Home AffairesLe taux de TVA du secteur des restaurants devrait-il être réduit dans le budget?

Le taux de TVA du secteur des restaurants devrait-il être réduit dans le budget?

by Amélie Bernard

Lors de l’annonce du budget 2026 le 7 octobre, le gouvernement actuel aura l’occasion de dévoiler ses priorités en matière de dépenses publiques.

Une mesure fortement débattue est la potentielle réduction du taux de TVA pour les restaurants et les entreprises de restauration, passant de 13,5% à 9%.

“Nous en avons vraiment besoin en tant qu’industrie”, affirme Lorraine Heskin, propriétaire d’un salon de restauration gastronomique, employant plus de 300 personnes. Elle explique qu’il est “très difficile d’absorber tous les coûts supplémentaires”, notamment ceux liés à l’alimentation, à l’énergie, au diesel, à l’essence, aux frais généraux et aux coûts opérationnels. “Même le coût du café a augmenté de plus de 150% au cours des 12 derniers mois. Nous ne pouvons pas répercuter tous ces coûts sur nos clients. Nous les avons absorbés.”

Le gouvernement envisage une enveloppe de 1,5 milliard d’euros pour les réductions d’impôts. Selon les estimations du groupe de stratégie fiscale du ministère des Finances, une baisse de la TVA pour le secteur alimentaire et de la restauration représenterait une perte de recettes fiscales de 675 millions d’euros, soit 45% de l’enveloppe totale.

Une réduction de TVA contestée

Le Dr Laura Bambrick, responsable de la politique sociale au Congrès irlandais des syndicats (ICTU), estime que le secteur de la restauration n’est “pas en difficulté” et qu’une réduction de la TVA serait une mauvaise utilisation des ressources gouvernementales. “Le taux de 9% bénéficierait à toutes les entreprises, qu’elles soient grandes, petites, rentables ou en difficulté, aussi bien aux petites entreprises qu’aux chaînes internationales.”

Si la TVA reste à 13,5%, Mme Heskin craint que certaines entreprises ne soient contraintes de fermer. “Nous avons vraiment, vraiment besoin de cela et nous espérons que cela passera. Nous ne pouvons pas continuer à répercuter les prix sur l’assiette du client.”

Le secteur de l’alimentation et de la restauration est un employeur important, avec une augmentation de 6,6% du nombre d’emplois sur un an. Au premier trimestre de 2025, plus de 13 000 personnes supplémentaires travaillaient dans le secteur de l’hôtellerie (incluant l’alimentation, la restauration et l’hébergement) par rapport aux trois premiers mois de 2023.

Le Dr Bambrick souligne que le secteur emploie une forte proportion de travailleurs au salaire minimum, et que le gouvernement a tardé à augmenter ce salaire et a renoncé à son engagement de fournir dix jours de congé maladie payé. “Les travailleurs paient déjà un prix élevé pour le coût des affaires du gouvernement dans le secteur de l’hôtellerie.”

Actuellement, la TVA sur les services alimentaires est de 13,5% en Irlande, contre 20% au Royaume-Uni. Il est important de noter que les entreprises n’ont aucune obligation légale de répercuter une éventuelle réduction de la TVA sur leurs clients.

Mme Heskin assure que si la TVA est réduite, elle utilisera les économies pour réinvestir dans son personnel et créer un programme de fidélisation de la clientèle. “Nous pourrons transmettre une partie de ces économies à nos clients.”

L’association des restaurateurs plaide pour un taux de TVA à 9%

Adrian Cummins, directeur général de la Restaurants Association of Ireland, insiste sur le caractère vital d’un taux de TVA à 9% pour le secteur. “Si le gouvernement ne maintient pas le taux de TVA à 9%, cela exercera une pression extrême sur un secteur déjà fortement sollicité.” Il explique que les marges sont tellement réduites en raison de l’augmentation des coûts (matières premières, énergie, assurances) que de nombreuses entreprises ne réalisent plus de bénéfices.

M. Cummins espère que la TVA à 9% sera annoncée dans trois semaines et entrera en vigueur le 1er janvier 2026. Il précise que la décision de réduire les prix pour les clients relève de la responsabilité de chaque entreprise. “Comme tous les consommateurs, nous sommes confrontés à une augmentation significative des prix des matières premières.”

En réduisant la TVA pour le secteur de l’alimentation et de la restauration, le gouvernement réduirait l’assiette fiscale, limitant ainsi les ressources disponibles pour d’autres priorités.

Louise Bayliss, responsable de la justice sociale et de la politique à St Vincent de Paul, souligne que le budget 2026 permettra de déterminer les véritables priorités du gouvernement. “Nous avons beaucoup entendu parler de la lutte contre la pauvreté infantile comme étant une priorité gouvernementale. Nous saurons si les dépenses reflètent cet engagement.”

La réduction de la pauvreté infantile figure au programme du gouvernement, avec un objectif de réduction de 3% d’ici 2030. Le taux actuel de pauvreté infantile est de 8,5%. Mme Bayliss souligne qu’il reste un écart important à combler. “À moins que nous ne voyions des mesures ciblées dans le budget, je ne sais pas comment cet objectif peut être atteint. La question est donc de savoir si les priorités du gouvernement se porteront sur la TVA ou sur la lutte contre la pauvreté infantile.”

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