Publié le 13 novembre 2023 06:47:00. Face à une escalade des tensions dans les Caraïbes, plusieurs pays européens, dont le Royaume-Uni et la France, affichent leur désaccord avec les opérations militaires américaines, notamment en limitant le partage de renseignements. Cette prise de position intervient alors que les États-Unis renforcent leur présence navale dans la région, suscitant des inquiétudes quant à une possible intervention au Venezuela.
- Le Royaume-Uni a cessé de partager des informations de renseignement avec les États-Unis susceptibles de faciliter des opérations militaires dans les Caraïbes.
- La France a condamné les opérations militaires dans la région, les jugeant contraires au droit international.
- Les États-Unis ont déployé l’USS Gerald Ford, leur plus grand porte-avions, dans les eaux caribéennes.
Une divergence croissante se manifeste entre les États-Unis et plusieurs de leurs alliés européens concernant la stratégie adoptée dans la lutte contre le trafic de drogue et la situation politique au Venezuela. Londres et Paris, en tête, expriment ouvertement leurs préoccupations face à des actions qu’ils estiment illégales et potentiellement déstabilisatrices.
Selon des sources britanniques citées par CNN, le Royaume-Uni aurait pris il y a plus d’un mois la décision de suspendre le partage de renseignements avec les États-Unis concernant d’éventuelles frappes contre des navires dans les Caraïbes. Cette mesure, motivée par le refus de s’associer à des agissements considérés comme illégaux, intervient alors que la Colombie a adopté une position similaire, suspendant également sa coopération en matière de renseignement jusqu’à ce que Washington renonce à son offensive contre les trafiquants de drogue présumés.
La France a également affiché sa désapprobation. Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a condamné mardi 11 novembre les opérations militaires en cours dans la région, soulignant qu’elles « ignorent les lois internationales », lors du sommet du G7.
Quelques jours auparavant, lors du Sommet CELAC-UE à Santa Marta (Colombie), le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, avait appelé au renforcement de l’unité entre l’Amérique latine et l’Union européenne pour la défense du droit international. Cette déclaration a été interprétée comme une critique implicite des actions menées sous l’administration de Donald Trump.
Cette prise de position commune de trois puissances européennes n’est pas sans signification. Carolina Jiménez, présidente du Bureau de Washington pour les affaires latino-américaines (WOLA), estime que « je pense qu’enfin les pays européens ont commencé à réagir, et ce que nous constatons peut-être est un éloignement marqué de ces actions qui montrent que, également au niveau politique, pas seulement au niveau de la communauté des droits de l’homme, il y a un rejet de ces actions ».
Pour Brian Finucane, conseiller principal du programme américain de l’International Crisis Group, ces critiques sont particulièrement importantes. Il explique que « Indépendamment de la question de savoir si ces mesures adoptées par le Royaume-Uni et la France ont un impact opérationnel sur les actions militaires américaines dans les Caraïbes, il s’agit de mesures très importantes de la part des alliés. Les Etats-Unis et le Royaume-Uni, notamment, sont très proches sur les questions militaires et de renseignement, et entretiennent un dialogue juridique solide et franc ».
La décision du Royaume-Uni de restreindre le partage de renseignements, motivée par la conviction que les attaques maritimes américaines sont illégales, est perçue comme un signal d’alarme pour l’administration Trump. Carolina Jiménez souligne que « ces critiques témoignent d’un rejet et donc d’une tentative de l’Europe de se positionner contre toute éventuelle escalade qui irait au-delà de ce qui s’est passé jusqu’à présent ». Elle ajoute que « le signal est clair : une attaque contre le territoire vénézuélien est quelque chose que « ces pays ne seraient pas disposés à soutenir ».
L’Europe pourrait jouer un rôle crucial dans la désescalade, notamment en affirmant son attachement au droit international et en soutenant les organisations multilatérales. Selon Carolina Jiménez, « il serait très important que l’Europe émerge comme la région qui défend les organisations multilatérales que les Etats-Unis négligent actuellement ». D’autres pays européens pourraient également suivre l’exemple du Royaume-Uni et de la France et restreindre leur coopération militaire ou en matière de renseignement si les opérations américaines sont jugées illégales.
L’envoi de l’USS Gerald Ford, le plus grand porte-avions américain, dans les eaux des Caraïbes, est interprété comme une démonstration de force et une intensification de la pression sur le gouvernement de Nicolás Maduro. Ce navire, capable d’embarquer plus d’avions de combat que la plupart des pays d’Amérique latine, représente une menace potentielle pour la stabilité régionale. Carolina Jiménez met en doute la justification officielle de cette présence, estimant que « L’arrivée d’un porte-avions doté d’une technologie aussi avancée et qui constitue certainement un grand atout militaire pour les États-Unis n’est pas n’importe quel message : cela montre la claire volonté de cette administration d’intensifier la menace. La grande question est de savoir pourquoi il est là. Il n’est pas justifié pour la lutte contre le trafic de drogue ». Elle suggère que l’objectif réel serait de trouver une solution à la crise politique au Venezuela et de favoriser un changement de régime.
Dans ce contexte, l’Europe pourrait jouer un rôle essentiel en soutenant la société civile vénézuélienne en cas d’intervention américaine, qui aurait des conséquences désastreuses pour la population.
(cp)
