Publié le 13 janvier 2026 à 10h10. Une étude majeure remet en question les pratiques établies dans la prévention des accidents vasculaires cérébraux liés au rétrécissement des artères carotides, ouvrant la voie à des traitements plus personnalisés.
- Chez les patients asymptomatiques présentant une sténose carotidienne sévère (rétrécissement de plus de 70 %), la pose d’un stent combinée à un traitement médical intensif réduit le risque d’accident vasculaire cérébral de près de moitié par rapport à un traitement médicamenteux seul.
- L’efficacité de la chirurgie traditionnelle (endartériectomie carotidienne) n’a pas démontré de supériorité statistiquement significative par rapport au traitement médical seul dans cette même population de patients.
- Le succès de l’étude CREST-2 repose sur une prise en charge médicale globale, incluant le contrôle rigoureux des facteurs de risque cardiovasculaires.
Dans le domaine de la neurologie préventive, les recommandations pourraient être sur le point d’évoluer. Pendant des années, la communauté médicale s’est interrogée sur la meilleure stratégie pour traiter la sténose carotidienne, une affection caractérisée par l’accumulation de plaques dans les artères du cou, susceptible de se détacher et de provoquer un accident vasculaire cérébral (AVC). L’étude CREST-2 (Carotid Revascularization and Medical Management for Asymptomatic Carotid Stenosis Trial), la plus vaste jamais menée sur cette pathologie, apporte désormais des éléments de réponse décisifs quant au rôle des techniques mini-invasives.
Historiquement, l’endartériectomie carotidienne, une intervention chirurgicale consistant à retirer la plaque d’athérome, était considérée comme la référence en matière de prévention. Toutefois, comme l’explique le Dr Thomas Brott, neurologue à la Mayo Clinic en Floride et auteur principal de l’étude, le contexte a changé.
« La thérapie médicale s’est tellement améliorée que nous avons dû réévaluer le rapport bénéfice-risque chez les personnes ne présentant pas de symptômes »
Thomas Brott, neurologue à la Mayo Clinic en Floride
Le dilemme était le suivant : face à des médicaments de plus en plus performants pour contrôler le cholestérol et la tension artérielle, une intervention chirurgicale reste-t-elle nécessaire chez des patients dont les artères sont sévèrement rétrécies, mais qui n’ont pas encore subi d’AVC ou d’accident ischémique transitoire (AIT) ?
L’étude CREST-2, financée par les Instituts nationaux de la santé (NIH) des États-Unis, en collaboration avec l’Université d’Alabama à Birmingham, a mobilisé un effort de recherche considérable. Deux essais cliniques parallèles et randomisés ont été menés simultanément dans 155 centres médicaux répartis dans cinq pays : l’Espagne, les États-Unis, le Canada, l’Australie et Israël. Plus de 1 200 adultes présentant un rétrécissement de l’artère carotide supérieur ou égal à 70 % (mais sans symptômes récents d’AVC ou d’AIT au cours des six mois précédents) ont participé à l’étude.
Les chercheurs ont suivi l’apparition d’accidents vasculaires cérébraux et de décès pendant une période critique de 44 jours après les interventions, puis ont assuré un suivi exhaustif pendant quatre ans. Les résultats sont éloquents : dans le groupe ayant bénéficié de la pose d’un stent associée à un traitement médical intensif, seulement 2,8 % des patients ont subi un AVC, contre 6 % dans le groupe traité uniquement par médicaments. Cela représente une réduction du risque d’environ 50 %. En revanche, dans l’essai comparatif portant sur l’endartériectomie, la différence n’a pas été aussi marquée : 3,7 % des patients ayant subi une intervention chirurgicale ont présenté un AVC, contre 5,3 % dans le groupe traité uniquement par médicaments, une différence jugée non statistiquement significative par les chercheurs.
Un aspect rassurant pour les patients est que les complications graves sont restées rares dans les deux types de procédures. Le succès de CREST-2 repose également sur une prise en charge médicale complète, incluant des conseils sur le mode de vie et des médicaments pour gérer la tension artérielle, le cholestérol LDL et le diabète, ainsi que des programmes de soutien pour l’arrêt du tabac. Cette approche coordonnée a permis aux participants de maintenir un niveau de santé optimal à long terme.
Malgré les résultats favorables à la pose de stent, le Dr Brott insiste sur la nécessité d’une prise de décision personnalisée.
« Pour certains patients, en particulier ceux présentant un rétrécissement plus important ou une plaque instable, la pose d’un stent peut offrir une protection supplémentaire, tandis que pour d’autres, un traitement médical seul peut suffire »
Thomas Brott, neurologue à la Mayo Clinic en Floride
Les chercheurs de la Mayo Clinic poursuivent leurs investigations en surveillant les participants à long terme et en explorant l’utilisation d’outils d’imagerie avancés pour identifier avec précision les patients qui tireront le plus grand bénéfice de chaque intervention.