Publié le 5 novembre 2025 à 21h15. Des chercheurs ont identifié un sous-type de cellules immunitaires cérébrales capable de freiner la progression de la maladie d’Alzheimer, ouvrant la voie à de nouvelles stratégies thérapeutiques potentielles.
- Une population spécifique de microglies, les cellules immunitaires du cerveau, s’avère neuroprotectrice en limitant l’inflammation et l’accumulation de plaques amyloïdes.
- La réduction de l’expression d’une protéine appelée PU.1 et la présence du récepteur CD28 semblent être des marqueurs clés de cette activité protectrice.
- Cette découverte, fruit d’une collaboration internationale, pourrait permettre de développer des immunothérapies ciblées pour lutter contre la maladie d’Alzheimer.
Dans la maladie d’Alzheimer, principale cause de démence, les microglies jouent un rôle ambivalent. Si elles peuvent contribuer à l’élimination des déchets cérébraux, elles peuvent également exacerber l’inflammation et aggraver la maladie. Une équipe de recherche internationale a désormais mis en évidence l’existence d’un sous-ensemble de microglies aux propriétés neuroprotectrices, offrant une nouvelle perspective sur la complexité de cette pathologie.
Les chercheurs de l’École de médecine Icahn du Mont Sinaï, en collaboration avec des collègues de l’Institut Max Planck pour la biologie et le vieillissement de Cologne (Allemagne), de l’Université Rockefeller, de la City University de New York et d’autres institutions, ont découvert que les microglies présentant une faible expression de la protéine PU.1 et co-exprimant le récepteur CD28 agissent pour limiter la neuroinflammation et ralentir l’accumulation des plaques amyloïdes et de la protéine tau, deux caractéristiques majeures de la maladie d’Alzheimer.
PU.1 est un facteur de transcription qui régule l’expression des gènes, tandis que CD28 est un récepteur co-stimulateur impliqué dans l’activation des cellules immunitaires. L’étude, publiée le 5 novembre dans la revue Nature, démontre que la diminution de PU.1 favorise l’expression de récepteurs immunorégulateurs sur les microglies. Bien que peu nombreuses, ces cellules neuroprotectrices exercent un effet suppressif sur l’inflammation cérébrale et préservent la fonction cognitive et la survie chez la souris.
Les chercheurs ont également constaté que la suppression de CD28 dans ce sous-ensemble de microglies amplifiait l’inflammation et accélérer la formation des plaques, soulignant le rôle crucial de ce récepteur dans l’activité protectrice des microglies.
« Les microglies ne sont pas simplement des acteurs destructeurs dans la maladie d’Alzheimer : elles peuvent aussi devenir les protectrices du cerveau »,
Anne Schaefer, MD, PhD, professeure au département de neurosciences de la famille Nash à l’école de médecine Icahn du Mont Sinaï, codirectrice du centre de biologie gliale au Friedman Brain Institute et directrice de l’institut Max Planck pour la biologie du vieillissement.
« Cette découverte s’inscrit dans la continuité de nos travaux sur la plasticité remarquable des états microgliaux et leur rôle important dans diverses fonctions cérébrales. Elle souligne également l’importance de la collaboration internationale pour faire progresser la recherche scientifique », ajoute-t-elle.
« Il est remarquable de constater que des molécules connues depuis longtemps des immunologistes pour leur rôle dans les lymphocytes B et T régulent également l’activité microgliale »,
Alexander Tarakhovsky, MD, PhD, professeur Plutarch Papamarkou d’immunologie, de virologie et de microbiologie à l’Université Rockefeller et co-auteur de l’étude.
« Cette découverte intervient à un moment où les lymphocytes T régulateurs sont de plus en plus reconnus comme des régulateurs majeurs de l’immunité, ce qui met en évidence une logique commune de régulation immunitaire entre différents types de cellules. Elle ouvre également la voie à des stratégies immunothérapeutiques pour la maladie d’Alzheimer. »
L’étude s’appuie sur des travaux génétiques antérieurs d’Alison M. Goate, qui avait identifié une variante du gène SP1 (codant pour PU.1) associée à un risque réduit de développer la maladie d’Alzheimer. Les résultats actuels fournissent une explication mécaniste à cette observation.
La découverte de l’axe PU.1-CD28 offre un cadre moléculaire pour comprendre les états microgliaux protecteurs et suggère que des immunothérapies ciblant les microglies pourraient modifier le cours de la maladie d’Alzheimer.
Ce travail a été financé par les National Institutes of Health, le Conseil européen de la recherche, la Fondation Stavros Niarchos, le Cure Alzheimer’s Fund, la Freedom Together Foundation, le Belfer Neurodegeneration Consortium Grant, le Massachusetts Life Sciences Center, la bourse postdoctorale Robin Chemers Neustein, la Fondation Alfred P. Sloan, l’Association Alzheimer, la Fondation BrightFocus, la National Multiple Sclerosis Society, les prix des sciences cliniques et translationnelles.
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