre aux acteurs d’interagir avec des éléments virtuels.

L’univers visuel du film est également marqué par des références à la culture orientale, notamment au bouddhisme, avec des scènes tournées au temple Jogyesa et des apparitions des Quatre Rois Célestes et du roi Yeomna. Le réalisateur a souhaité créer une atmosphère unique, mêlant fantastique et traditions coréennes.

Kang Yun-seok est également connu pour sa capacité à dénicher de nouveaux talents, comme Jin Seon-gyu, Park Ji-hwan, Hong Ki-jun et Kim Min. Il est particulièrement enthousiaste à l’égard de la performance de Kim Min, qu’il décrit comme le premier acteur coréen à se distinguer dans ce type de projet. Il salue également le jeu de Byun Yo-han et de Bang Hyo-rin, qui font leurs débuts dans ses films.

La Terre du Milieu est un film expérimental, une plongée dans l’inconnu. Kang Yun-seok est conscient des risques, mais il est convaincu que ce projet ouvrira de nouvelles perspectives pour l’industrie cinématographique coréenne.

Kim Hyo-jeong, critique de cinéma et journaliste invitée Arte

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