Publié le 11 octobre 2024 22:52:00. Une alimentation riche en graisses et pauvre en glucides, dite cétogène, pourrait atténuer les effets du stress prénatal sur le développement psychologique des jeunes rats, selon des recherches présentées lors de la conférence ECNP à Amsterdam. Ces travaux suggèrent une piste prometteuse pour prévenir les troubles de l’humeur et sociaux liés à l’adversité infantile.
- L’exposition au stress pendant la grossesse peut entraîner des problèmes psychologiques et développementaux durables chez les enfants.
- Un régime cétogène administré après le sevrage réduit significativement l’incidence de ces problèmes chez les rats dont les mères étaient stressées.
- Les mécanismes biologiques impliqués pourraient différer entre les mâles et les femelles, ouvrant la voie à des interventions personnalisées.
Des chercheurs italiens ont mis en évidence un lien potentiel entre l’alimentation et la résilience face au stress prénatal. Leur étude, présentée à la conférence ECNP (European College of Neuropsychopharmacology) à Amsterdam, suggère qu’un régime cétogène – caractérisé par une forte proportion de graisses et une faible proportion de glucides – pourrait protéger les jeunes animaux des conséquences néfastes d’une grossesse stressante.
L’équipe de recherche a soumis des rats enceintes à une période de stress durant la dernière semaine avant la naissance. Une fois sevrés, à 21 jours, les jeunes rats ont été répartis en deux groupes : un groupe témoin recevant une alimentation standard, et un groupe suivant un régime cétogène. À l’âge de 42 jours, les animaux ont été évalués pour détecter d’éventuels déficits comportementaux induits par le stress, tels qu’une sociabilité réduite ou un manque d’intérêt pour leur environnement (anhédonie). Les résultats ont révélé des différences notables entre les deux groupes : les rats ayant bénéficié du régime cétogène présentaient des comportements plus sociaux et passaient plus de temps à se toiletter.
Plus précisément, l’étude a montré que chez les rats nés de mères stressées et nourris avec une alimentation normale, 50 % développaient des problèmes liés au stress à l’âge adulte. Ce chiffre chutait à 22 % chez les mâles et à 12 % chez les femelles ayant suivi un régime cétogène. Les chercheurs expliquent que ce type de régime induit des changements biologiques significatifs, notamment une amélioration de l’efficacité mitochondriale et une modification de l’équilibre hormonal.
Selon le Dr Alessia Marchesin, chercheuse principale à l’Université de Milan, ce régime agit comme un bouclier pour le cerveau en développement :
« Nous avons découvert que nourrir les jeunes rats avec un régime cétogène – un régime riche en graisses et très faible en glucides – juste après le sevrage les protégeait presque complètement des effets durables du stress qu’ils avaient subis avant la naissance. Le régime semble avoir agi comme un bouclier pour leur cerveau en développement, empêchant ainsi les problèmes sociaux et motivationnels de s’enraciner. »
Dr Alessia Marchesin, Université de Milan
Le Dr Marchesin souligne l’importance de cette découverte pour la prévention des troubles de l’humeur et sociaux :
« Ceci est important car cela suggère un moyen simple de prévenir l’apparition de troubles de l’humeur et sociaux qui proviennent souvent de l’adversité de l’enfance. Plutôt que d’attendre l’apparition des symptômes et de les traiter avec des médicaments – dont beaucoup entraînent des effets secondaires – nous pourrions un jour profiter des propriétés thérapeutiques des interventions diététiques dès le début de la vie pour prévenir la manifestation d’un état pathologique à part entière. De plus, nous avons constaté que les hommes et les femmes en bénéficiaient via des voies biologiques différentes (les hommes en réduisant l’inflammation, les femmes en renforçant les défenses antioxydantes), ce qui suggère que nous pourrions personnaliser et affiner ces interventions alimentaires. »
Dr Alessia Marchesin, Université de Milan
La chercheuse nuance toutefois ces résultats, précisant que les animaux soumis au régime cétogène ont connu un rythme de croissance plus lent. Elle souligne également la nécessité de mieux comprendre les différences observées entre les sexes avant de transposer ces conclusions à l’humain.
Le Dr Aniko Korosi, professeur agrégé à l’Université d’Amsterdam, commente l’étude :
« Ce travail contribue bien au domaine naissant de la psychiatrie nutritionnelle. Le rôle de la nutrition dans la modulation de la santé mentale attire de plus en plus l’attention et son potentiel est de plus en plus apprécié dans le domaine. Cependant, des questions importantes demeurent dans le domaine quant à savoir quel nutriment, quand et pour qui est efficace pour moduler la santé mentale. L’étude présentée montre de manière intéressante que le risque de modification du comportement induit par le stress prénatal peut être modulé avec un régime cétogène administré après le sevrage. Il est intéressant d’explorer davantage quels sont les processus biologiques impliqués dans ces effets bénéfiques et si ces effets sont spécifiques au sexe. »
Dr Aniko Korosi, Université d’Amsterdam
Il est important de noter que le Dr Korosi n’a pas participé à cette recherche.