Home SantéLe secouriste et le médecin parlent de l’opération

Le secouriste et le médecin parlent de l’opération

by Sophie Martin

Une nuit de réveillon du Nouvel An transformée en tragédie à Crans-Montana : un incendie criminel dans le bar Le Constellation a fait plus de 40 morts et 150 blessés. La médecin urgentiste Evelien Cools, de la base Air Zermatt, a participé aux premières heures de l’intervention, marquée par une organisation rapide et une coopération internationale.

L’alerte a retenti peu après 18h. Evelien Cools, en relais avec une collègue, était en service à la base Air Zermatt de Gampel lorsqu’elle a été appelée à intervenir à Crans-Montana. « Il est immédiatement apparu qu’il ne s’agissait pas d’une opération de routine », témoigne-t-elle. Tous les hélicoptères de sauvetage d’Air Zermatt – ceux de Zermatt, Raron et Gampel – ont été mobilisés, une situation rarissime.

Sur place, le constat est alarmant : 119 personnes ont été blessées, dont beaucoup grièvement, suite à l’incendie déclenché au bar Le Constellation. Des images témoignent de la panique initiale, avec des clients tentant de fuir par un escalier rapidement bloqué.

En cinq minutes de vol, l’équipe de Cools a pu constater l’ampleur de la catastrophe, reconnaissant de nombreuses lumières bleues depuis les airs. Un élément notable : contrairement à ce qui se produit souvent lors des soirées du Nouvel An, aucun feu d’artifice ne constituait un danger pour l’atterrissage des hélicoptères.

L’organisation des secours a été rapide et efficace. Une zone d’atterrissage a été aménagée en dehors du centre du village, dans un camping, où les secouristes du Service cantonal valaisan de secours (KWRO) attendaient pour acheminer les équipes sur les lieux. « À partir de ce moment-là, tout était très structuré », explique Cools. La priorité était claire : prendre en charge un patient, le stabiliser et l’évacuer rapidement.

Evelien Cools a pris en charge un patient souffrant de graves brûlures au visage. « Si la tête est touchée, on le sait : le système respiratoire est en danger », précise-t-elle. L’anesthésie générale et l’intubation se sont avérées nécessaires pour prévenir le gonflement des voies respiratoires. Les vêtements ont été coupés, afin d’éliminer tout risque de gaz toxiques ou de matériaux brûlants.

« On n’y pense pas longtemps. Vous prenez un patient – et vous partez », décrit-elle, soulignant la nécessité d’une action immédiate. Le transport vers l’hôpital de Berne a duré 25 minutes, sous une pleine lune favorable. À l’Inselspital, l’équipe médicale a pris en charge le patient dans la salle de choc. « Nous manquions de matériel, ils nous ont surclassés. Et nous ont même offert du café, des gâteaux et du chocolat », témoigne Cools.

Trois vols ont été effectués au total par l’équipe d’Air Zermatt, avec une coordination internationale impliquant des équipes de Suisse, d’Italie et de France. Une deuxième zone d’atterrissage a été mise en place dans une station-service à Chermignon pour permettre le ravitaillement des hélicoptères. « La collaboration – y compris avec l’organisation cantonale de secours – était très bien organisée », souligne Cools.

Le lendemain matin, tous les patients dont elle avait pris soin étaient arrivés vivants à l’hôpital. « Ce n’était pas une opération quotidienne, mais nous avons bien travaillé en équipe », se réjouit-elle. Cependant, l’incertitude demeure quant à l’évolution à long terme des blessés graves. « Nous ne saurons combien d’entre eux survivent réellement après des mois, peut-être pas avant un an », explique-t-elle, évoquant les risques d’infections ou de défaillances d’organes.

Malgré la reprise des missions habituelles, l’incendie de Crans-Montana restera gravé dans sa mémoire. « L’échelle était beaucoup plus grande », conclut-elle, particulièrement marquée par le nombre élevé de victimes. Plus de 40 personnes ont perdu la vie dans cette tragédie.

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